Publié le 09.06.2026

Rencontre avec Mickaël Launay, lauréat du prix le Goût des sciences, 17e édition

À travers les mystères du quotidien, Mickaël Launay nous montre que la science commence souvent par un simple « pourquoi ? ». Avec L'équation de la chauve-souris, paru aux éditions Hugo Doc, Mickaël Launay est lauréat du prix du livre scientifique du Goût des sciences.

J'avais pensé à un exemple « Tiens, ça c'est intéressant : les embouteillages ». Je réfléchissais à la façon dont fonctionnent les embouteillages. Je me dis « Ah mais ça fonctionne exactement de la même manière que les bulles de champagne qui remontent ». Ça peut ne pas paraître évident mais en réalité, il y a vraiment un point commun. Donc voilà, je détaille un peu cela dans le livre. 
Je suis Mickaël Launay, je suis mathématicien, vulgarisateur scientifique et auteur de « L'équation de la chauve-souris ». C'est mon dernier livre et je suis très heureux d'être lauréat du prix Le Goût des sciences 2026.

Ma passion dans la vie, c'est d'essayer de transmettre les sciences au grand public, par des moyens différents, que ce soit des conférences, des vidéos et des livres. C'est un livre qui parle un petit peu de mathématiques, parce que c'est mon domaine de base, mais qui fait aussi beaucoup de détours dans les sciences physiques. Comment est-ce qu'on peut expliquer le monde ? Comment est-ce qu'on peut essayer d'appréhender un peu toutes ces choses qui sont autour de nous ? Ce que je trouve intéressant dans les sciences, ce n'est pas forcément les choses en elles mêmes, c'est aussi de faire du lien, de dire qu’il y a tel sujet et tel sujet, qui n’ont pas l'air d'avoir grand chose à voir, mais si on y pense de telle manière, on se rend compte qu'ils sont connectés, qu'il y a un raisonnement qui est similaire dans la façon dont on l'explique.

C'est un peu ça que j'essaye de montrer, c’est-à-dire que ça parle de plein de choses différentes dans le livre, ça parle des aspirateurs, de la météo, de la théorie du chaos, des sons : comment est-ce que les ondes se propagent ? Ça parle de physique quantique. Tous ces exemples, ce n’est pas juste que l’on passe d'un chapitre à l'autre et qu’on change de sujet. Ils sont tous reliés par des fils invisibles, et c'est d'ailleurs l'idée de la chauve souris.
C’est l'animal totem, parce que c'est un animal un peu mystérieux,un animal qui dort la tête en bas, qui ne fait rien comme les autres.

Qui représente ce côté : « Faisons les choses différemment de ce vers quoi notre première intuition, pourrait nous amener. Regardons les choses à l'envers, dans l'autre sens, regardons le négatif ». Et des fois, on découvre des choses
absolument passionnantes et on se rend compte qu'on comprend mieux en regardant de cette façon là. C'est un peu le fil rouge qui relie tous ces exemples qu’il y a dans le livre. Il y a plusieurs petits messages qui sont disséminés.

Le fait que la science c'est quelque chose de collectif, c'est quelque chose qui me semble très important parce que souvent on parle d'une personne, de telle grande découverte, tel grand savant qui a changé notre vision du monde. Bien sûr, il y a des grands savants qui, à un moment donné, vont apporter une pierre très importante qui va faire basculer quelque chose.

Mais il y a toujours des précurseurs, il y a toujours des choses qui arrivent après et il faut toujours replacer cela dans le contexte pour comprendre à quel point c'est collectif et à quel point l'Histoire des sciences, ce n'est pas que l'histoire des grandes découvertes mais aussi de tous les essais, de toutes les erreurs qu'on va faire. Alors, ça pourrait passer pour un échec mais le fait qu’on a essayé que l’on sait que ça ne marche pas, ça déblaye la voie pour les suivants.

Si ce n'est pas dans cette direction, qu'est ce qu'il peut y avoir d'autres comme option ? Petit à petit on voit les choses apparaître. Le cheminement est finalement plus important que la découverte. Il y a quelque chose de mystérieux et, en tant que société, qui ne fonctionne pas très bien. Comment ça se fait, qu'à un moment, on désapprend la curiosité ? Parce que tous les enfants sont curieux.
Et on grandit, et puis quand on arrive à l'âge adulte, on se rend compte qu’il y a un certain nombre d'adultes qui ont perdu la curiosité, il y en a qui l'ont gardé, puis d'autres qui l'ont moins.

Ça s'est moins développé. On a toutes nos contraintes matérielles, on a les responsabilités, on a des choses comme ça qui font que, forcément, en tant qu'adulte, on peut moins se plonger totalement dans une légèreté de la découverte, mais il y a quelque chose à faire. Comment est ce qu'on fait pour garder notre curiosité première ?

Ma première passion scientifique, ça a été l'astronomie, regarder les étoiles. J'adorais trouver les constellations, les voir tourner dans le ciel, essayer de comprendre les planètes, les phases de la lune. C'est quelque chose qui me fascinait. Puis il y a des rencontres. J'ai rencontré des professeurs qui m'ont donné envie. Notamment au lycée, j'avais un professeur de mathématiques qui faisait des tours de magie mathématiques. Il arrivait avec un jeu de cartes, Il nous faisait un tour de magie et on était éblouis. 
Il nous disait que pour comprendre, il y a des maths derrière. Il n'était pas magicien parce qu'il avait de la dextérité dans les doigts ou parce qu'il cachait des cartes dans ses manches. Mais parce que le paquet était mélangé d'une
certaine manière, que les cartes étaient dans un certain ordre qui fait qu'on avait l'impression que c'était mélangé.

Mais en fait, en faisant le calcul, la carte, elle se retrouvait sur le dessus du paquet. C'était comme ça. Quand on comprenait, il y avait l'éblouissement du tour de magie, puis après c’était très satisfaisant de comprendre comment ça marche. Tout cela, c'est aussi une histoire de transmission. Il y a des gens qui nous donnent envie et à son tour, on a envie de transmettre. Quand il y a quelque chose qu’on aime. Quand je fais une nouvelle découverte, que je vois un truc qui m'épate, j'ai envie d'en parler. Donc j'en parle à mes proches d'abord, et puis après j'écris des livres.

Voilà, j'ai envie de partager ça.

L'équation de la chauve-souris

Mathématicien et vulgarisateur scientifique reconnu, Mickaël Launay s’attache à rendre les sciences accessibles au plus grand nombre. Ancien élève de l’École normale supérieure, il partage sa passion des mathématiques à travers sa chaîne YouTube Micmaths, qui rassemble plus de 580 000 abonnés. Auteur des succès de librairie Le Grand Roman des maths et Le Théorème du parapluie, traduits dans une quinzaine de langues et récompensés à plusieurs reprises, il poursuit son exploration des mystères du quotidien avec L’Équation de la chauve-souris.

Dans cet ouvrage, Mickaël Launay nous entraîne dans une fascinante enquête sur le monde qui nous entoure et sur les idées que nous tenons pour évidentes. Pourquoi le jus remonte-t-il dans une paille lorsque l’on aspire ? Pourquoi les prévisions météorologiques demeurent-elles si complexes ? À partir de questions simples et familières, l’auteur nous dévoile les mécanismes scientifiques, les paradoxes et les illusions qui façonnent notre perception de la réalité.

De la poussée d’Archimède à la physique quantique, des embouteillages aux ondes, en passant par la cuisson des pâtes, chaque sujet devient une porte d’entrée vers une compréhension plus profonde du monde. Un voyage captivant, où la curiosité et l’émerveillement transforment les petites questions du quotidien en grandes aventures scientifiques.

Rencontre avec Mickaël Launay

Comment avez-vous travaillé pour écrire votre ouvrage ? Pourquoi le titre L'équation de la chauve-souris ?

Mickaël LaunayL'équation de la chauve-souris traite de tout un tas de sujets apparemment très différents les uns des autres, mais qui sont pourtant tous reliés par des fils invisibles : tous tournent autour de l'idée d'inversion de point de vue et des limites qu'il peut y avoir à notre connaissance du monde. On dit souvent qu'en sciences, le plus intéressant n'est pas dans les choses qu'on étudie, mais dans les liens qui existent entre elles. C'est un peu le cœur de ce que j'ai essayé de faire ressentir avec ce livre. Et c'est autour de cette idée que j'ai choisi les sujets abordés, comme le fonctionnement des aspirateurs, la météo, la théorie du chaos ou la physique quantique. À chaque fois que, dans mes recherches, je trouvais un sujet intéressant, je me demandais comment il allait pouvoir se connecter aux autres. Quelle idée, quelle découverte, quel éclair de compréhension va le mieux résonner avec ce qui précède et va le mieux préparer les lecteurs et lectrices à ce qui viendra ensuite ? Au milieu de tout ça, la chauve-souris joue le rôle d'animal totem, mystérieux et fascinant, qui nous accompagne tout au long du chemin.

Avez-vous découvert ou compris différemment certains concepts scientifiques en écrivant votre livre ?

M. L. : Certaines idées du livre me trottent dans la tête depuis plus de quinze ans, mais à partir du moment où j'ai vraiment commencé à écrire et poser les premières phrases, les concepts scientifiques que je voulais développer étaient assez clairs pour moi. En revanche, j'ai continué à faire quelques découvertes d'ordre historique au fil de l'écriture. Galilée fait plusieurs apparitions dans les premiers chapitres. Le fait qu'il ait aussi été dans les premiers à visualiser des ondes sonores grâce à des poussières sur une plaque vibrante a été une bonne surprise puisqu'il m'a permis de lui refaire un clin d'œil dans le chapitre sur les ondes où il n'était initialement pas prévu !

Quel fait scientifique de votre livre vous fascine le plus et pourquoi ? Y a-t-il un fait scientifique qui a été particulièrement difficile à vulgariser ?

M. L. : Ma réponse n'est pas très originale, mais je pense que quiconque se penche sur les idées de la physique quantique se retrouve soufflé par le changement de paradigme total qu'elles impliquent. Notre compréhension du monde y vacille jusque dans ses plus claires évidences. Le défi qu'il y a à vulgariser des sujets comme celui-là (ou comme la théorie du chaos ou des ondes...), c'est de pousser le détail juste assez loin pour en donner la représentation la plus complète possible et faire ressentir ce que ces théories ont de profond et puissant, sans pour autant se perdre dans les détails techniques. On peut parler des sciences au grand public à travers des expériences amusantes ou des petites anecdotes. On peut parler des grandes théories avec les scientifiques en posant les équations et les termes techniques. Mais trouver le point de rencontre entre le grand public et les grandes théories est une chose subtile.

Que vous évoque la thématique du Goût des sciences ? Que représente pour vous un tel prix ?

M. L. : Je suis honoré de recevoir ce prix ! La diversité des ouvrages qui se trouvaient dans la sélection (tant pour le livre scientifique que pour le livre jeunesse) montre à quel point, si la science est multiple, les façons de la raconter le sont aussi. Il y a mille manière d'aimer les sciences et cette diversité est à la fois réjouissante et rassembleuse.