Publié le 15.04.2026

Focus sur le doctorat en recherche-création

Rencontre avec Julia Piccolo, tête chercheuse, artiste multifacette

Artiste plasticienne et doctorante au sein de l'école universitaire de recherche ArTeC (Université Paris 8), Julia Piccolo mène actuellement un projet de thèse en recherche-création. Nous sommes allés à sa rencontre au Campus Condorcet, en marge des JACES.

Selon moi, le point commun de la recherche-création, va être la nécessité de passer par la pratique pour développer son projet. Et ce projet va traverser des disciplines différentes et proposer des façons différentes de penser.

Je suis Julia Piccolo, je suis doctorante à l'École universitaire de recherche ArTeC. Je travaille sur un projet de thèse de recherche-création sous la direction de Patricia Ribault au sein de l'Université Paris 8. J'ai une double formation art et recherche. J'ai été formée aux Beaux-Arts de Nantes et aussi à l’EHESS.

Avec mon travail et mon projet de thèse en particulier, je cherche à démontrer qu'on peut envisager les technologies numériques par un autre prisme, et celui que j’ai choisi de défendre, c'est le prisme d'une vision textile. Cette vision textile est possible si on remonte la généalogie qui unit d'abord le tissage, le métier à tisser et les premiers ordinateurs. Ce fil que l’on peut tirer, on peut le tirer à partir des logiques binaires du tissage manuel et des cartes perforées qui ont commencé dans les métiers à tisser Jacquard et qui ont été utilisées dans la machine analytique de Charles Babbage, qui est connue comme le premier ordinateur, et dans le glissement de compétences qu'il y a eu au moment où les couturières se sont retrouvées embauchées en masse dans des usines d'assemblage d'électronique.

Ma méthodologie de travail convoque plusieurs façons de travailler : la lecture et la prise de notes, il y a aussi beaucoup de travail dans les archives, des expérimentations à l'atelier qui passent par la peinture, la sculpture et le dessin, et aussi l'écriture de fiction par laquelle j'essaye de faire advenir des objets technologiques pensés comme des objets textiles. Je crois qu'en recherche-création, la méthode construit le sujet et le sujet construit la méthode, comme une sorte de co-création méthode-sujet qui permet de faire apparaître des choses et de construire une vision propre, avec un langage qui lui est propre. Par exemple, pour moi, c'est un langage qui se développe à partir de la peinture. Cette peinture, je l'utilise pour pouvoir montrer le transfert du textile en utilisant les motifs décoratifs. L'enjeu plus grand de la recherche-création, selon moi, c'est de faire entendre des voix, des histoires qui seront sinon silenciées.

Recherche-création : tisser des liens

Formée aux Beaux-Arts de Nantes et à l'EHESS, Julia Piccolo mène actuellement un projet de thèse en recherche-création au sein de l'école universitaire de recherche ArTeC  sous la codirection de Patricia Ribault (Université Paris 8) et d'Isabelle Kalinowski (École normale supérieure). Ce travail de recherche s'intéresse aux enjeux artistiques au-delà de la production d’œuvres et mobilise une méthode impliquant « la nécessité de passer par la pratique pour développer son projet ».

Elle a intégré ce doctorat après une année de préparation via le diplôme interuniversitaire (DIU) ArTeC+, un diplôme post-master d’un an, destiné à aider les étudiants à consolider un projet artistique ou de doctorat en recherche-création.

L'École Universitaire de Recherche ArTeC a pour fonction de promouvoir et d’articuler des projets de recherche relatifs aux domaines des arts, des technologies, du numérique, des médiations humaines et de la création. Les projets articulent de façon originale et inventive les méthodologies de la recherche-création, recherche-action, recherche-développement, dans une perspective d’excellence inclusive et partagée. 

Un travail de recherche nourri par la création artistique

Dans ses travaux intitulés Trame spéculative : pour une vision textile de l’informatique (EDESTA, Paris 8), Julia Piccolo s’emploie à révéler la vision textile que recèlent les outils et objets informatiques. Son travail est mu par le désir de matérialiser les objets technologiques à partir du lien : transmission de mémoire, luttes sociales, histoire des minorités et enjeux LGBTQIA+. Elle convoque donc l'histoire des sciences informatiques, les sciences sociales pour nourrir sa réflexion et éclairer sa création artistique.

Crédits :
Vue de l'exposition "Stretch" de Julia Piccolo, Diagonale, 2023 © alignements, Adagp

« Ma méthodologie de recherche est une grille de lecture textile que j'applique au numérique. Je mobilise différentes façons de travailler : la lecture, la prise de notes, le travail dans les archives, les expérimentations en atelier avec de la peinture, de la sculpture, du dessin et la fiction. Cette vision textile est possible si on remonte la généalogie qui unit d'abord le tissage, le métier à tisser et puis les premiers ordinateurs. Et on peut tirer ce fil à partir des logiques binaires du tissage manuel et aussi des cartes perforées des métiers à tisser Jacquard et qui ont ensuite été utilisées dans la machine analytique de Charles Babbage, connue comme le premier ordinateur ; puis, dans le glissement de compétences des couturières qui ont été embauchées en masse dans des usines d'assemblage électronique. » Julia Piccolo

Croquis de travail de l'artiste Julia Piccolo représentant des dessins à partir d’entrecroisement textile et d’une vue d'une mémoire à tores magnétiques stockant 1 024 bits (ou 128 octets) de données (≃1955-1975), 2026 © Adagp. 

Crédits :
Croquis de travail, Julia Piccolo, 2026 © Adagp

Dessins à partir d’entrecroisement textile et d’une vue d'une mémoire à tores magnétiques stockant 1 024 bits (ou 128 octets) de données (≃1955-1975).

ArTeC a bénéficié d'une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17- EURE-0008.

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