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L'Institut Pasteur, un exemple pour la recherche biomédicale française

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Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a clôt le colloque, organisé sur le thème « La Santé : un défi majeur pour le développement durable dans le monde », des 120 ans de l'Institut Pasteur.  La ministre a salué la longévité et la réussite de l'Institut dont elle souhaite que la recherche biomédicale française s'inspire. A cette occasion, elle a souligné que le rapport de l'évaluation par l'A.E.R.E.S. de l'Inserm, sous la conduite d'Elias Zerhouni, directeur des National Institutes of Health (N.I.H.), valide les choix mis en œuvre par le Gouvernement au cours des 18 derniers mois, notamment celui de placer les universités au cœur du dispositif de la recherche et leur donner une autonomie leur permettant d'élaborer leur propre politique scientifique.

Discours - 1ère publication : 14.11.2008 - Mise à jour : 17.11.0008
Valérie Pécresse

 

Colloque des 120 ans de l'Institut Pasteur
La santé : un défi majeur pour le développement durable dans le monde

 

Monsieur le Président,
Madame la Directrice, chère Alice,
Madame le Commissaire Européen
Madame la Ministre de la Santé et de la Prévention du Sénégal
Madame la Ministre, chère Roselyne,
Messieurs les Présidents et Directeurs
Mesdames et Messieurs les Professeurs
Mesdames et Messieurs


Permettez-moi tout d'abord de vous dire à quel point je suis heureuse d'être de nouveau à vos côtés aujourd'hui pour clore ce colloque sur la santé face au défi du développement durable et célébrer avec vous les 120 ans de l'Institut Pasteur. Quelques jours seulement après avoir posé la première pierre de votre nouveau centre de recherche sur les maladies émergentes, c'est en effet avec une joie renouvelée que je reviens, ici, sur le campus parisien de l'Institut Pasteur.

Il y a donc 120 ans, quasiment jour pour jour, Louis PASTEUR inaugurait à quelques pas de nous l'institut qui portait son nom et qui allait devenir l'institution que nous connaissons. Cette réussite nous la devons bien évidemment aux hommes et aux femmes qui ont fait de tout temps sa richesse, et qui ont su au cours du siècle passé, dans des périodes parfois difficiles mais sans jamais renoncer, poursuivre les objectifs que Louis PASTEUR s'était assignés à lui-même et à ses compagnons des les premières heures. C'est en effet par la perpétuation et la transmission de génération en génération de pasteuriens, des principes intangibles que sont la recherche d'excellence, la valorisation, l'enseignement et l'ouverture sur le monde, que l'Institut a su développer les traitements efficaces. Il a su ainsi améliorer l'espérance de vie d'hommes et de femmes à la rencontre desquels chaque pasteurien va depuis toujours avec confiance et détermination. Il est même le symbole de cette disponibilité intellectuelle, depuis la préparation des premiers vaccins jusqu'à la structuration de son réseau mondial des Instituts Pasteur, en passant par l'accueil annuel de plusieurs centaines de scientifiques étrangers originaires de plus de 70 pays.

Par ces scientifiques d'exception, par l'ensemble de ses personnels, chercheurs, enseignants-chercheurs, médecins, ingénieurs, techniciens, personnels administratifs, l'Institut Pasteur compte parmi les meilleurs centres de recherche mondiaux dans le domaine de l'infectiologie, bien sûr, mais également dans plusieurs autres domaines de la recherche biomédicale. Pour toutes ces raisons, je souhaite féliciter madame Alice Dautry, Directrice générale de ce joyau de notre recherche, et tous les scientifiques qui contribuent à l'excellence de vos travaux pour le bien commun.

