Publié le 23.06.2023

San José - 7 au 10 juin 2023

Costa Rica – Amérique centrale - France - Perspective de coopération sur la thématique des Océans

Retour sur la conférence académique et scientifique « Océans et la société civile  : vers un réseau de coopération franco-centraméricain » à laquelle a participé Alain Lagrange, expert conseiller en sciences marines et sciences polaires du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Une conférence académique et scientifique sur les océans et la société civile, organisée par le Service de Coopération et d'Action Culturelle pour l'Amérique Centrale et l’Ambassade de France au Costa Rica s’est tenue à San José, capitale du pays du 7 au 10 juin 2023. Cet évènement illustre la volonté de mieux impliquer à la fois les citoyens dans les résultats de la recherche, mais aussi de partager avec les pays d’Amérique centrale et la France des thématiques scientifiques communes, sources de préoccupation pour les populations locales et régionales.

Le Costa Rica est un pays d’Amérique centrale doublement soumis aux influences océaniques à l’Ouest par le Pacifique et à l’Est par l’océan atlantique, le pays se concentrant sur une bande étroite de terre de près de 300 km de largeur entre ces deux immensités liquides. L’impact du changement climatique avec l’aléa de ses évènements extrêmes, tempête, tsunami, élévation du niveau de la mer liée au réchauffement des océans, pollution des eaux marines sont des réalités et des risques perçus par la population. Cette perception de côtoyer le milieu marin devient d’autant plus prégnant que si aujourd'hui, 60% de la population mondiale vit dans une bande côtière de moins de 60 km ; ce chiffre passera à 80 % en 2050. 

Ce colloque s’inscrivait également dans un contexte international prometteur. En 2025, la France et le Costa Rica co-accueilleront le prochain Sommet des Nations Unies sur les Océans après ceux de New York en 2017 et de Lisbonne en 2022. Le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé que la troisième Conférence des Nations Unies sur les Océans (UNOC) sera accueillie à Nice en juin 2025. Cet événement international qui devrait réunir une centaine de chefs d’états et plus de 2000 délégués vise à discuter des enjeux liés à la gestion durable des océans et des ressources marines. En amont de cette conférence, en juin 2024 est prévue au Costa Rica une réunion de haut niveau.

Le colloque océans et sociétés était donc une occasion unique avant ces rendez-vous internationaux de procéder à un état d’avancement de nos coopérations scientifiques en sciences marines entre nos deux pays, de les développer autour de thématiques scientifiques communes récurrentes ou émergentes lesquelles pourraient servir d’axes conducteurs du colloque scientifique de Nice de 2025.

Une délégation de chercheurs et chercheuses français a été constituée autour de différents thématiques (sciences humaines et sociales, physique des océans, écologie marine, droit de la mer), issues d’organisme de recherche (MNHN, IRD) et de différentes universités (Brest, La Rochelle, Nice).
Alternant conférence magistrale et tables-rondes ce colloque a offert un espace d'échange académique et scientifique sur différents sujets liés aux océans et aux zones côtières, en tenant compte des aspects naturels, ainsi que ceux liés à la société civile. Trois thématiques avaient été identifiées :

  • gouvernance et gestions marine et côtière (pêche, durabilité, droit, instruments juridiques) ;
  • variabilité climatique et évènements extrêmes (érosion côtière, augmentation du niveau de la mer, mobilité sociale) ;
  • pollution marino-côtière et impacts.

Cette conférence a confirmé le rôle important que souhaite prendre le Costa Rica dans le cadre du prochain sommet des Nation-Unis sur les océans d’une part comme pays leader scientifique en Amérique centrale mais aussi comme pays modèle pour avoir réussi à placer les préoccupations environnementales au cœur de ses politiques et de son économie. Sans nul doute que sa présence à Nice et sa parole constitueront des temps forts de ce prochain sommet.

Focus sur la recherche au Costa Rica

Reconnu à l’échelle internationale pour son engagement dans le développement durable, la protection de la biodiversité et l’indépendance énergétique, le Costa Rica est un pays d’un grand intérêt pour développer des projets scientifiques communs. Le Costa Rica a reçu le prix Champions de la Terre 2019, l’honneur environnemental le plus prestigieux attribué par l’ONU, pour son rôle dans la protection de la nature et son engagement en faveur de politiques ambitieuses de lutte contre le changement climatique. Chef de file mondial de la durabilité, le pays d’Amérique centrale a élaboré un plan détaillé visant à décarboner son économie à l’horizon 2050, conformément à l’Accord de Paris sur le climat et aux objectifs de développement durable de l’ONU

Sur une période allant de 2012 à 2021, la France est le 8e partenaire du Costa Rica en termes de co-publications (797) référencées dans la base de données SCOPUS, avec une dominante dans les secteurs de l’environnement, l’agronomie, les sciences de la terre et la santé. Nos organismes de recherche développent avec le Costa Rica différents projets scientifique en matière de changement climatique, gestion des ressources naturelles, développement lié aux systèmes agricoles à base de cacaoyers et de caféiers. 

La recherche en sciences marines s’appuie principalement sur deux universités publiques

L'université du Costa Rica (UCR) est une université publique de la République du Costa Rica,  fondée en 1940. Le campus le plus important Ciudad Universitaria Rodrigo Facio, est situé à San Pedro, dans la province de San José. Près de 40 000 étudiants fréquentent cette université chaque année. Par ailleurs a été créée plus récemment l’Université nationale du Costa Rica UNA dont la qualité de l’enseignement et des recherches sont également bien reconnue. A ces deux institutions universitaires publiques s’ajoute une série d’universités privées.

Les différentes visites effectuées sur le site de ces universités à San José ou à l’occasion d’une sortie terrain organisée le samedi 10 juin ont mis en évidence que le Costa Rica bénéficiait d’importants laboratoires en sciences marines (hydrodynamique navale, écologie marine, ressources vivantes…) dotés d’équipements scientifiques modernes positionnés dans des espaces de travail facile d’accès et conviviaux. Ces visites nous ont permis de rencontrer quelques étudiants français en stage de master ou en thèse qui ont confirmé la qualité de leur encadrement et des moyens mis à leur disposition.

Le Costa Rica avec ses deux façades maritimes est fortement sensibilisé aux aléas d’évènements extrêmes comme des tsunamis. La probabilité est de plus de 20% qu’un tsunami susceptible de causer des dommages survienne au cours des 50 prochaines années. Le Groupe intergouvernemental de coordination du Système d'alerte aux tsunamis et autres risques côtiers dans la mer des Caraïbes et les régions adjacentes (GIC/CARIBE-EWS) a été créé en 2005 en tant qu’organe subsidiaire de la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO (COI) afin d’apporter une aide efficace aux États membres de la région des Caraïbes pour la réduction des risques de tsunamis suite aux enseignements tirés du tsunami de l’océan Indien en 2004. Elle est présidée par le Dr Silvia Chacón-Barrantes (Professeur et chercheuse à l’UNA au Costa Rica). Une cellule d’alerte a été présentée à la délégation française lors d’une visite de l’université nationale.

Auteur(s)

Alain Lagrange
  • Expert conseiller en sciences marines et sciences polaires du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR)