Publié le 19.12.2025

La promotion 2025 de l'Institut universitaire de France (IUF)

Lundi 3 novembre 2025 a eu lieu la cérémonie d'installation des nouveaux membres de l'Institut universitaire de France en Sorbonne. À cette occasion, nous avons rencontré deux de ses membres.

Je suis Hélène Courtois. Je suis professeure à l'université Claude Bernard Lyon 1 et je mène mes recherches à l'Institut de physique des 2 infinis de Lyon. Donc la physique de l'infiniment grand et de l'infiniment petit parce que je suis astrophysicienne et cosmographe de l'univers. Qu'est ce qu'un cosmographe ? C'est comme un géographe, mais plutôt que de faire des cartes de la Terre, je fais des cartes de l'univers et en particulier des grands mouvements à grande échelle, de comment se déplacent les galaxies. Parce que ma question de physique, ma question de recherche, c'est la gravitation. Depuis 30 ans, je cartographie le côté lumineux de l'univers, où sont les galaxies et comment elles bougent. Les galaxies sont organisées. Il y a des grands filaments, puis les galaxies sont alignées, et cela entoure des régions qui sont vides de matière, qu'on appelle les vides cosmiques. Les vides cosmiques, ça représente 80 % du volume de l'univers et ils ne sont pas cartographiés. Donc à partir de maintenant jusqu'à ma retraite, je vais m'intéresser à cartographier cela. On s'attend à ce que l’on comprenne plus de choses sur la gravitation dans ces régions-là, parce qu'elles sont très pures. Elles sont restées dans un état fossile du début de l'univers. On se pose la question de savoir si la gravitation c'est la relativité générale comme Einstein l'a écrite, il y a plus de 100 ans. C'est une vieille théorie. Ou est ce qu'il faut qu'on apporte des modifications à cette théorie pour comprendre plus de choses sur la gravitation ? Parce qu’il y a très peu de lois fondamentales dans l'univers, ça en fait partie et en réalité on ne connaît pas grand chose dessus. J’ai ressenti une joie immense parce que je ne m'y attendais pas du tout. C'est la troisième fois que je suis lauréate de l’IUF, en membre senior, trois fois consécutives. Je pense que pour moi, c'est comme un cadeau. L’IUF c’est un cadeau qu'on fait aux chercheurs et aux chercheuses, dans leur carrière, de leur permettre de se concentrer pendant cinq ans d'affilée sur un sujet de recherche qui leur tient à cœur. À mon avis, il faut les emmener sur la frontière entre ce que l’on sait et ce qu'on ne sait pas encore. Pour qu'ils avancent en même temps que nous, il faut leur montrer la science et les connaissances émergentes, même quand elles ne sont pas encore consolidées. On donne les barres d'erreur, mais on les emmène avec nous, tout le temps, à chaque fois que l’on grapille des connaissances, il faut qu'ils soient là et qu’ils avancent en même temps que nous. C'est, je pense, important pour les scientifiques d'aller dans les écoles, donner des conférences, dans les cinémas, expliquer leurs recherches pour que l'humanité ait le même niveau de connaissance et qu'on monte tous ensemble dans cette connaissance.

Interviews des lauréates 

Clémentine Hugol-Gential, lauréate junior (chaire de médiation scientifique)

Je suis Clémentine Hugol-Gential du laboratoire Simeos de l'université Bourgogne Europe. Je travaille sur les liens entre corps, alimentation et réseaux sociaux et je porte une chair de médiation scientifique qui s'appelle Manger connecté et qui vise à comprendre comment les plateformes numériques telles que TikTok, Instagram, YouTube façonnent notre rapport à alimentation dans ce que l'on mange et également comment cela va influencer nos émotions, nos comportements, nos représentations mais aussi nos vulnérabilités.

L'l'Institut universitaire de France permet véritablement de travailler dans de bonnes conditions. Cela me permet de travailler sur les enjeux de durabilité, les enjeux de santé publique liés à l'alimentation et aux réseaux sociaux. Cela permet justement d'engager des démarches de co-construction, et donc de mettre en place des méthodologies participatives pour mieux comprendre comment circulent les discours sur les réseaux sociaux, pour mieux comprendre les mécanismes d'influence et construire des outils visant à renforcer l'esprit critique et la souveraineté alimentaire des citoyens et des citoyennes.

Ça a d'abord été une immense fierté et aussi une immense gratitude. C'est un honneur, c'est aussi un engagement à poursuivre des travaux sur une thématique qui nous concerne tous. Notre manière de manger, notre manière de nous informer, notre manière de prendre soin dans un monde numérique où tout va plus vite. C'est aussi un engagement à poursuivre des réflexions sur les enjeux de régulation et sur les enjeux de santé publique. Donc c'est véritablement une joie mais aussi une responsabilité la chair médiation scientifique, c'est celle de faire de la recherche un espace qui soit ouvert, accessible et non pas un espace réservé.

