Éclipses : éclairer l’ombre du mystère avec la science

Lune de sang, soleil dévoré…les éclipses nourrissent les mythes et sont source de fascination. Derrière ce phénomène aux allures mystiques, se cache en réalité un ballet bien millimétré entre la Terre, la Lune et le Soleil. Alors que l'éclipse solaire du 12 août 2026 offrira un spectacle exceptionnel visible depuis la France, on vous explique tout sur ce phénomène !

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Le mystère des éclipses dans l’histoire 

Avant d’être des événements observés avec précision grâce à la science, les éclipses ont longtemps suscité crainte et incompréhension et étaient propices aux récits de l’étrange. Lorsqu’en plein jour le Soleil disparaissait soudainement derrière la Lune, ou que la Lune se teintait de rouge, les civilisations anciennes y voyaient souvent un signe funeste du destin. Dans la Chine antique, on pensait qu’un dragon dévorait l’astre solaire par exemple. Ces interprétations symboliques traduisent la puissance de ces spectacles rares. Aujourd’hui, les éclipses ne relèvent plus du mystère ni de la superstition, mais s’expliquent entièrement par la mécanique céleste : l’alignement du Soleil, de la Terre et de la Lune.

« Les éclipses sont sources d'émerveillement. Ce n’est pas pour rien que l'astronomie a sa muse, Uranie !  »

Florent Deleflie - chercheur au laboratoire Temps-Espace de l’Observatoire de Paris

Comprendre la mécanique céleste des éclipses 

L'étude des éclipses 

Le travail des astronomes allie observation, calcul, modélisation et transmission du savoir. Les éclipses, bien qu’exceptionnelles, sont un moment privilégié pour ces chercheurs et chercheuses : elles offrent des conditions uniques pour observer, par exemple, la couronne solaire, cette fine couche extérieure de l’atmosphère du Soleil, visible uniquement lorsque le disque lumineux est occulté. 

 

Zoom sur le phénomène

Qu’est-ce qu’une éclipse ?

Une éclipse est un phénomène astronomique qui se produit lorsque trois astres s’alignent de manière à ce que l’un projette son ombre sur l’autre. Dès lors, la lumière du corps céleste (la Lune ou le Soleil) est occultée totalement ou en partie. Le phénomène se déroule sur quelques heures et l’astre éclipsé révèle la forme sphérique de la Terre et de la Lune. 
Selon la position des trois astres, on observe deux types d’éclipses : l’éclipse de Soleil et l’éclipse de Lune. 

Quelle est la différence entre une éclipse solaire et une éclipse lunaire ?

L’éclipse solaire a lieu quand les trois astres se retrouvent presque alignés dans l’ordre Soleil-Lune-Terre. La Lune passe entre la Terre et le Soleil, masquant totalement ou partiellement le disque solaire. L’éclipse dite « de Soleil » ne peut se produire qu’au moment de la Nouvelle Lune.
Pour une éclipse lunaire, les astres sont alignés dans l’ordre Soleil-Terre-Lune et elle se déroule uniquement lors de la pleine Lune. La Lune plonge alors dans l’ombre de notre planète et prend parfois cette couleur rougeâtre spectaculaire, qui lui vaut le surnom de « Lune de sang ».

Toutefois, pour qu’une éclipse se produise, les orbites doivent être parfaitement coplanaires, c'est-à-dire qu’il faut un alignement quasi-parfait dans les trois dimensions. Selon la précision de cet alignement, l’éclipse (solaire ou lunaire) sera soit partielle, soit totale. 

Une éclipse totale est un phénomène bien plus rare qu’une éclipse partielle, car elle nécessite un alignement quasi-parfait entre les trois astres. Ces événements se produisent une à deux fois par an. Il n'est d'ailleurs pas rare qu’une éclipse de Lune survienne environ quinze jours après une éclipse de Soleil. En revanche, les éclipses totales de Soleil observables depuis un même lieu sont extrêmement rares : la zone où le Soleil est entièrement occulté, appelée bande de centralité, ne représente qu’environ 2 % de la surface terrestre.

