Publié le 27.02.2026

Habiter le temps : Lucile Soussan, artiste en résidence à la Casa de Velázquez

Jusqu'au 22 mars 2026, le Pavillon Comtesse de Caen de l'Académie des beaux-arts accueille Habiter le temps, l'exposition annuelle des artistes de la Casa de Velázquez – Académie de France à Madrid, lieu de dialogue entre recherche et création. À cette occasion, nous avons rencontré Lucile Soussan, artiste formée aux Beaux-Arts de Paris et au sein de différents ateliers.

Bonjour, je m'appelle Lucille Soussan, je suis artiste visuelle. J'ai été en résidence à la Casa de Velázquez l'année dernière. Je vous propose de visiter l'exposition collective suite à la résidence des artistes de la promotion 2024-2025. La résidence à la Casa de Velázquez, c'est une année passée à Madrid avec des ateliers formidables à disposition. On peut plonger complètement dans sa pratique. J'avais un atelier de gravure exceptionnel. J'ai donc passé des heures dans cet atelier à essayer de repousser les limites techniques de la gravure, d'aller vers des rendus les plus fluides, le plus veloutés possibles, ce qui va à rebours de la gravure qui est toujours un médium du noir et blanc ou de l'ombre et de la lumière et du trait. C'est une expérience qui est très forte. On a une immense liberté, des ressources énormes en termes de matériel aussi et de temps. C'est ça qui est incroyable : on vit sur place, dans notre atelier et on vit directement dans notre pratique.

Du

12 février 2026

au

22 mars 2026

Pavillon Comtesse de Caen de l'Académie des beaux-arts, Paris

L'œuvre du temps

Crédits :
Casa de Velázquez

Cette exposition intitulée Habiter le temps présente les œuvres des artistes accueillis en résidence à la Casa de Velázquez (Madrid), du réseau des Écoles françaises à l'étranger, entre septembre 2024 et juillet 2025.
« Habiter le temps » renvoie au temps long dédié à la recherche et à la création mais aussi aux différentes manières d'inscrire le geste artistique dans la durée. La Casa de Velázquez fait figure de lieu de dialogue entre recherche et création.

La thématique Habiter le temps trouve une résonance directe dans les démarches des artistes en résidence, dont les pratiques s’inscrivent dans des rythmes de création élargis et attentifs. Leur séjour madrilène a offert un espace propice à la maturation des recherches, permettant aux œuvres de se développer au fil d’un parcours où pensée et geste avancent ensemble, au rythme propre des matériaux, des images et des récits. Certaines explorent la mémoire et les histoires du passé, d’autres s’ancrent dans un dialogue patient avec la matière et les gestes qui la façonnent. Toutes partagent une même attention à ce qui se transforme, se transmet ou se dépose avec le temps, affirmant la création comme une expérience progressive, incarnée et profondément liée à la durée. 

Claude Bussac, directrice des études artistiques à la Casa de Velázquez et commissaire de l'exposition

Modèle unique, à l’interface de l’École des Hautes Études Hispaniques et Ibériques et de l’Académie de France à Madrid, la Casa de Velázquez est un laboratoire vivant où s’éprouvent conjointement la rigueur des méthodes scientifiques et l’audace des formes artistiques, articulant héritage institutionnel et liberté exploratoire. En favorisant l’hybridation des disciplines et des pratiques, la Casa ouvre de nouveaux régimes de visibilité et de connaissance, où la création fait méthode et où la science s’enrichit de l’inventivité esthétique. 

Nancy Berthier, directrice la Casa de Velázquez

Interview : Lucile Soussan, en résidence à la Casa de Velázquez (2024-2025)

Portrait de Lucile Soussan à l'Académie des beaux-arts
Crédits :
Patrick Rimond - Académie des beaux-arts

Lucile Soussan, exposition Habiter le temps

Lucile Soussan fait partie des artistes accueillis en résidence au sein de la Casa de Velázquez (2024-2025). Elle manie différentes techniques : la laque, la gravure mais également le dessin scientifique. Cette approche scientifique, quasi anatomique, se mêle à des techniques artistiques très fines, tout aussi exigeantes et à un regard ancré dans la nature. Des dimensions contre-intuitives qui semblent pourtant constituer le fil rouge de ses propositions artistiques. Ses dessins, gravures et peintures rendent hommage au règne végétal de Madagascar, de la Réunion ou des Îles Canaries.

