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Forum Université / Entreprises, Intervention de Valérie Pécresse - Bruxelles

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Valérie Pécresse

Promouvoir la formation tout au long de la vie
Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, est intervenue à l'occasion du Forum universités/entreprises qui se tenait à Bruxelles. La ministre a rappelé la volonté de la France de faire du développement de la formation tout au long de la vie l'un des enjeux majeurs de future présidence de l'Union. L'objectif est favoriser les alternances entre périodes de vie professionnelle et périodes de formation.

Discours - 1ère publication : 28.02.2008 - Mise à jour : 28.02.0008
Valérie Pécresse

Intervention de Valérie Pécresse
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

 

Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être parmi vous ce matin : c'est en effet une très belle initiative que vous avez eue, cher Jan, en organisant ce premier forum européen entièrement consacré aux relations que sont naturellement appelés à entretenir deux univers qui sont au cœur de notre avenir, le monde universitaire et celui de l'entreprise.

Dans le choix de ce thème, je reconnais, Monsieur le Commissaire, ce sens aigu de l'à-propos qui vous caractérise toujours, comme j'ai eu si souvent la chance de le constater ces derniers mois en préparant avec vous la future présidence française de l'Union : mais à vrai dire, je n'en suis que peu étonnée, puisque vous êtes, Monsieur le Commissaire, un scientifique, et que comme le disait Lévi-Strauss, le vrai scientifique n'est pas tant celui qui apporte les bonnes réponses, que celui qui sait poser les bonnes questions.

Et c'est à l'évidence une excellente question que, tout au long des deux journées qui viennent, nous allons aborder ensemble: comment tisser de nouvelles relations entre les entreprises et les universités d'Europe et comment fortifier celles qu'elles entretiennent déjà ?

Dans une Union européenne qui, avec la stratégie de Lisbonne, a décidé de faire du savoir la clef de son avenir, il n'est peut-être en effet pas de question plus essentielle.

Car construire l'Europe de la connaissance, ce n'est pas seulement offrir à tous les jeunes Européens la chance d'étudier dans des universités d'excellence, c'est aussi leur permettre de trouver un emploi dans lequel ils pourront faire valoir les connaissances, les compétences et les qualités qu'ils auront acquises et développées tout au long de leurs études supérieures.

L'Europe de la connaissance, c'est donc une Europe où le savoir irrigue l'ensemble des sociétés, où la formation ne constitue pas un temps entièrement distinct de la vie professionnelle, mais où les études supérieures préparent à la vie professionnelle et où chacun peut, tout au long de sa vie, accéder à de nouvelles formations pour exercer au mieux ses fonctions ou se préparer à en assumer de nouvelles.

Et à mes yeux, rien n'est plus conforme à la vocation de l'Europe, à son histoire plusieurs fois millénaire, que cette conviction profonde : il n'y a pas de progrès des civilisations qui ne naisse d'abord d'un progrès de la connaissance, car c'est le savoir qui rend les peuples capables non pas seulement de répondre aux besoins de l'avenir, mais aussi de l'inventer.


 

Cette conviction, la France la partage, et c'est pourquoi à l'été dernier elle s'est engagée dans un mouvement de profonde réforme de ses universités et, au-delà, de l'ensemble de son enseignement supérieur.

Un mouvement ordonné autour de deux finalités essentielles : d'une part offrir à tous les étudiants de nos universités des formations d'excellence et leur permettre ainsi d'accéder au tout dernier état du savoir ; d'autre part faire de ces formations de véritables passeports pour l'emploi, en garantissant aux entreprises que les jeunes diplômés, par les enseignements qu'ils auront reçus et par le haut niveau d'exigence intellectuelle auxquels ils auront été habitués, sont parfaitement en mesure de répondre à leurs besoins, présents et futurs.

Car chacun le sait bien, Mesdames et Messieurs, ces deux objectifs n'ont rien de contradictoire, mais sont au contraire parfaitement complémentaires : l'excellence académique est le meilleur gage d'insertion professionnelle lorsque cette excellence ne se construit pas indépendamment de toute vie active future mais prend place aux yeux de chaque étudiant dans un projet personnel et professionnel bien défini.

C'est pourquoi la Nation française a désormais assigné à ses universités deux nouvelles missions : l'orientation et l'insertion professionnelle des étudiants. L'une ne se conçoit en effet pas sans l'autre, car l'insertion à l'issue des études supérieures est d'autant plus fluide que ces dernières procèdent d'une orientation responsable et ambitieuse, qui ne cache rien aux étudiants des exigences des formations et des perspectives professionnelles qu'elles ouvrent, mais qui soit également soucieuse de leur offrir tous les moyens d'accomplir leur projet.

Mais ces deux missions ne pourront être menées à bien sans que ne se tisse entre les entreprises et les universités un dialogue continu, qui permette à celles-ci de comprendre les nouveaux besoins de celles-là, et d'y répondre en mobilisant les extraordinaires ressources intellectuelles dont elles disposent.


 

Au demeurant, qu'y a-t-il de  plus conforme à la vocation millénaire de nos universités que ce dialogue constant avec nos sociétés ? Car dès leur fondation, ces nouveaux temples tout entiers consacrés au savoir n'ont eu de cesse que de répondre aux besoins de connaissances et d'innovations de nos nations, et de mobiliser pour cela les plus grandes intelligences que comptait l'Europe.

Et dans cette tâche, nos universités connurent un tel succès qu'elles donnèrent du même coup à notre continent l'unité qui lui manquait encore : celle d'une terre de savoir, de connaissance et d'innovation, rassemblée autour des lumières vives de l'intelligence humaine.

Et à son tour, l'Europe du XXIe siècle ne se fera pas hors de ses universités : c'est en effet là que se mêleront les jeunesses de nos pays, grâce à des parcours de formation qui intégreront pleinement l'exigence d'harmonisation et de mobilité européenne.

Et c'est là aussi que s'inventera l'avenir de notre économie, grâce au flux permanent d'innovation et de découverte qui, partant de nos universités, irriguera l'ensemble de nos entreprises pour donner naissance aux nouvelles technologies, aux nouveaux services et aux nouveaux marchés qui feront notre croissance commune.

C'est pourquoi nous devons aller plus loin encore dans la constitution de cet espace européen de l'enseignement supérieur que nous appelons tous de nos vœux : pour que demain le dialogue des universités et des sociétés se poursuive désormais pleinement à l'échelle européenne.

Car comment mieux tenir compte des besoins émergents des entreprises et des sociétés dans nos pays qu'en observant les tendances qui traversent tous les secteurs d'activité en Europe ? Il y a là une richesse, une expérience commune dont nous pourrions mieux tirer parti encore : ce qui, au niveau d'une seule nation, peut paraître une évolution contingente qu'il serait hasardeux d'anticiper pleinement peut devenir, lorsqu'elle se retrouve dans tous les pays de l'Union, une transformation profonde à laquelle il est urgent de répondre.

C'est pourquoi nous ne devons pas craindre de partager nos observations et nos analyses, pour mieux anticiper les besoins futurs de compétences sur le marché du travail européen et réagir aux pénuries de main d'œuvre que nous pourrions anticiper : c'est le sens de la résolution du Conseil adopté en novembre dernier, à laquelle la France est particulièrement attachée, une résolution dont la mise en œuvre ne pourra à l'évidence se faire sans nos universités.

C'est à elles en effet qu'il reviendra d'utiliser ces prévisions pour répondre au mieux aux nouveaux besoins qui se feront jour, en adaptant leurs programmes de formation initiale, bien sûr, mais aussi en proposant aux Européens déjà entrés dans la vie professionnelle de venir suivre de nouvelles formations, qui leur permettront de mettre à jour leurs connaissances et leurs compétences ou d'évoluer vers de nouveaux emplois.

Aux yeux de la France, rien n'est en effet plus essentiel que de faire de l'éducation et de la formation tout au long de la vie une réalité tangible pour tous en Europe. La société de la connaissance dans laquelle nous entrons sera en effet une société du mouvement, marquée par des progrès rapides et des évolutions soudaines.

Pour tous les Européens, c'est une chance et une promesse : la chance de vivre dans une société de progrès, où l'on vit de mieux en mieux ; la promesse de connaître plusieurs carrières dans une vie et de vivre ainsi de nouvelles expériences, de plus en plus enrichissantes.

Mais c'est aussi un défi, auquel nous devons apprendre à répondre : des transformations aussi rapides peuvent faire peser sur les individus et les entreprises le risque de se trouver dépassés par le rythme d'avancement des savoirs et des technologies. Pour chaque Européen, les universités doivent donc devenir le lieu où chacun viendra régulièrement rafraîchir ses connaissances et se tenir informé des évolutions les plus récentes des savoirs.

La France entend donc faire du développement de la formation tout au long de la vie l'un des enjeux majeurs de sa future Présidence de l'Union : c'est pourquoi, dès le 14 décembre dernier, François Fillon a proposé à la conférence européenne des présidents d'université de s'emparer du sujet en élaborant une « Charte pour l'université ouverte tout au long de la vie ». Je me réjouis que la conférence, et son président, Georg Winckler, aient accepté cette proposition : je suis convaincue qu'il en sortira dans les mois à venir des progrès décisifs, dont tous les Européens pourront se réjouir.

Car notre objectif est de leur permettre, tout au long de leur vie, d'alterner plus facilement qu'aujourd'hui périodes de vie professionnelle et périodes de formation, sans qu'il n'y ait nécessairement entre elles de séparations étanches et bien définies.

Il n'y aura en effet pas d'Europe de la connaissance si nous ne devenons pas tous pleinement conscients que les emplois de demain se fondent sur les découvertes et les innovations d'aujourd'hui ; mais en retour, nous devons également reconnaître que la vie professionnelle elle-même permet d'accéder à des qualifications et à des savoirs : c'est pourquoi la validation des acquis de l'expérience est sans doute appelée à devenir l'un des instruments majeurs de la formation tout au long de la vie en Europe.

Dans un monde où la vie professionnelle et la formation tissent des liens de plus en plus étroits, il est en effet essentiel de mieux reconnaître les compétences et les connaissances qu'un individu a pu acquérir dans et par l'exercice de sa profession. Cette reconnaissance doit pouvoir aller, lorsque toutes les conditions sont réunies, jusqu'à la délivrance d'un diplôme et ne doit pas se limiter, comme c'est encore trop souvent le cas, à la validation d'une partie seulement des épreuves conduisant à son obtention.



Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, il nous faudra désormais nous habituer à de nouveaux parcours, où les progrès professionnels de chacun se nourriront de nouvelles connaissances et nouvelles qualifications, acquises à la fois par l'expérience professionnelle et par la formation tout au long de la vie.

Ces nouveaux parcours seront une chance pour nous tous, et c'est pourquoi nous nous devons de les rendre plus lisibles et mieux reconnus, en estompant la dichotomie par trop tranchée qui sépare encore aujourd'hui formation initiale et formation continue : les ECTS doivent être généralisés, afin de reconnaître les résultats de toutes les formations et consacrer toutes les expériences et toutes les compétences.

Mais en retour, chacun de nous, qu'il soit entrepreneur ou universitaire, devra apprendre à lire autrement la compétence : celle-ci ne résultera plus en effet de parcours de formation initiale uniforme, construits dans un seul pays ; elle se nourrira au contraire d'expériences nouvelles, qu'il s'agisse de périodes d'études ou de travail à l'étranger, de connaissances acquises dans l'emploi ou dans une université à tel ou tel moment de notre vie.

Pour tous, il y aura là des opportunités exceptionnelles et j'engage les entrepreneurs à en tirer pleinement parti : demain plus encore qu'aujourd'hui, la richesse humaine et intellectuelle des salariés européens sera hors de pair. Les références et lignes d'orientation européenne adoptées à Bergen le garantiront à chacun, en renforçant la transparence et la confiance mutuelle dans nos formations supérieures.

Les entreprises ne doivent donc pas avoir peur de ces nouveaux profils, plus proches des aspirations et des qualités de chacun : ils seront le meilleur gage de nos progrès communs.

Voilà pourquoi je suis convaincue que des rencontres comme celles d'aujourd'hui sont infiniment précieuses : en nourrissant le dialogue des universités et des entreprises, elles permettent d'entretenir et de fortifier la relation de confiance qui les unit, une relation de confiance sans laquelle l'idée même d'Europe de la connaissance ne resterait qu'un mot. 

 

Je ne peux donc que vous souhaiter d'excellents travaux et vous dire combien je serai particulièrement attentive aux conclusions qui seront les vôtres.

 

Je vous remercie.

1ère publication : 28.02.2008 - Mise à jour : 28.02.0008
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