Publié le

19.11.2021

Interview

Le métier de correspondant(e) handicap en établissement supérieur

  • Éric Dugas : Bonjour à tous et à toutes, j'ai convié Nathalie Constant pour présenter son métier de correspondant handicap à l'Université de Bordeaux. D'abord, on se présente, donc je suis Éric Dugas, professeur des universités, mais surtout chargé de mission handicap au sein de l'Université de Bordeaux. Je représente le président de notre université en matière de politique du handicap et donc je pilote le schéma directeur handicap de notre université, et ce, dans le cadre, bien sûr notamment, des obligations issues de la loi Fioraso du 22 juillet 2013. Nathalie, je te laisse te présenter.
  • Nathalie Constant : Bonjour Éric. Je m'appelle Nathalie Constant et je suis la correspondante handicap des personnels de l'Université de Bordeaux depuis octobre 2018. Université fusionnée, qui accueille environ 60 000 étudiants et 6 000 personnels.
  • Éric Dugas : Très bien, justement, deux fonctions viennent d'être citées au sein de l'université comme dans le monde du travail en général. On évoque souvent d'autres fonctions, par exemple de référent handicap, de chargé d'accompagnement spécifique, d'ambassadeur handicap. Peux-tu nous définir précisément ce que recouvre le métier émergeant de correspondant handicap, et ce, pour éviter toute confusion ?
  • Nathalie Constant : Tout d'abord, il faut savoir que l'obligation de nommer un référent handicap est inscrite dans la loi du 6 août 2019, loi de transformation de la fonction publique. Donc, notre ministère de tutelle a fait le choix de renommer ces référents au titre de correspondant handicap afin de bien différencier ces missions. Des missions qui sont menées par des référents handicap auprès des étudiants. Donc, en réalité, le correspondant handicap, il accompagne les personnels de l'établissement et non pas les étudiants. Donc, tout agent doit pouvoir consulter un correspondant handicap qui est chargé de l'accompagner tout au long de sa carrière et de coordonner toutes les actions qui sont menées par l'employeur en matière d'accueil, d'insertion et de maintien dans l'emploi des personnes en situation de handicap. Donc, en fait, j'assure cette coordination entre l'agent qui est en situation de handicap, ses responsables, le collectif de travail, mais également les acteurs médicaux et sociaux. J'accompagne donc au plus près les agents dans le cadre de leur maintien dans l'emploi dans les meilleures conditions possibles. Je travaille également à faire connaître l'établissement au titre d'employeur inclusif auprès de l'environnement local et régional et je mets en œuvre la politique handicap que tu mènes sur le volet Ressources Humaines. Très bien, merci beaucoup. Alors souvent, il est difficile d'exprimer ce qu'est un mot, une fonction, un métier, et c'est plus facile de le faire par son opposé. Alors, pourrait-on dire, qu'est-ce que n'est pas un correspondant handicap ? Alors, je ne suis pas médecin, je ne suis pas psychologue du travail. Je ne suis pas assistante sociale. Je ne suis pas ergonome. Je ne suis pas non plus conseillère en évolution professionnelle. En fait, j'articule l'ensemble de mes actions avec ces personnes ressources, chacune avec leur domaine de compétence, pour accompagner au mieux l'agent et notamment veiller à la mise en œuvre d'éventuels aménagements de son poste de travail.
  • Éric Dugas : D'accord, très bien, alors maintenant qu'on a défini un peu ce métier innovant, pourquoi avoir postulé à cette fonction alors que tu travaillais déjà dans un autre service au sein de notre université ? Effectivement, ça faisait déjà 10 ans que j'étais à l'Université Bordeaux 1, puis à l'Université de Bordeaux. Ce qui m'a attiré, c'est avant tout la relation avec autrui. La première motivation, c'est bien ce travail en interaction et toutes les relations qu'exige ce métier avec l'ensemble de la communauté, que ce soit avec les personnes en situation de handicap, bien entendu, mais également avec l'ensemble des équipes qui accompagnent et tous ceux qui travaillent à l'inclusion. Et puis, l'envie de prendre soin d'autrui, l'attention aux autres, se sentir utile aussi, être réellement actif et apporter sa petite pierre à la lutte contre les discriminations. Justement, en quelques mots, quelles sont les qualités, les compétences essentielles pour un tel métier qui est fondé, bien sûr, sur les interactions humaines, comme tu viens de l'exprimer ?