Actuellement, Lucile Soussan s'apprête à rejoindre l'expédition Tara Coral à bord de la Goélette de la Fondation Tara Océan. Elle fait partie des 8 artistes lauréats du programme de résidences à bord, pour s'imprégner des écosystèmes du Triangle de corail en Asie du Sud-Est.

Parlez-nous de votre formation artistique.

Lucile Soussan : J'ai commencé ma formation en art de la laque à l'école Olivier de Serres, un métier d'art très exigeant. Puis, je me suis orientée vers la gravure et quelques années plus tard, je me suis tournée vers le dessin scientifique et j'ai été formée au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris. Enfin, je suis rentrée au Beaux-Arts de Paris, dans l'atelier d'Éric Poitevin, dont je suis sortie diplômée en 2021.

Qu'apporte la formation au dessin scientifique à votre pratique artistique ?

Lucile Soussan : Le dessin scientifique sert à communiquer, à montrer certains aspects des plantes, des animaux pour expliquer la fonction de l'animal ou de la plante. C'est un dessin qui est orienté. J'ai appris à regarder de manière très précise les choses, parfois à l'aide d'outils, au microscope. L'idée, c'était de comprendre comment les plantes et les animaux sont articulés, en quelque sorte. On travaillait beaucoup l'ombre et la lumière, c'est une approche que j'ai gardée dans mon travail.

Parlez-nous de votre travail de gravure.

La gravure, c'est un art très ancien et qui se décompose en deux temps : le travail de la plaque et le travail de l'impression. Je travaille à l'eau forte, avec des acides. Ce sont des expériences chimiques : la température joue, les solvants que j'utilise, les acides, leur force. L'acide va mordre le métal ou ne va pas le mordre. Et tout l'art de la gravure consiste à moduler l'attaque de l'acide sur le métal.

On va faire des bains successifs de plus en plus longs pour s'enfoncer de plus en plus loin dans la plaque. C'est un voyage dans les images à travers l’épaisseur du cuivre : avec 20, 25, voire 30 bains d'acide successifs, on obtient 20, 25 ou 30 nuances de noir. Ce qui va donner une sensation de dégradé et qui va adoucir ou moduler les contrastes. Et ce travail de lumière, voir comment la lumière frappe un volume, comment elle se comporte, ce sont des choses que j'ai apprises en dessin scientifique et qu'on va retrouver dans le medium de la gravure.

Une fois que la plaque est faite, l'impression est un travail d’orfèvre. C'est une pratique très engageante parce qu'il faut actionner la presse, qu'on manipule des papiers très fragiles avec des mains très sales. C'est une véritable chorégraphie en atelier.

Quels liens faites-vous entre la méthodologie scientifique et votre travail de création ?

Le lien entre la démarche scientifique et le travail de création, ce sont ces allers-retours entre l'extérieur, la nature, où on va recueillir des données, quantifier des choses. En termes créatifs, pour moi, cela se traduit par la prise de vue. Cela représente beaucoup de travail photographique et de croquis pour ensuite revenir en atelier, traiter et analyser ces données et ces images.

Le dessin scientifique est un moyen de communiquer sur des aspects très précis de plantes, d'animaux ou de phénomènes. Ce réalisme imprègne toujours mon travail aujourd'hui. J'ai envie de montrer des écosystèmes dans leur pure réalité. 

Lucile Soussan

Comment la résidence à la Casa de Velázquez a-t-elle nourri votre travail ?

La résidence à la Casa de Velázquez, c'est une année passée à Madrid où l’on peut plonger complètement dans sa pratique.
J’avais un atelier de gravure exceptionnel, très fonctionnel pour travailler. Dans cet atelier, j'ai donc passé des heures à essayer de repousser les limites techniques de mon art. Cela se traduisait par le fait d’obtenir des rendus les plus fluides, les plus veloutés possibles, ce qui va à rebours de la gravure, un médium du noir et blanc, de l'ombre et de la lumière, du trait.

Que vous a apporté cette expérience ?

C'est une expérience très forte, qui m'a apporté un soutien dans la création, une forme d'assise aussi. On a une immense liberté, des ressources énormes en termes de matériel et de temps. On vit sur place, dans notre atelier et directement dans notre pratique.

Exposition Habiter le temps

Académie des beaux-arts

Pavillon Comtesse de Caen, 27 quai de Conti, Paris 6e
Exposition du 12 février au 22 mars 2026
Du mardi au dimanche de 11h à 18h. 
Entrée libre et gratuite

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