Au-delà de l'esprit Pasteurien, nous célébrons aussi, 120 ans après l'ouverture des portes de l'Institut, l'ensemble des chercheurs illustres qui ont contribué à bâtir l'aura de l'Institut. En effet, la grande maison scientifique qu'est l'Institut Pasteur a été peuplée de scientifiques prestigieux comme Alphonse Laveran Prix Nobel en 1907 pour ses recherches sur la Malaria, Ilya Metchnikov, prix Nobel en 1908 pour ses études sur le système immunitaire, domaine d'excellence de l'Institut Pasteur également récompensé par le prix Nobel attribué à Jules Bordet en 1919. La liste continue avec Charles Nicolle, prix Nobel en 1928, Jacques Monod, François Jacob, et André Lwoff prix Nobel en 1965 pour le contrôle de l'expression des gènes, sans oublier Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier qui viennent d'être distingués par le comité Nobel pour la découverte en 1983 du virus responsable du SIDA.

Il est d'ailleurs simple de constater que l'Institut Pasteur compte 10 prix Nobel de médecine et plus de la moitié des lauréats français de la célèbre distinction, et depuis cette année, la première française en la personne de Françoise Barré-Sinoussi.

Ces distinctions doivent contribuer à encourager la recherche française en biologie dans la rude compétition internationale que nous connaissons mais aussi dans les partenariats internationaux comme l'Institut Pasteur le démontre chaque jour.

En effet, l'Institut Pasteur est à la pointe de la recherche biomédicale tout en étant aussi présent dans toutes les régions du monde par l'intermédiaire de son Réseau International des Instituts Pasteur qui sont de véritables postes avancés de notre diplomatie sanitaire.

Il est vrai que les maladies infectieuses, pour lesquelles l'Institut Pasteur consacre plus de la moitié de ses efforts sévissent injustement et encore trop profondément dans les pays du Sud. Je pense en particulier au Sida, au Paludisme, à la Dengue, aux Méningites ou bien encore aux Encéphalites.

Mais ne nous y trompons pas, si les pays du  Sud ont besoin du soutien du Nord pour constituer leur capital scientifique, le Nord a besoin du Sud, des Suds, et pas seulement dans ses laboratoires. Aujourd'hui, le développement de la science passe nécessairement par des collaborations à l'échelle mondiale pour inventer les voies de la durabilité. Dans des sociétés qui ont de plus en plus besoin des ressources de la science et de la technologie, la recherche est la garantie de l'ouverture continue de nouveaux fronts de la connaissance.

En effet, les destins divers des pays du Sud, dont certains sont reconnus aujourd'hui comme des économies émergentes aux spectaculaires taux de croissance, ont démontré que le développement passait par la recherche et un meilleur partage des savoirs. Il nous faut réunir recherche et santé publique  pour faire progresser la science dans toutes ses dimensions et ne jamais quitter, même pour un instant, l'avant-garde.

Se côtoieront ainsi demain, les équipes de recherche, les industriels de la Santé, les start-up de biotechnologies, les fondations animées de leur idéal de Paix. Tous, chacun à leur manière contribueront non  seulement aux avancées de la recherche, mais aussi à leur diffusion et à leur valorisation.

La Recherche en effet doit être au service de l'homme, de sa survie et donc du développement durable. Cet effort est considéré comme une priorité de notre coopération.

Cette mobilisation  nationale et internationale reflète l'importance de conduire des recherches pluridisciplinaires résolument tournées vers le développement et vers la formation des capacités scientifiques partout dans le Monde. Pour la France, elle illustre la volonté de faire de la coopération scientifique un instrument contribuant à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. L'Institut Pasteur y tient une place prépondérante dans le domaine de la Santé.

C'est au Sud, dans « les » Suds devrais-je dire, que se trouvent quelques-uns des défis cruciaux que doit affronter notre planète : maladies émergentes, gestion durable des ressources naturelles, désertification, déforestation...

La Recherche au Sud et sur le Sud est une recherche qui nous concerne au premier chef. Sa dimension partenariale doit s'affirmer : partage et transfert des connaissances, circulation des scientifiques sont les corollaires si nous voulons répondre aux attentes des populations du Sud, les intégrer à une réponse commune et indispensable aux défis que nous devons relever aujourd'hui à l'échelle de la planète. La recherche pour le développement est devenue un véritable bien public mondial, pour notre survie à tous.

