Publié le

25.10.2021

Coopération avec Haïti : des universités françaises engagées dans la durée

Crédits :
ENS (UEH, Haïti)

Étudiants du Master 1 de Physique de l'ENS (Port-au-Prince)
en travaux pratiques sur des appareils cédés par l'IUT de Cachan

Depuis le cruel séisme de janvier 2010, la Conférence des présidents d'université est mobilisée pour soutenir les universités haïtiennes, s'appuyant sur les liens durables d'un réseau d'universités françaises. La synergie avec d'autres acteurs français (Ambassade de France en Haïti, Institut de recherche pour le développement, Assemblée des directeurs d'IUT) ou internationaux (Agence universitaire de la francophonie, Union européenne) est essentielle.

Plusieurs universités françaises développent des collaborations avec Haïti depuis de nombreuses années. Pour sa part, la CPU participe depuis 2010 à cette coopération avec un soutien annuel du Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Les actions soutenues concernent toute la gamme d'établissements et de filières (courtes et longues, du DUT au doctorat). Elles s'appuient sur trois points forts qui leur confèrent efficacité et durabilité :

  • Retour de jeunes docteurs formés en France et s'engageant à implanter des formations puis des laboratoires sur place, tout en conservant leurs liens avec les universités françaises.
  • Un partenaire fédérant les universités haïtiennes: la Conférence des Recteurs et Présidents d'Université d'Haïti (CORPUHA) avec laquelle la CPU a signé un accord en 2015. Parmi ses membres, un réseau jeune mais bien structuré d'Universités Publiques en Régions (UPR), offrant des formations hors de la capitale congestionnée. 
  • Actions concertées et complémentaires entre la CPU, l'Ambassade de France (SCAC), l'AUF (direction régionale des Caraïbes), et des projets Erasmus + de mobilité.

Parmi les actions de longue haleine, citons la mise en place de Masters permettant la constitution d'un vivier d'enseignants et de doctorants, indispensable au renforcement de l'ESR du pays. Notamment, création à l'ENS d'un Master de Physique en 2015, d'un Master de Mathématiques en 2016, et d'un Master en Géorisques en 2017 à l'UEH-Faculté des Sciences. Les universités de Poitiers, de Lyon I, d'Orléans, des Antilles, de Guyane, de Côte d'Azur sont les chevilles ouvrières de ces collaborations.

Outre des missions d'enseignants, la CPU a permis la venue en France de stagiaires, souvent retenus pour une thèse en cotutelle ; l'un d'eux a même obtenu une bourse Eiffel, très sélective. Du matériel de Travaux Pratiques a été acheminé, ainsi que de l'équipement pour un laboratoire en énergie et environnement.

Les universités Paris 8 et Paris 13 ont aussi des collaborations de longue date avec l'ENS en géographie (Master et doctorats), et la CPU a contribué à plusieurs séjours doctoraux. Enfin, avec l'AUF et l'ambassade, et le soutien opérationnel de l'ADIUT et de l'IUT du Havre, nous accompagnons la mise en place de filières professionnalisantes courtes (DUT et Licence professionnelles) au sein des UPR, pour répondre aux besoins des entreprises locales et faire face au chômage des jeunes sous-qualifiés.

En mai 2015 à Cuba, une convention-cadre a été signée entre la CPU et la Conférence régionale des Recteurs et Présidents d'universités dans la Caraïbe (CORPUCA). La France participe ainsi aux partenariats universitaires, impulsés par l'AUF, avec les pays de la Caraïbe.

Après des années d'épanouissement des collaborations, la situation sur place s'est détériorée, sur les plans sécuritaire et politique. Le récent séisme a en outre affecté au moins 5 universités du Sud du pays. Nos collaborations ont dû s'adapter : numérisation de la bibliothèque de l'Université Quisqueya, participation à l'équipement informatique et aux connexions des établissements et des étudiants, formation en ligne à l'enseignement du FLE pour certaines UPR dont les étudiants sont surtout créolophones. Une cohorte d'étudiants de physique suivra à Poitiers le Master 1 grâce au programme Erasmus+, tandis que d'autres promotions auront recours au distanciel.

Les difficultés de ce pays ne doivent pas décourager les collaborations : nos collègues haïtiens font preuve d'une résilience exemplaire, et plus que jamais nous devons être à leurs côtés, même de loin, pour continuer à former la relève du pays et préparer les jours meilleurs.

 

Contact

Annick Suzor-Weiner
Professeure émérite à l'Université Paris-Saclay, chargée des projets Haïti à la CPU - Tél 06 30 09 65 79