Transcription
Brigitte Zanda : Un astéroïde c'est un petit corps qui circule dans le système solaire pour nous et sont des objets qui sont susceptibles d'entrer en collision avec la Terre. La météorite c'est le reliquat d'un astéroïde qui est entré en collision avec la Terre. Il faut savoir que cette collision c'est un phénomène extrêmement violent car nous sommes protégés par notre atmosphère et donc ce qui reste au sol c'est beaucoup beaucoup beaucoup plus petit que l'objet incident.
Qu'est-ce que la journée mondiale des astéroïdes ?
Brigitte Zanda : Ca commémore un événement assez important : le 30 juin 1908 en Sibérie, le matin à 7h30, il y a eu un petit corps qui est entré en collision avec la Terre. Comme c'est un endroit totalement inaccessible, on n'a pu aller sur place que plus de 20 ans après et on n'a pas de reliquat de cet objet parce que le l'événement a été extrêmement violent donc l'objet incident a été soufflé lors de la traversée de l'atmosphère et lors de l'impact. On ne sait pas de quel objet il s'agit.
Sont-ils dangereux pour la Terre ?
Francis Rocard : Aujourd'hui on a recensé pratiquement tous les objets de la classe 1 km, or un objet de la classe 1 km c'est un objet qui ferait un cratère d'une dizaine de kilomètres. S'il tombait sur Paris il détruirait Paris mais ça n'arrivera pas puisque on les a tous identifiés et aucun ne nous tombera dessus. On a recensé une trentaine d'objets en une année qui étaient passés entre la Terre et la Lune.
Est-ce que certains astéroïdes frôlent la Terre ?
Francis Rocard : Il y en a plusieurs qui frôlent la Terre, frôler à l'échelle de la centaine de milliers de kilomètres, typiquement entre la Terre et la Lune. Quand ce sont des objets qui ne font que quelques mètres on les voit au dernier moment, parfois 12 heures avant qu'ils passent, parfois on les voit après qu'ils sont passés et donc c'est rarissime. Il y a eu un cas très intéressant qui est le fait de voir un objet dans le ciel, s'apercevoir qu'il va tomber, qu'il tombe, et récupérer la météorite. Si réellement une menace est avérée, que va t-il se passer et qu'allons nous décider ? Il y a des gens qui disent que ce n'est pas compliqué : on envoie une bombe nucléaire, on le fait exploser, mais ça je dirais que c'est la solution de dernier recours. Le but ce n'est pas de le faire exploser mais d'exploser la bombe à côté pour le déplacer, pour qu'il évite la Terre. On aimerait faire des choses plus soft et notamment dévier sa trajectoire, soit par impact, c'est ce qui a été fait avec la mission DART, mais ça sous-entend qu'il soit tout petit. Parfois il faut un préavis de 10 ans pour fabriquer la mission et y aller. Ca prend du temps.
Est-ce qu'un astéroïde est déjà tombé sur Terre ?
Francis Rocard : En 2008, au Soudan, il y a eu un cas très intéressant, c'est la première fois que ça s'est passé, et on a pu récupérer l'avantage c'est qu'on a la signature spectrale de l'objet. On sait de quel type il est vu par le télescope dans l'infrarouge et ensuite on récupère les météorites et on peut faire le lien entre l'objet et sa signature et c'est une heure avec trois fois et la troisième fois c'était en février dernier en France. Il y a eu un objet qui a été découvert par un astronome amateur et 24 heures ou 36 heures plus tard, il est tombé du côté de la Normandie et on a trouvé une météorite qui est aujourd'hui au Muséum national d'Histoire naturelle.
Que nous apprennent les astéroïdes ?
Brigitte Zanda : Il y a des météorites qui nous renseignent vraiment sur les premiers instants du système solaire et quand on dit par exemple que l'âge de la Terre ou l'âge du Soleil c'est 4,5 milliards d'années, c'est dans les météorites qu'on mesure ce genre de choses parce que la Terre, comme elle a fondu après sa formation, elle a effacé la mémoire de ses origines mais on retrouve ces éléments de réponse en étudiant les météorites. Les astéroïdes qui ont une évolution analogue à celle de la Terre, quand ils se fragmentent, on retrouve des morceaux qui viennent des différentes couches à l'intérieur de ces planètes et comme nous on n'ira jamais à l'intérieur de la Terre, parce que la terre a 6000 kilomètres de de rayon c'est beaucoup trop profond beaucoup pour trop difficile. Par analogie, c'est une de nos sources d'informations sur ce qui se passe à l'intérieur de la Terre et à l'intérieur des planètes.
Quel est le rôle du Cnes ?
Francis Rocard : Mon travail se consiste à préparer les missions futures avec les partenaires, qu'ils soient américains, européens et on travaille un petit peu avec les Japonais, les Indiens, les Chinois. Ce que fait la France et les scientifiques français, c'est de fournir des instruments, des caméras spectraux infrarouges, spectoraux ultraviolets, sur les missions des autres qui fabriquent les satellites, etc. Il s'agit de se mettre d'accord avec les scientifiques en France sur l'instrument qu'ils veulent fournir, vérifier que tout le monde est d'accord avec par exemple la NASA pour faire voler cet instruments. A ce moment-là, le projet est défini et un chef de projet est nommé au Cnes. Il est basé à Toulouse et va suivre le développement de l'instrument qui va prendre 5 ou 7 ans.
Quelles sont les futures missions du Cnes ?
Francis Rocard : On vient de lancer la mission de juice qui part vers Jupiter pour étudier les lunes glacées que sont Ganymède, Europe et Callisto. On va essayer d'avancer sur la question de l'habitabilité dans ces océans liquides sous la glace de l'Europe et Ganymède. L'habitabilité ne signifie pas qu'on va trouver la vie mais qu'on va essayer de déterminer si c'est potentiellement habitable. Aujourd'hui on travaille sur une mission de retour d'échantillons de Phobos, une lune de Mars, et ça c'est avec les Japonais. Tout ce qui est retour d'échantillons c'est une très forte priorité scientifique parce que quand vous avez le matériau et que vous pouvez l'analyser avec des instruments qui tiendraient à peine dans cette pièce, vous obtenez des résultats qui sont bien meilleurs que ce qu'on peut faire sur place.