Pour les sociétés du Sud, l'existence de communautés scientifiques stables et autonomes représente un enjeu décisif. Un enjeu majeur est donc de promouvoir la constitution d'équipes de recherche et de consolider leurs compétences, quels que soient les domaines des sciences abordés. C'est dans la durée que se forge la qualité de la recherche. Les pays de destination pourraient ainsi ne pas toujours être les seuls bénéficiaires des migrations internationales. Au concept de « fuite des cerveaux » doit se substituer celui de  « circulation des cerveaux et des compétences ».

Nous avons, en effet,  besoin d'une communauté scientifique à l'échelle du monde, pour nous aider à prendre les bonnes décisions dans tous les domaines. Aux chercheurs, il ne revient en effet pas seulement de donner l'alerte, mais aussi d'ouvrir la voie à l'action en nous disant quels chemins emprunter. C'est, sur ce sujet, un des grands enjeux  de la toute récente conférence de Kuala-Lumpur sur la biodiversité à la quelle j'ai participé cette semaine.

En effet, la biodiversité, la lutte contre le changement climatique, le combat contre la pauvreté, la santé, la paix, l'accès aux biens essentiels comme l'eau ou la connaissance sont autant de biens publics mondiaux dont la production et la conservation forment des référentiels pour l'action collective.

La recherche pour le développement doit donc évoluer en profondeur pour devenir une recherche pour un développement durable, ce qui passe par plusieurs engagements : étudier de nouvelles questions de recherche, mettre en œuvre des nouvelles pratiques de recherche et de partenariat, et instituer le développement en objet de recherche.

L'Institut Pasteur est au cœur de ses sujets depuis sa création. Il est pour chacun un modèle. Par ce qu'il perpétue l'idéal pastorien dans le monde, l'Institut mérite toute notre admiration.

C'est de cette réussite que nous essayons d'inspirer la recherche biomédicale française. La récente évaluation par l'AERES de l'Inserm, sous la conduite d'Elias Zerhouni que je salue ici, porte des perspectives encourageantes et ambitieuses qui vont au-delà de l'Inserm et touchent l'ensemble de la recherche biomédicale française.

Les constats et préconisations du rapport confortent les choix et les actions mis en œuvre au cours des 18 derniers mois par le Gouvernement :
- définir une stratégie nationale de recherche et d'innovation qui offre d'une part un cadre et une visibilité à  moyen terme sur les grandes priorités et insiste d'autre part sur le nécessaire continuum entre recherche fondamentale, recherche appliquée – au cas présent la recherche clinique – et l'innovation ;
- placer les universités au cœur du dispositif de la recherche et leur donner une autonomie leur permettant d'élaborer leur propre politique scientifique ;
- mettre en place une véritable gestion de proximité des laboratoires de recherche ;
- simplifier les règles relatives à la propriété intellectuelle des résultats de la recherche publique pour en faciliter la valorisation.

Ce rapport renforce par ailleurs ma volonté de simplification et de dé-bureaucratisation de notre dispositif de recherche. J'en tiendrai tout particulièrement compte dans l'exercice du rôle de tutelle du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche vis-à-vis des établissements, à commencer par les contrats d'objectifs que je signerai dans les prochains mois avec l'INSERM et le CNRS. 

Il ouvre enfin des pistes d'action pour améliorer encore notre recherche en sciences du vivant. Ces propositions ne resteront pas lettre morte, car il nous faut assurer une réelle cohérence entre les différents organismes, institutions et agences dans le secteur des sciences du vivant, et je sais, pour cela, pouvoir compter sans réserve sur Roselyne Bachelot dans cette œuvre commune.

 

Pour conclure, laissez moi adresser toutes mes félicitations aux Pasteuriens et souhaiter un bel anniversaire à une vieille institution qui démontre une nouvelle fois son éternelle jeunesse.

1ère publication : 14.11.2008 - Mise à jour : 17.11.0008
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