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Faire du développement durable une exigence partagée par l'ensemble de la société

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Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, a ouvert le colloque « les géosciences au service de l'homme » au Muséum d'Histoire naturelle auquel assistaient des scientifiques, des professeurs d'université et des chercheurs. La ministre y a rappelé que les travaux des scientifiques ne doivent cesser de nourrir la réflexion collective et les décisions politiques, notamment en associant plus étroitement les experts lors de la préparation des décisions. Elle a souligné l'importance du travail de sensibilisation au développement durable accompli par les scientifiques auprès des plus jeunes.

Discours - 1ère publication : 25.03.2008 - Mise à jour : 25.03.0008
Valérie Pécresse

Monsieur le Directeur Général,
Madame et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse et honorée de vous accueillir aujourd'hui au nom de la France : en cette première année internationale de la planète Terre, ces rencontres revêtent en effet une importante capitale aux yeux de l'humanité tout entière.

Car au moment même où chacun de nous prend conscience de l'épuisement des ressources de notre planète, d'une planète anémiée, éreintée et, si rien n'est fait, bientôt à bout de souffle, les peuples et les gouvernements du monde ont choisi de se tourner vers les scientifiques : ce sont eux, les biologistes, les naturalistes et, en tout premier lieu, les géophysiciens, qui les premiers ont mesuré la raréfaction des richesses que notre planète offre à l'humanité.

Ce sont eux qui nous ont alertés sur les conséquences qu'elle ne manquerait pas d'avoir sur nos écosystèmes, notre environnement et nos vies quotidiennes. Et c'est à eux que nous nous adressons à présent pour mieux comprendre les défis que nous allons devoir relever ensemble et nous aider à le faire.

Désormais les sciences, et notamment la géophysique, ne doivent plus cesser de nourrir notre réflexion collective et d'inspirer les décisions politiques.

C'est ce qu'a fait la France, en s'engageant dans ce processus inédit qu'est le Grenelle de l'environnement, où les scientifiques ont tenu une place de choix.

C'est ce que fait l'Europe, en associant désormais aussi souvent que possible les savants et les experts à la préparation de ses décisions.

Car une fois de plus, c'est sur le socle inébranlable de la science que l'humanité doit construire son avenir : pour ne céder ni aux excès de confiance, ni aux emportements de la peur, nous avons besoin de pouvoir nous appuyer sur un savoir clair, certain et rigoureux. Les défis sont tels que nous n'avons pas le droit à l'erreur.

C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, ce colloque est consacré au rôle que les géosciences peuvent jouer en faveur de l'humanité. Aux yeux de la France, la formule n'a rien d'excessif : l'approfondissement des connaissances que nous offrent les sciences de la Terre est en effet la voie la plus sûre pour mieux protéger ce bien commun irremplaçable qu'est notre planète.

* * *

Une planète qui est soumise à rude épreuve, et d'abord par la croissance démographique qui se poursuit encore et toujours : nous sommes aujourd'hui plus de 6 milliards, mais dès 2050, nous serons sans doute 9 milliards.

Dans moins de cinquante ans, il y aura donc 3 milliards d'individus de plus sur cette terre, des hommes et des femmes qui devront y trouver de quoi s'alimenter et de quoi boire, si besoin par la force. Et ces hommes et ces femmes pollueront et consommeront à leur tour, épuisant ainsi un peu plus les ressources de notre planète si nous n'avons pas d'ici là appris à vivre autrement.

Il y a donc urgence à agir, pour que ces nouvelles générations qui bientôt naîtront puissent elles aussi avoir le bonheur de vivre sur une terre aussi hospitalière que celle que nous aurons connue.

Et cela, malheureusement, n'a rien d'une évidence. Car sur cette planète soumise à rude épreuve par la seule multiplication des hommes et des femmes qui y vivent, pèse une autre menace, plus lourde encore : le changement climatique.

Et nous le savons désormais : l'homme en est également responsable. Aux variations cycliques de la température de la Terre, souvent très sensibles, s'est ajoutée la production par l'activité humaine de gaz à effet de serre, qui accélèrent le réchauffement naturel du climat dans des proportions qu'il y a quelques années encore, nous n'aurions pas même imaginées.

Je veux le redire aujourd'hui, la lutte contre le changement climatique est désormais une exigence absolue, qui pèse sur l'humanité tout entière. Ensemble, en unissant nos efforts, nous pourrons le freiner. Et si nous échouons à nous unir, c'est ensemble que nous en subirons les conséquences dramatiques.

Nous n'avons donc pas le choix : ce combat commun, nous devrons le mener ensemble.

Au nom de ses valeurs comme de sa responsabilité dans ce désastre naissant, l'Europe saura s'y montrer exemplaire. Mais seule, elle ne pourra rien : il lui faudra donc convaincre les autres nations du monde de se rallier à cette urgente nécessité et d'unir leurs efforts aux siens.

Et pour ce faire, elle aura besoin des chercheurs : car si les vérités scientifiques ne font pas, à elles seules, les accords politiques, il serait illusoire d'espérer de tels accords sans que les conclusions de tous les travaux scientifiques n'aient acquis aux yeux de tous une valeur irréfragable.

Sans consensus scientifique, il n'y aura pas de consensus politique : voilà l'évidence, voilà pourquoi nous ne pourrons pas construire l'avenir sans les géologues. Sans leur savoir et sans leur expertise, le développement durable restera une chimère, l'une de ces formules à la mode qui n'ont pas besoin d'avoir une signification pour devenir le réceptacle des espoirs, mais aussi des peurs et des préjugés collectifs.

* * *

Cette année internationale de la planète Terre, notamment en France, ne peut donc avoir qu'une seule ambition : répondre à toutes les questions que se posent, dans chacun nos pays, non seulement toutes les autorités politiques, mais aussi tous les citoyens.

C'est à l'opinion dans son ensemble que vous devez vous adresser, pour la convaincre de l'urgence qu'il y a aujourd'hui à savoir, pour pouvoir ensuite agir.

C'est ce que vous ferez en multipliant les rencontres scientifiques ouvertes à tous, qui permettront de dresser un état des lieux , de le faire partager largement autour de vous et de présenter à chacun les conclusions des dernières recherches les plus fécondes, notamment dans le domaine des sciences qui se penchent sur l'état de la planète Terre.

Le colloque qui nous réunit aujourd'hui est la première de ces rencontres, et peut-être la plus importante à mes yeux. Pour une raison simple : autour des scientifiques que vous êtes, elles réunissent aussi un large public d'enseignants et d'étudiants.

Au cours des deux journées qui viennent et qui se tiendront dans ces deux lieux exceptionnels que sont le Muséum national d'histoire naturelle et le lycée Henri-IV, vous pourrez ainsi jouer pleinement le rôle de formateur ou mieux, d'éducateur, qui est naturellement dévolu à tous ceux qui détiennent un savoir rationnel et partageable.

Car avec les conférences et les tables rondes que vous allez animer, vous allez donner à ces enseignants et à ces étudiants toutes les clefs pour saisir, au travers des sciences de la terre, les enjeux les plus cruciaux du développement durable.

Plus que jamais en effet, les spécialistes de la planète Terre nous serons précieux pour nous alerter, et lutter contre la raréfaction des ressources minérales, la disparition à terme des énergies fossiles, l'appauvrissement des sols pour l'agriculture, la baisse de la qualité des eaux, la problématique du stockage des déchets, les risques liés à un aménagement incontrôlé des territoires, autant de sujets que nous ne pouvons plus ignorer dans la perspective d'un développement durable et acceptable de notre environnement et de nos sociétés.

Par avance, je tiens donc à vous remercier très chaleureusement d'avoir accepté de faire ainsi œuvre de pédagogie.

C'est en effet en prenant le temps d'expliquer que vous ferez mieux comprendre à chacun d'entre nous les interactions qui se nouent entre les comportements des hommes et leurs environnements. Et c'est ainsi que vous nous conduirez à adopter par nous-mêmes durablement ces réflexions simples que si nous avons si souvent tant de mal à faire nôtre.

C'est aussi en prenant ce temps pour l'apprentissage, que vous ferez naitre les vocations, et formerez, les scientifiques de demain capables de faire de la résolution des problèmes écologiques le moteur d'une croissance nouvelle, le moteur du développement des pays du tiers-monde et le moteur de la réduction des inégalités

Vos efforts ne seront donc pas vains : le travail de sensibilisation que vous allez accomplir aujourd'hui est en effet un véritable investissement en faveur du développement durable.

Pour ma part, j'en suis profondément convaincue : car le Grenelle de l'environnement aurait-il eu lieu, avec tout l'intérêt et toutes les attentes qu'il fait naître, si dès 1999 les programmes de seconde, de première et de terminale scientifiques n'avaient pas mentionné les premiers rapports du GIEC, qui démontraient que l'activité humaine avait un impact direct sur le climat et la variation du niveau des mers ?

* * *

La plus large publicité doit donc être donnée aux travaux des scientifiques, pour achever d'éveiller nos consciences qui trop souvent encore sous-estiment, lorsqu'elles ne les ignorent pas, les défis environnementaux qu'il nous faut à présent surmonter.

Et la France est décidée à la leur donner : le Grenelle le démontre, c'est avec l'aide des scientifiques que le gouvernement français est décidé à faire du développement durable une exigence partagée par l'ensemble de notre société.

Dans une Europe qui s'est donné des objectifs particulièrement ambitieux, notre pays doit en effet se montrer parfaitement exemplaire et tenir sa part de ces engagements, pour convaincre tous les États du monde qui hésite encore à se joindre à nous de le faire.

Car il est une seule chose qui entraîne les hommes avec la même force qu'une vérité clairement démontrée : c'est la force de l'exemple.

Grâce à vous, grâce à votre présence aujourd'hui, nous allons pouvoir joindre la puissance de l'une et de l'autre : votre travail commun et le consensus scientifique auquel il parviendra seront en effet le terreau de la décision politique et, plus important encore, de l'engagement quotidien des hommes et des femmes de notre pays, au nom de la protection de ce bien infiniment précieux qu'est notre planète.

Alors, quand la connaissance scientifique aura achevé d'éveiller et d'éclairer les bonnes volontés, la marche vers le développement durable deviendra irrésistible.

Et c'est en grande partie à vous que nous le devrons : vous comprendrez, dans ces conditions, que je ne puisse que vous souhaitez d'excellents travaux, aussi riches, denses et fructueux que possible !

Je vous remercie. 

 

1ère publication : 25.03.2008 - Mise à jour : 25.03.0008

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