Je crois que c'est au chercheur d'aller vers le grand public et que c'est aussi à la recherche de continuer de sortir de ces murs. La science n'existe pas sans la société. Je crois que la connaissance a un effet très restreint si elle reste entre experts. Donc il y a un enjeu de décloisonnement, un enjeu aussi de prise en compte des savoirs expérientiels. Donc il faut aller là où sont les publics, donc ça veut dire dans les médiathèques, dans les festivals, les écoles, les associations et faire la recherche avec les citoyens et citoyennes, non pas juste sur et pour les citoyens et citoyennes.

Faire de la recherche avec les citoyens et les citoyennes, non pas juste pour les citoyens et citoyennes. 

Clémentine Hugol-Gential

Clémentine Hugol-Gential, est professeure à l'université Bourgogne Europe. Spécialiste en communication alimentaire, environnementale et santé publique, elle élabore le projet Manger connecté au sein du laboratoire Cimeos, centré sur les discours alimentaires numériques. Elle développe des outils de médiation en lien avec les adolescents, afin de promouvoir un regard critique et une alimentation plus durable.

Hélène Courtois, lauréate senior (chaire fondamentale en sciences de la terre et de l'univers, espace)

L’IUF c’est un cadeau qu'on fait aux chercheurs et aux chercheuses, dans leur carrière, de leur permettre de se concentrer pendant cinq ans d'affilée sur un sujet de recherche qui leur tient à cœur. 

Hélène Courtois

Hélène Courtois, est astrophysicienne, professeure à l'université Claude Bernard Lyon 1. Spécialiste en cosmographie dynamique, elle étudie, au sein de l'Institut de Physique des deux Infinis de Lyon, les vides cosmiques, la gravitation et l'expansion de l’univers. Elle participe actuellement à la mission spatiale Euclid. Il s'agit de sa troisième délégation en tant que membre de l'IUF.

L'Institut universitaire de France (IUF)

Créé en 1991, l'Institut universitaire de France (IUF) constitue un réseau de l’excellence universitaire en France et à l’étranger. Sa mission est de favoriser le développement de la recherche de haut niveau au sein des établissements publics d’enseignement supérieur relevant du MESRE, et ce, quel que soit le domaine (sciences humaines et sociales, sciences naturelles et médicales) tout en encourageant l’interdisciplinarité.

Structure interne du ministère depuis 2022, l'IUF poursuit trois grandes missions :

  1. promouvoir l’excellence en matière de recherche fondamentale, d’innovation et de médiation scientifique auprès des établissements et des enseignants-chercheurs et assurer son rayonnement sur l’enseignement, la formation des jeunes chercheurs ou encore la diffusion des savoirs en direction de la société civile ;
  2. contribuer à la féminisation du secteur de la recherche ;
  3. prendre part à une politique de maillage scientifique du territoire à travers une répartition plus équilibrée de la recherche universitaire dans le pays.

La liste des lauréats nommés à l’Institut universitaire de France a été publiée au Bulletin officiel n°23 du 5 juin 2025

Comment sont sélectionnés les membres de l'IUF ?

Chaque année, 200 chaires IUF sont ouvertes au concours (100 Juniors et 100 Seniors), en application de la loi de programmation de la recherche (LPR). Les membres, élus pour 5 ans, sont répartis en trois chaires :

  • la chaire fondamentale
  • la chaire innovation
  • la chaire médiation scientifique. 

Les postulants doivent déposer un dossier de candidature. Pour être éligible, les membres Junior doivent être titulaires depuis au moins deux ans et avoir 40 ans au plus ; cependant des dérogations d’âge sont possibles sous conditions. 

Les jurys Juniors et Seniors se tiennent, de façon indépendante, à huis clos.

A noter qu'un membre IUF peut bénéficier de trois délégations au maximum dans sa carrière universitaire.

Attributions des membres de l'Institut universitaire de France 

Les lauréats sont déchargés des 2/3 du service statutaire d'enseignement (soit 128 h) durant les 5 années de délégation.

La nomination à l'IUF donne droit à une enveloppe de crédits de recherche (75 000 euros au total, soit 15 000 euros par an). Ces crédits peuvent être alloués à toutes les dépenses utiles à la réalisation du projet de recherche, qu'il s'agisse d'achat de matériel, de missions, de recrutement ou de masse salariale (après autorisation de l'établissement d'accueil). Les membres de l'IUF sont bénéficiaires de plein droit de la PEDR pour toute la durée de leur délégation.

Voir aussi

Crédits :
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation