En France, on estime que l'endométriose touche environ deux millions de femmes en âge de procréer, soit une femme sur 10. Cette maladie gynécologique inflammatoire chronique porte atteinte à la qualité de vie des patientes. Elle est aussi la première cause d’infertilité en France.
Le programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR) Santé des Femmes, Santé des Couples s'organise autour de deux axes : infertilité et endométriose. Il a pour enjeu de faire progresser la recherche dans ces deux domaines et de structurer la communauté française en recherche fondamentale, clinique, santé publique, épidémiologie ainsi qu'en sciences humaines et sociales.
Le programme est doté d’un budget de 25 millions d'euros sur 5 ans, dans le cadre de France 2030, avec l’ANR pour opérateur.
La santé des femmes a longtemps été sous-représentée dans le domaine scientifique et médical. Il existe une lacune historique que nous devons combler pour étudier la santé des femmes. L'endométriose est un exemple frappant de maladie sous-diagnostiquée et dont le diagnostic est tardif. Cela implique un fardeau socio-économique pour les patientes et pour la société entière.
Pourquoi une école d'automne sur l'endométriose ?
Première mondiale, l’école d’automne sur l’endométriose (European Fall School on Endometriosis 2025) est née de la nécessité d’attirer de jeunes chercheurs et chercheuses au sein de ce domaine en France et en Europe. L’école est une formation intensive en anglais à l’attention des doctorants et post-doctorants de toute l'Europe. Elle a pour ambition de développer des connaissances de pointe sur l’endométriose auprès d’experts, de professionnels et chercheurs de renom issus de multiples disciplines.
Nous avons structuré le format de l'école en assurant la représentation des différentes disciplines.
L’école d’automne a ainsi pour ambition de rassembler des scientifiques de toutes les disciplines, au-delà des spécialistes de l’endométriose (sciences, médecine, santé publique ou sciences humaines et sociales ; qu'ils soient internes en médecine ou cliniciens) afin de fédérer la communauté de recherche.
L'objectif est de former la nouvelle génération de chercheurs et pour cela, nous avons regroupé doctorants et postdoctorants. Ce que nous souhaitions mettre en place, c'est également une approche interdisciplinaire (…) pour parvenir à une meilleure intégration des points de vue sur la maladie.
Cette initiative fait partie intégrante du PEPR SAFE (Santé des Femmes, Santé des Couples), en vue d'atteindre ses objectifs.
Suite à l'appel à candidature européen, 25 étudiantes et étudiants en doctorat ou post-doctorat, issus de France, mais aussi de Suisse, Suède, Grande-Bretagne, Belgique et Pays-Bas, ont été retenus.
Renforcer la recherche de pointe sur l'endométriose
Programme de l'école d'automne
Cette formation intensive comporte :
- des présentations par des experts du domaine,
- des études de cas clinique,
- des tables rondes avec les équipes de recherche, associations et start-up,
- des visites de laboratoires à Rennes, à l'instar de l'Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset) et du Laboratoire Traitement du Signal et de l’Image (LTSI), ainsi que des visites virtuelles, pour découvrir des lieux de travail des chercheurs du CHU de Rennes, la prise en charge des patientes au bloc opératoire...
- mais également des moments de convivialité propices aux échanges informels (visite de Rennes, visionnage du film Below the Belt au sujet de patientes atteintes d'endométriose, apéro-échange sur les trajectoires de carrière...).
Dans le cadre de ce programme de recherche, il était important de pouvoir contribuer activement à la formation de la prochaine génération de chercheurs et chercheuses, car ils représentent les futurs leaders de la recherche sur l'endométriose et vont assurément contribuer à d’importantes découvertes.
Sur le même modèle, une école d’automne européenne sur l’infertilité aura lieu au cours de l'année 2026 à Nantes.
