Qu'est-ce que l'antibiorésistance ?
Découverts dans les années 1940, les antibiotiques sont des molécules capables de limiter la croissance des bactéries ou de les tuer.
L'administration répétée d'antibiotiques chez l'homme ou l'animal favorise l'émergence de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques. On parle alors d'antibiorésistance. Celle-ci concerne aujourd’hui l’ensemble des bactéries pathogènes et touche tous les domaines de la médecine liés au risque infectieux (chirurgie, oncohématologie, transplantation d’organes...).
L'antibiorésistance, pourquoi est-ce important ?
Vidéo : les explications de Grégory Emery, ex-directeur général de la santé
En 2025, l’Organisation Mondiale de la Santé a souligné, pour la première fois, la prévalence de la résistance à 22 antibiotiques utilisés pour traiter les infections des voies urinaires et gastro-intestinales et sanguines, et la gonorrhée.
Aujourd’hui, les nouvelles molécules sont rares ; en conséquence, il est difficile, voire impossible de traiter certaines infections. À noter que les gestes barrières et la vaccination demeurent très efficaces pour se prémunir des infections virales contre lesquelles les antibiotiques sont inefficaces.
En réponse à cette problématique, "One Health" ou "une seule santé" est une approche intégrée qui reconnaît les liens étroits entre la santé humaine, animale et celle des écosystèmes, et aborde les défis de santé publique de manière collaborative et pluridisciplinaire.
Programme prioritaire de recherche (PPR) Antibiorésistance
La particularité de la lutte contre la résistance aux antibiotiques est qu’elle nécessite une réponse multisectorielle incluant santé humaine, animale, environnementale et socio-économique. Elle doit être accompagnée par le renforcement simultané de la recherche, de la prévention et des politiques publiques, mais aussi de journées dédiées pour communiquer et diffuser les informations et les menaces sur la multiplication des résistances.
En réponse à la problématique de résistance aux antibiotiques, un Programme prioritaire de recherche (PPR) Antibiorésistance a été créé en 2021. Ce programme national antibiorésistance est financé à hauteur de 40 millions d’euros sur 10 ans. Il a pour objectifs de :
- mettre en œuvre un programme de recherche français ambitieux ;
- proposer de nouvelles stratégies en santé publique et mesures de lutte dans le but de réduire et d’optimiser l’usage des antibiotiques, en médecine humaine et vétérinaire, et cela, afin d’inverser la courbe des résistances.
Le pilotage scientifique et l’animation de ce programme sont confiés à l’Inserm. L’Agence nationale de la recherche (ANR) en est l’opérateur.
Entre 2021 et 2022, 11 projets ont été retenus à l'issue de l'appel à manifestation d'intérêt « comprendre, innover, agir », avec la création de 8 chaires junior et d'une chaire senior, la mise en place de 3 projets structurants nationaux et le soutien de 2 projets avec les pays à ressources limitées. C'est donc un total de 22 projets financés qui sont à découvrir sur l’interface nationale Antibiorésistance.
Il est intéressant de noter le paradoxe français d’une très grande consommation d’antibiotiques avec une présence dans le classement des pays présentant le moins de résistances aux antibiotiques en raison de son réseau de surveillance. Les mécanismes de cette résistance ne sont pas encore tous décrits.
Interview d'expert : trois questions à Antoine Andremont
Antoine Andremont est chargé de mission Maladies infectieuses, antibiorésistance au sein de la Direction générale de la recherche et de l'innovation (Dgri). Il travaille également en lien avec l'Inserm, l'Université Paris Diderot et l'Hôpital Bichat-Claude Bernard.
Selon vous, pourquoi la prescription d'antibiotiques, qui avait pourtant reculé ces dernières années, est-elle de nouveau en progression ?
Antoine Andremont : Il n’y a pas d’explication simple à cette remontée. Le risque de la surutilisation des antibiotiques et son corollaire, l’antibiorésistance, sont mal perçus par les praticiens et les patients car des bactéries très résistantes sont rarement isolées en clientèle de ville, où sont faites la majorité des prescriptions. La campagne « Les antibiotiques, c’est pas automatique » (NDLR : campagne de prévention du ministère de la Santé lancée au début des années 2000) qui avait l’avantage de ne pas être causale, mais très simple à appliquer, a été très efficace. Ses effets se sont estompés. Les suivantes, plus rationnelles et complexes, ont clairement manqué leur objectif.
Quels types de bactérie sont identifiés comme particulièrement résistants ? Pourquoi cela représente-t-il une menace pour la santé ?
A. A. : Les bactéries les plus fréquemment en cause sont Escherichia coli (E.coli ou collibacille), causant des infections urinaires et des septicémies, et Staphylococcus aureus (staphylocoque doré) causant des infections cutanées, ostéo-articulaires ou des septicémies. C’est une menace pour la santé car les infections qu’elles causent sont très fréquentes. Heureusement, les souches les plus résistantes ne sont encore isolées qu’assez rarement et essentiellement chez les patients hospitalisés (infections nosocomiales).
Qu’apporte l’approche intégrée « One Health » ou « une seule santé » à cette problématique ?
A. A. : L’approche One Health ou « une seule santé » veut dire que ce qui se passe en santé animale ou environnementale peut influer sur la santé humaine, et inversement. C’est une approche qui concerne de nombreuses pathologies, infectieuses ou non infectieuses. En ce qui concerne les antibiotiques, c’est par exemple leur utilisation chez les animaux qui peut rendre résistantes des bactéries des animaux qui vont ensuite être cause d’infections humaines.