  • Nathalie Constant : En matière de savoir être, il y a deux mots importants pour moi, c'est la compassion et l'empathie. Ça me semble essentiel et indissociable, en fait, des missions que je mène. Il est important aussi avant tout d'avoir des compétences relationnelles. Il faut être capable d'écouter, de comprendre, de dialoguer. En fait, chaque histoire est singulière. Il faut savoir s'adapter aussi dans ses relations avec les autres, il faut savoir communiquer, informer. Avoir des compétences organisationnelles, mais également des compétences techniques. Il faut être capable de proposer des solutions, d'adaptation, de compensation, des améliorations des conditions de travail. En fait, le métier, il a vraiment de multiples facettes. Donc, il faut savoir créer son réseau, développer des partenariats, notamment pour améliorer le recrutement, gérer le volet financier aussi. Il faut avoir aussi ces compétences financières et puis prendre en charge des grands projets puisque bien souvent, le correspondant handicap, c'est aussi celui qui prend en charge le conventionnement avec le FIPHFP.
  • Éric Dugas : Très bien. Justement, s'il faut un certain potentiel dans la relation à l'autre, tout potentiel humain peut être développé. Existe-t-il des fonctions et des formations dédiées justement pour ce métier ?
  • Nathalie Constant : Ce métier de correspondant handicap, il est émergent. En fait, c'est un nouveau métier qui, pour moi, s'apprend donc au fil du temps parce qu'il n'y a pas une situation de handicap qui ressemble à une autre. Donc il faut être assez créatif et puis s'adapter. Comme je le disais tout à l'heure, il faut aussi bien connaître l'organisation de son établissement au sein duquel on travaille pour mieux cerner cet environnement de travail des agents. Et puis, bien connaître aussi l'environnement local et régional. La formation initiale, elle passe essentiellement par des réseaux, celui de la mission d'intégration pour les personnes handicapées, donc de l'administration centrale, par exemple, et également celui du réseau local qui est porté par Handipact. En fait, je pense que l'essentiel, c'est vraiment le partage d'expériences entre pairs qui permet de se professionnaliser. D'accord, on comprend aussi que la connaissance du contexte singulier d'un établissement de l'université est important.
  • Éric Dugas : On a compris, je pense, le rôle en tout cas d'une correspondante ou d'un correspondant handicap et ses missions. Mais concrètement, est ce que tu peux nous nous dévoiler quelques actions particulières menées justement au sein de l'Université de Bordeaux ?
  • Nathalie Constant : Alors, il y a de multiples actions, en fait, sans doute. La priorité, c'est vraiment l'accueil individuel de tous les agents qui se déclarent prêts auprès de nous, auprès de l'employeur. Ensuite, une action qui me semble importante, c'est la participation du correspondant handicap aux jurys de recrutement des BOE (bénéficiaires de l'obligation d'emploi), parce que ça permet quand même de mettre en confiance les recrutés et les recruteurs. On organise également des forums des métiers pour faire connaître donc notre établissement au titre d'employeur. Et puis de la sensibilisation autour notamment de la Journée Duoday qui a vraiment un réel succès dans notre établissement depuis deux ans. Très bien. Pour terminer, on voit que c'est un métier riche.
  • Éric Dugas : J'ai noté "pleinement fondé sur l'humain". Est-ce que tu as des petits conseils comme ça à donner, à transmettre des petites recommandations par rapport à ce métier émergent ?
  • Nathalie Constant : Alors ça, c'est un métier où on sollicite tout le temps les autres, sans cesse. Il faut être très tenace. Il faut, il faut constamment frapper à toutes les portes. C'est un magnifique métier qui est très, très valorisant, passionnant, très prenant, qui a besoin pour moi d'un soutien collectif. Car en fait, c'est parfois difficile de ne pas se faire envahir par l'émotion quant au quotidien, On est dans ces relations souvent émotionnelles. Il est vraiment essentiel de se sentir soutenu, écouté et reconnu pour pouvoir durer dans ces fonctions là.
  • Éric Dugas : Merci beaucoup, Nathalie. Je pense que c'est un métier qui va faire résonance pour bon nombre de personnel. Et puis, osons nous, osons l'autre. Voilà, je pense que c'est important.
  • Nathalie Constant : Merci beaucoup. Merci Éric.

Nathalie Constant, correspondante handicap des personnels de l'université de Bordeaux, présente son métier dans le cadre d'une interview menée par Éric Dugas, professeur des universités et chargé de mission handicap à l'université de Bordeaux.