L'équipe coordinatrice
Ludivine Doridot, enseignante chercheuse à l’Institut Cochin/Paris Cité, spécialiste en pathogénie et traitements innovants des maladies fibro-inflammatoires chroniques et co-coordinatrice du consortium de recherche multidisciplinaire InENDO
German Cano Sancho, chercheur spécialiste des contaminants et de l’exposition environnementale (Inrae) et co-coordinateur du consortium de recherche multidisciplinaire InENDO
Krystel Nyangoh Timoh, chirurgienne gynécologue experte de l’endométriose complexe au CHU de Rennes, chercheuse Inserm au Laboratoire Traitement du Signal et de l’Image (LTSI) et membre du consortium du programme de recherche dédié à l’endométriose, professeure d’anatomie et de chirurgie à la Faculté de Médecine de Rennes
Marina Kvaskoff, directrice de recherche en épidémiologie de la santé gynécologique à l’Inserm et coordinatrice du projet ciblé EPI-ENDO
Jean Rosenbaum, coordinateur scientifique du PEPR SaFe
Éléna Gonçalves, cheffe de programme du PEPR SaFe
Aurore Brunet, chargée de communication du PEPR SaFe
Lyv, une thérapie numérique complémentaire au parcours de soins classique
Maïa Alexaline, directrice scientifique et cofondatrice de Lyv Healthcare, est intervenue au cours d'une table ronde lors de l'école d'automne. Ingénieure de formation et titulaire d’un doctorat en biologie cellulaire, elle nous explique comment le dispositif s'adosse à la recherche pour aider les patientes.
Parlez-nous de Lyv.
Maïa Alexaline : Lyv Healthcare est une start-up en santé numérique créée en 2021, qui a développé Lyv Endo, le seul dispositif médical numérique à visée thérapeutique pour accompagner les patientes atteintes d'endométriose. Lyv est une entreprise nantaise soutenue par la métropole de Nantes et par France 2030/BPI France.
Comment fonctionne le dispositif ?
M. A. : Nous avons différentes version de Lyv Endo : la version gratuite accessible à toutes permet le suivi de ses symptômes, de sa qualité de vie et d'avoir une première base de données sur l’endométriose. La version complète applicative de Lyv Endo, qui est un dispositif médical numérique à visée thérapeutique, est accessible uniquement via sa mutuelle, son employeur ou dans le cadre de ses études, il n'y a pas d'accès payant individuel. En effet, l’enjeu est de le rendre accessible à un maximum de personnes, avec une équité d'accès aux soins. Plus de 10 000 femmes ont utilisé nos solutions, que ce soit la version web, la version gratuite ou le programme de dispositif médical.
Quels sont vos liens avec la recherche française sur l’endométriose ?
M. A. : Lyv repose sur une démarche de rigueur scientifique. J’ai moi-même un parcours professionnel dans l'innovation en santé des femmes et celle des dispositifs médicaux numériques. Nous avons établi des partenariats de recherche. Nous avons recruté Zélia Breton, doctorante qui a effectué sa thèse en Cifre en lien avec l'Inserm et l'équipe de Marina Kvaskoff. Un article est en cours de publication à ce sujet. Nous mettons régulièrement en place des partenariats de recherche, pour mener des études, parfois en donnant accès à l'application aux chercheurs. Le consentement est demandé aux patientes, un protocole est rédigé et les démarches réglementaires effectuées, pour analyser conjointement les données.
Quels sont les enjeux pour mieux accompagner les patientes atteintes d’endométriose selon vous ?
M. A. : Actuellement, il existe de nombreuses solutions grand public de suivi de cycle ou de diagnostic, mais très peu sur l'accompagnement des patientes après le diagnostic. Or l'errance ne réside pas seulement dans le pré-diagnostic, elle est aussi post-diagnostic : c'est ce à quoi Lyv veut répondre. Il n'y a encore aucune thérapie numérique remboursée par l’Assurance maladie en France (malgré l'existence d'une voie de prise en charge anticipée dédiée), contrairement à ce qui se pratique en Allemagne par exemple. Nous espérons donc être la première solution prise en charge dès 2026.



