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Intervention de Valérie Pécresse lors de la cérémonie de remise du Grand Prix INSERM

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Valérie Pécresse

Valérie Pécresse a félicité Christine Petit pour la qualité de ses travaux sur les surdités et l'audition, lors de la remise du Grand Prix INSERM 2007.
A cette occasion, la ministre a rappelé que l'Etat conclura, pour la première fois, avec l'Institut, en 2008, un contrat d'objectifs et de moyens pluriannuels qui «tracera les perspectives d'évolutions de l'INSERM à moyen terme». C'est dans ce cadre que s'inscrit la mission confiée au Professeur Syrota, nouveau directeur général de l'Institut chargé d'élaborer un plan stratégique.

Discours - 1ère publication : 4.12.2007 - Mise à jour : 5.12.0007
Valérie Pécresse

 

Monsieur le directeur général de l'INSERM,
Mesdames et Messieurs,

 

Je suis très heureuse d'être à vos côtés ce soir à l'occasion de la remise des prix INSERM 2007, qui témoigne une nouvelle fois de la vitalité de l'Institut et des équipes qui le composent. Chaque jour, celles-ci travaillent à ouvrir de nouvelles pistes pour la recherche scientifique, qui sont autant d'espoirs pour les malades et leurs familles.

Rechercher pour savoir, savoir pour soigner et soigner pour peut-être un jour guérir, voilà la chaîne d'actions et d'engagements qui est au cœur même de la vocation de l'Institut, entièrement consacré à l'étude de la santé humaine, et qui a toujours veillé à réunir en son sein toutes les formes de la recherche, qu'elle soit fondamentale, clinique ou thérapeutique.

Au centre des travaux des équipes de l'INSERM, il y a donc toujours les malades et c'est pour eux, avant toute chose, que vous travaillez. Je sais que, quel que soit le degré d'abstraction de vos travaux, quelle que soit la complexité des problèmes scientifiques auxquels vous vous attaquez, il y a toujours, à l'arrière-plan, une motivation, un souci, une exigence : celle de porter un peu plus loin l'état de nos connaissances, de vaincre une nouvelle fois l'ignorance dont naît le désespoir, et, lorsque c'est possible, d'aboutir ainsi au plus vite à de nouveaux traitements.

Vous apportez ainsi la preuve éclatante que la science n'est pas un exercice abstrait et coupé du réel, dont les discrets progrès, bâtis dans l'ombre, formeraient comme un réseau de menaces dont nous aurions tout lieu de nous inquiéter. Cette vision de l'activité scientifique qui prévaut encore trop souvent dans l'opinion publique, je souhaite tout faire pour l'effacer de la conscience collective.


Car nous devons réhabiliter le savoir et redonner tout son lustre à la recherche. Non pas seulement parce que d'ici peu une nouvelle génération de scientifiques devra prendre le relais de la précédente,  mais aussi parce que notre époque est confrontée à des défis que nous ne relèverons pas sans faire le pari de la science.

Ce pari, la France l'a fait depuis ses origines. Le lieu même où nous sommes réunis aujourd'hui, fondé en 1530, en témoigne. Mais il nous faut désormais renouveler ce pari et c'est pourquoi, dans les cinq années à venir, c'est une augmentation de 4 milliards d'euros du budget de la recherche qui est prévue dans le cadre de la loi d'orientation et de programmation de la recherche de 2006, et 5 milliards d'euros supplémentaires pour le budget de l'enseignement supérieur.

Cet effort considérable est inédit dans l'histoire récente de notre pays. En offrant à nos scientifiques des moyens et des structures comparables à ceux dont disposent déjà leurs collègues étrangers, il permettra à la France de tenir son rang dans la bataille mondiale de l'intelligence qui se livre à présent et de retrouver le rayonnement qui est naturellement celui de la patrie de la science et des arts. 
 
Dans ce renouveau, ou plutôt dans cette renaissance -  comment parler autrement dans un Collège placé sous les auspices de François Ier et de Guillaume Budé ? - les organismes de recherche ont bien entendu toute leur place et ils seront, demain comme aujourd'hui, les fers de lance de la science française. L'INSERM qui nous accueille en est un exemple flamboyant : principal organisme public français en recherche biologique, médicale et en santé des populations, il a vocation à devenir un acteur majeur en Europe de la recherche biomédicale.

En 2008, pour la première fois de l'histoire de l'institut, l'Etat conclura avec l'INSERM, un contrat d'objectifs et de moyens pluriannuel. Ce contrat tracera les perspectives d'évolution de l'INSERM à moyen terme. C'est dans ce cadre ambitieux que s'inscrit la mission que j'ai souhaité confier, avec ma collègue Roselyne Bachelot, au Professeur Syrota, nouveau directeur général de l'INSERM. Nous lui avons demandé d'élaborer, au cours des prochains mois, un plan stratégique. Celui-ci doit être l'occasion non seulement d'une réflexion sur la politique scientifique de l'institut, mais également sur son organisation, de manière à la rendre plus efficace et à améliorer les relations avec l'ensemble de ses partenaires, qu'il s'agisse des centres hospitalo-universitaires ou des autres organismes de recherche. Ce travail s'effectuera dans une logique qui sera constamment la mienne, celle de débureaucratiser, de décloisonner notre dispositif de recherche pour le rendre plus performant au service de la santé de tous les Français. Grâce à cette dynamique, la place centrale de l'INSERM dans le dispositif français de recherche biomédicale sera réaffirmée, ce qui permettra à l'Etat de s'appuyer sur un organisme renforcé pour ses initiatives futures.

Ainsi, à titre personnel, je souhaiterais que l'INSERM joue un rôle majeur dans le cadre du Plan Alzheimer actuellement en cours de préparation. 


Pour augmenter l'excellence de ces organismes de recherche, il faudra que les étudiants les plus brillants soient nombreux à s'engager dans les carrières scientifiques. Et pour cela il faut offrir une réelle reconnaissance aux chercheurs et à leurs travaux. Voilà pourquoi des cérémonies comme celle d'aujourd'hui sont essentielles : elles mettent en lumière les scientifiques et leurs recherches et offrent ainsi l'occasion de dissiper les préjugés et les idées préconçues qui bien souvent embarrassent notre esprit quand nous songeons à la science.

J'en veux pour preuve la personnalité et le parcours de Christine PETIT, à laquelle j'ai le plaisir et l'honneur de remettre aujourd'hui le Grand Prix INSERM 2007. Le petit film que nous venons de voir en témoigne : avec cette chercheuse remarquable, nous sommes bien loin des scientifiques tels que nous les imaginons, distants, pleins de retenue, l'esprit tout entier tourné vers des problèmes et des questions abstraites qu'ils peinent à expliquer au commun des mortels.

Non, ce que nous avons vu pendant ces quelques minutes de film et ce que ses collègues voient tous les jours, c'est une femme souriante, vivante et passionnée, qui trouve dans ses travaux des satisfactions intellectuelles profondes et qui prend plaisir à les faire partager à ses étudiants et à tous ceux qui, curieux ou spécialistes, viennent l'écouter au Collège de France.

Derrière la scientifique d'exception que nous honorons aujourd'hui et dont les recherches fondées sur une approche d'abord génétique puis pluridisciplinaire ont permis à notre connaissance des surdités et de l'audition de faire des progrès remarquables, il y a aussi une personnalité forte, riche et ouverte, et à vrai dire l'une n'existerait pas sans l'autre.

Car vous le savez mieux que personne, Mesdames et Messieurs, la recherche n'est pas un pur exercice spéculatif, c'est aussi une aventure humaine, dans laquelle s'engagent des individus au caractère bien trempé.

Ces formules, bien sûr, peuvent paraître banales, à l'heure où tout ou presque est qualifié ainsi. Mais je sais que vous tous, qui travaillez tous les jours en équipe au sein de vos laboratoires, vous lui rendez son vrai sens, celui d'un effort collectif où tout est partagé, découvertes, mais aussi échecs, joies, mais aussi moments de doute, quand une approche dans laquelle vous placiez les plus grands espoirs semble demeurer presque obstinément infructueuse.

Vous démontrez ainsi que le travail intellectuel n'est pas nécessairement solitaire et que ni la chaleur humaine, ni le goût de l'aventure ne répugnent à l'esprit scientifique.

De cela aussi, Christine PETIT, témoigne admirablement, puisque au nombre de ses loisirs comptent également, si mes renseignements sont bons, de longues périodes de marche en altitude, de trekking et d'alpinisme au Népal, au Pérou ou sur les flancs du Kilimandjaro.

Votre modestie est au demeurant remarquable, puisque quand vous parlez de ces activités qui restent, chacun le reconnaîtra peu communes parce que loin d'être à la portée physique de tous, vous ajoutez invariablement que vous êtes « peu sportive » !

Par égard pour ce trait de caractère, je rappellerai donc simplement que le prix qui vous est remis aujourd'hui vient couronner une carrière qui a déjà été honorée par de nombreuses distinctions, dont le prix Louis-Jeantet de Médecine, et qui vous a menée à l'Académie des sciences et au Collège de France, où les femmes ont pourtant longtemps été bien rares, puisque vous n'étiez que la 5e à y être élue.

Je souhaite qu'à l'avenir, toutes les femmes scientifiques d'exception soient reconnues pleinement, comme vous l'avez été et comme vous l'êtes aujourd'hui. Vous avez aussi un rôle à jouer de ce point de vue, Christine PETIT, puisque ce sont des exemples comme les vôtres qui amèneront les jeunes chercheuses à ne pas craindre de faire preuve d'ambition. Nul doute que, comme vous, elles accompliront des carrières remarquables.

D'elles aussi nous attendons beaucoup, car nous aurons besoin de tous les talents scientifiques pour relever les nouveaux défis que j'évoquais il y a un instant.

Le Grand Prix de l'INSERM 2007 que nous vous remettons aujourd'hui ne témoigne donc pas seulement de l'admiration que suscitent vos travaux, mais aussi de nos encouragements à les poursuivre encore longtemps et avec autant de succès.

 

Toutes mes félicitations.

1ère publication : 4.12.2007 - Mise à jour : 5.12.0007
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