C’est cette rareté qui pousse de nombreux passionnés (astronomes, amateurs ou simples curieux) à parcourir le monde pour assister à ce spectacle fugace. La différence entre une éclipse totale et une éclipse partielle est saisissante : lors d’une éclipse totale, le jour bascule dans la nuit et la couronne solaire devient visible, tandis que dans une éclipse partielle, seul un fragment du disque solaire disparaît derrière la Lune.

Comment observer les éclipses  ?

Si vous êtes prêts à devenir un véritable « chasseurs d’éclipses », vous pouvez découvrir les prochaines dates des éclipses et les conditions d’observation depuis le lieu propice sur Terre grâce au formulaire de calcul du Service Espace de l'Observatoire de Paris .

« Les éclipses figurent parmi les plus beaux phénomènes offerts par la nature. »

Florent Deleflie - chercheur au laboratoire Temps-Espace de l’Observatoire de Paris

L'éclipse du 12 août 2026

Le 12 août 2026 aura lieu une éclipse solaire qui traversera une partie de l'Europe. Si la totalité ne sera visible qu'en Espagne, au Portugal, en Islande et au Groenland, les habitants de la France métropolitaine pourront assister à une éclipse partielle de grande ampleur, la plus spectaculaire observée dans le pays depuis celle de 1999.
En France, le phénomène se produira en fin de journée, peu avant le coucher du Soleil. Selon les régions, la Lune masquera une très grande partie du disque solaire. Le Sud-Ouest sera particulièrement favorisé avec une occultation pouvant atteindre près de 99 %, tandis que dans d’autres régions elle dépassera 90 %.

Nous avons rencontré Florent Deleflie, chercheur au Laboratoire Temps-Espace, anciennement IMCCE, de l’Observatoire de Paris-PSL.

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Les conseils de Florent Deleflie pour observer l'éclipse du 12 août

Florent Deleflie : Cette fois-ci, la France n’est pas concernée par la totalité : l’éclipse sera partielle, entre 98 et 90 % en fonction de la situation géographique. Il ne fera pas nuit et il ne sera pas possible d’observer la couronne solaire, mais ce sera déjà une belle éclipse. Il s’agira pour la France d’une observation en toute fin de journée, et qui ne sera pas tout à fait finie (ou tout juste) au moment du coucher du Soleil. Il faut donc avoir un horizon Ouest parfaitement dégagé : le moindre arbre ou le moindre bâtiment dans la direction du coucher vous fera rater une partie du phénomène. 
Le grand spot d’observation sera surtout le trait de côté, à proximité des plages : là aucun obstacle. Le seul souci ce sont les nuages souvent présents à l’horizon sur la mer. Pas évident tout ça… Il faudra une part de chance !

F. D : Pour observer l’éclipse : toujours porter des lunettes spéciales pour observer le Soleil directement. La tentation sera grande d’observer sans lunettes puisque ce sera proche du coucher du Soleil, mais vraiment il faut éviter, surtout en début de phénomène (qui dure au total deux heures). Si pas de lunettes : par projection, à travers une passoire, des feuilles d’arbre ou autre, en regardant dans la direction opposée au Soleil. Si possible, privilégier l’observation en groupe, en faisant attention les uns aux autres, et en partageant les sensations de modification de l’environnement.

F. D : Le laboratoire est mobilisé en tant que laboratoire dont la mission de service public est de produire les éphémérides officielles pour la France. Comme il s’agit aussi d’un des plus beaux spectacles de la Nature, et qu’une des missions de l’Observatoire de Paris est la diffusion de la culture scientifique, il y a une grosse mobilisation des équipes, du service temps-espace au service édition : une application en ligne, un site web, un ouvrage édité, et une participation au « club de l’éclipse » avec l’Association Française d’Astronomie.

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Décryptez les éclipses avec Florent Deleflie

F. D : Mes domaines de recherche portent sur l’étude des trajectoires des satellites artificiels autour de la Terre. En tant que membre du Corps National des Astronomes et Physiciens, je consacre mon temps, non seulement à la recherche mais aussi à des tâches d’enseignement, de service à la communauté scientifique. Je consacre aussi une part importante à ce qui s’appelle la diffusion de la culture scientifique, pour rendre la Science accessible à un maximum de personnes à travers ma discipline ! Quand une éclipse se produit, certains de mes collègues en profitent pour mener des expériences d’astrophysique sur l’étude de la couronne solaire par exemple. De mon côté, je m’intéresse avant tout à l’étude des trajectoires donc aux aspects mathématiques du calcul d’éclipse. Je tâche d'expliquer le phénomène, de le démystifier tout en insistant sur l’émerveillement que peut procurer l’un des plus beaux phénomènes de la nature, que les lois de la mécanique céleste permettent de prévoir à l’avance.

F. D : Depuis tout petit, j’observe le ciel qui me fascine, et je pratique l’astronomie dans une approche multidisciplinaire. Faire de l’astronomie, c'est appréhender à travers la science, toutes les questions de la relation de l'Homme à son environnement, la Terre et le Ciel évidemment, qui nous dépassent. Devenir astronome avait été un rêve depuis tout petit, une manière aussi de mettre en application les lois des mathématiques que j'avais apprises à l’université. Aujourd'hui, j'ai la chance d'exercer ce qu'on appelle un « métier passion ».

F. D : Tout dépend du type d’étude que l’on souhaite mener lors d’une éclipse. Les astrophysiciens disposent aujourd’hui d’instruments sophistiqués, notamment des spectrographes permettant de décomposer la lumière pour analyser la composition et la dynamique de la couronne solaire. Pour le mécanicien céleste ou l’astronome amateur, le simple fait de voir l’éclipse se dérouler exactement comme prévu par les calculs constitue déjà une grande source de satisfaction. Aucune précaution particulière n’est nécessaire pour observer une éclipse de Lune. En revanche, pour une éclipse de Soleil, il est impératif de protéger ses yeux : regarder le Soleil sans filtre adapté peut provoquer des brûlures irréversibles de la rétine. Ce conseil vaut d’ailleurs tous les jours, car le Soleil n’est pas plus dangereux lors d’une éclipse que le reste du temps.
Il faut donc utiliser du matériel spécifiquement conçu à cet effet, facilement disponible dans les laboratoires ou auprès des associations d’astronomes amateurs.

F. D : Les éclipses de Soleil offrent encore aujourd’hui un intérêt scientifique, notamment pour l’étude de la couronne solaire, cette région externe du Soleil habituellement masquée par son éclat intense. Les observations réalisées pendant une éclipse permettent d’analyser sa structure, sa dynamique et ses variations, en complément des données recueillies par les satellites d’observation solaire. En revanche, pour le mécanicien céleste, les éclipses n’ont plus le même intérêt qu’autrefois : les théories du mouvement des astres sont désormais d’une précision remarquable. L’éclipse reste donc avant tout un moment privilégié d’émerveillement et de partage entre science, beauté du ciel et curiosité humaine.

F. D : La première idée qu’il faut encore déconstruire, c’est celle selon laquelle il serait plus dangereux d’observer le Soleil lors d’une éclipse qu’à n’importe quel autre moment. En réalité, le risque est exactement le même : il suffit d’utiliser les protections adaptées, comme toujours. Une éclipse n’est rien d’autre qu’un alignement remarquable de trois astres aux mouvements parfaitement connus. Ces phénomènes, que nous comprenons désormais en détail, ne devraient susciter qu’émerveillement et curiosité. Aujourd’hui, grâce aux technologies modernes, chacun peut en garder la trace à travers des photos, des dessins ou des créations artistiques inspirées par ce spectacle céleste rare.