Publié le

08.07.2021

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Trois questions à Patrick Nédellec, Délégué aux Affaires européennes et internationales

L'Europe de la recherche, de l'innovation et de l'enseignement supérieur : nouveaux enjeux, nouveaux modèles

Patrick Nédellec, Délégué aux Affaires européennes et internationales, passe en revue les grandes tendances de l'Europe de la recherche, de l'innovation et de l'enseignement supérieur, à six mois de la Présidence française du Conseil de l'UE. Prélude à une large mobilisation des acteurs de l'ESRI en France pour donner à voir et à penser l'Europe, tout au long du premier semestre 2022.

Selon vous, quels sont les grands enjeux de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à l'échelle européenne aujourd'hui ?

L'enjeu principal selon moi est que les citoyens s'approprient l'Union européenne. Face au risque de voir émerger des démocraties illibérales, un besoin essentiel de réappropriation du projet et de l'esprit européen s'exprime clairement.

Dans cette perspective, le premier axe sur lequel travailler, ce sont les jeunes : il faut parvenir à leur insuffler le projet européen. C'est tout l'objectif des universités européennes ou encore du diplôme européen. Certaines initiatives nationales sont particulièrement intéressantes et pourraient être développées au niveau européen : il faut diffuser les bonnes pratiques des uns à tous les pays européens. A titre d'exemple, les campus connectés permettent de raccrocher des personnes qui sont éloignées de l'enseignement supérieur : il est possible de transformer l'enseignement supérieur pour l'adapter à tous. La jeunesse, c'est aussi la découverte de l'Europe. Le programme Erasmus en est un bon exemple : il permet à la fois de forger une certaine identité européenne et en même temps de confronter ces jeunes à la mobilité qui fera partie intégrante de leur futur environnement professionnel. Pour terminer sur ce point, la conférence sur l'avenir de l'Europe sera l'occasion de réunir autour d'une table des étudiants, des universitaires, des ONG, des organismes de recherche, des entreprises... pour parler et co-construire cette identité européenne.

En second lieu, le besoin de renforcer l'autonomie stratégique de l'UE a encore été accentué par la crise sanitaire. Pour faire face aux défis de demain, l'UE doit endosser et assumer un rôle de leader de l'innovation, en particulier de rupture, dans des domaines stratégiques comme l'intelligence artificielle ou l'épidémiologie. Il est important de comprendre que l'on ne pourra répondre efficacement aux nouveaux défis du XXIème siècle - c'est-à-dire aux pandémies, au réchauffement climatique... - qu'à l'échelle européenne.

Un troisième enjeu est l'attractivité de la recherche et de l'innovation. L'émergence des universités européennes va permettre une plus grande mobilité des étudiants, leur ouvrir davantage de débouchés. Elle représentera peut-être une partie de la réponse à la crise de la fuite des cerveaux européens. Il faudra par ailleurs travailler à une intégration plus forte entre les grandes organisations de recherche et les universités.

 

Quel modèle européen de coopération avec les partenaires internationaux envisagez-vous au regard de la communication de la Commission européenne sur l'Europe globale ?

Sous Horizon 2020, on a assisté à une faible compréhension de la politique internationale de l'Europe en réponse au mot d'ordre « Open to the World », un objectif un peu trop large pour développer des partenariats concrets. Horizon Europe marque l'avènement d'une nouvelle ère qui consiste précisément à développer des partenariats plus ciblés et équilibrés.  La dernière communication de la Commission européenne du 18 mai « Une approche globale de la recherche et de l'innovation. La stratégie de l'Europe pour la coopération internationale dans un monde en mutation » va dans ce sens.

Dans cette perspective, les questions de la réciprocité, le partage de valeurs communes, sont dorénavant parties prenantes des accords proposés par la Commission dans un objectif d'ouverture à la coopération scientifique et technique sans aucune naïveté et pour l'établissement d'échanges équitables.  Il faut aussi garder en tête que les partenariats internationaux sont un outil d'influence, de soft-power. L'UE a donc tout intérêt à poursuivre ses efforts de reconnaissance des diplômes et à consolider sa coopération avec les pays en voie de développement et particulièrement avec l'Afrique. Il faut notamment repenser le partenariat Europe-Méditerranée. A ce titre le projet PRIMA (partenariat pour la recherche et l'innovation dans la région méditerranéenne) est intéressant puisque qu'il revitalise cette collaboration qui avait beaucoup ralenti dernièrement... Même s'il ne faut pas oublier que la France s'était déjà bien engagée dans cette dynamique, sans attendre l'Europe, en créant des universités franco-tunisiennes, franco-égyptiennes ou encore franco-sénégalaises.

 

L'Union européenne a récemment lancé le programme Horizon Europe dont les objectifs ambitieux viendront irriguer les débats sous présidence française. En quoi ce programme représente une avancée pour l'Europe et que faut-il en attendre courant 2022 ?

Il faut bien avoir en tête qu'Horizon Europe est un programme très ambitieux. Avec un budget de 95,5 milliards d'euros, soit une augmentation de 30% par rapport au programme de recherche et d'innovation actuel Horizon 2020, c'est le programme le plus ambitieux du monde. Il représente donc une avancée majeure pour l'Europe. C'est l'opportunité pour elle de se démarquer dans un contexte de compétition internationale, de renforcer la visibilité de l'espace européen de de la recherche et d'attirer les talents.

Le programme s'articule autour de quatre grands piliers : l'excellence scientifique, l'Europe de l'innovation, les problématiques mondiales et de compétitivité industrielle européenne et la participation des citoyens à l'espace européen de la recherche. Il y a bien évidemment des éléments très intéressants à attendre de chacun d'eux en 2022. L'un des éléments phare de ce programme est pour moi le concept de mission proposé par l'économiste Mariana Mazzucato et la Commission européenne. Celui-ci a donné naissance à cinq grands objectifs pour l'UE : vaincre le cancer, protéger les océans, s'adapter au changement climatique, créer 50 villes décarbonées d'ici 2050 ou encore restaurer la qualité des sols. Derrière ces missions, c'est véritablement la volonté d'impliquer les citoyens dans la dynamique de transformation impulsée par la recherche et l'innovation qui est importante.  Il y aura bien sûr des appels d'offres et toutes les informations à connaître seront mises à jour en continu sur le site Horizon-europe.gouv.fr.

Mais 2022, c'est aussi la présidence française du Conseil de l'Union européenne, au premier semestre. Comme évoqué par la Ministre le 20 mai dernier lors du lancement d'Horizon Europe, tous les thèmes dont nous venons de discuter seront au cœur du programme de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, la PFUE, qui s'articulera autour de 13 grands événements donnant à voir et à penser l'Europe. S'y ajouteront de nombreuses autres manifestations portées par les acteurs de l'ESRI retenues dans le cadre de la campagne de labellisation dont nous avons parlé dans les précédentes éditions du BIM. Ce calendrier sera annoncé au début de l'automne, et nous comptons sur vous toutes et tous pour que vous vous les appropriez, afin d'en faire des temps forts qui illustreront l'importance des programmes européens d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation pour nos communautés françaises.