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Remise du Prix de la Fondation France-Israël

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Fondation France Israël

Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, a remis le Prix d'excellence créé par la Fondation France-Israël, en présence de David Kombluth, Ambassadeur d'Israël, et de Jacques Huntzinger, président de la Fondation, aux quatre jeunes chercheurs lauréats. Ce prix témoigne de la volonté des institutions scientifiques des deux pays d'unir leurs efforts en matière de recherche.

Discours - 1ère publication : 12.03.2008 - Mise à jour : 12.03.0008
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi tout d'abord, Monsieur le Professeur, de m'associer au bel hommage que vous venez de rendre à cette grande figure de la recherche française qu'était Ketty Schwartz : vous avez souligné, mieux que je ne pourrais sans doute le faire, l'importance de ses travaux et la force de son engagement au service des malades, au sein notamment de l'AFM dont elle fut, pendant plus de vingt ans, l'un des indéfectibles piliers.

Voilà ce qui constituait mes yeux l'un des traits les plus remarquables de la personnalité, en tout point exceptionnelle de Ketty Schwartz : le souci de ne jamais séparer le travail de recherche, précis et rigoureux, de l'horizon pratique et pour tout dire humain qui lui donne sens.

Cette exigence, Ketty Schwartz y fut toujours fidèle : par le choix de ses thèmes de recherches bien sûr, et ces dernières ont en effet été à l'origine de progrès considérables, notamment en matière de thérapie des insuffisances cardiaques ; mais aussi par le choix de mettre son inépuisable énergie au service de l'AFM et de participer ainsi à l'extraordinaire aventure du Téléthon, qui marqua une vraie rupture dans la place tenue dans notre société par les malades et les chercheurs.

Cette rupture ne se fit pas sans difficultés, tant il put, au premier abord, sembler difficile d'exposer le travail de laboratoire, lent et minutieux, à la lumière quelquefois un peu crue de l'attention publique.

Pour vaincre les réticences, si ce n'est les peurs, qu'éprouvaient certains, des scientifiques indiscutables, telle que l'a toujours été Ketty Schwartz, ne furent pas de trop : grâce à elle, grâce à tous ceux qui, comme elle, acceptèrent de mettre leurs talents au service d'une cause qui le méritait vraiment, tous les Français savent désormais quelles souffrances recouvre le terme un peu abstrait de maladies génétiques ; tous sont également prêts à faire preuve de générosité, pour permettre à la recherche d'avancer et aux espoirs de naître.

Mais, et la ministre que je suis se doit également de le rappeler, Ketty Schwartz fut aussi, pendant près de deux ans, une grande directrice de la recherche dans ce ministère et son œuvre, administrative cette fois, y fut également remarquable.

C'est pourquoi je voudrais vous dire combien je suis sensible, Monsieur le Président de la fondation France-Israël, au souhait qui a été le votre de rendre hommage aujourd'hui à cette femme d'exception, dont la volonté, l'enthousiasme et la chaleur marquaient dès le premier abord tous ceux qui la rencontraient.

Je peux moi-même en témoigner, ayant eu cette chance en décembre dernier, au cours d'une visite de l'Institut de Myologie organisée en marge du Téléthon.

 

En rendant hommage à Ketty Schwartz, vous avez donc choisi, Monsieur le Président, de mettre à l'honneur la coopération scientifique franco-israélienne d'hier et d'aujourd'hui : d'hier, avec Ketty Schwartz, qui aimait tant fréquenter l'Institut Weissmann ; d'aujourd'hui et de demain, avec les quatre jeunes chercheurs dont les travaux sont couronnés ce matin.

Je suis particulièrement heureuse de ce choix. Car, comme l'a si bien rappelé le Professeur Cohen-Tannoudji, l'amitié qui unit les scientifiques français et israéliens est loin d'être chose nouvelle : depuis bien des années déjà, des chercheurs venus de nos deux pays travaillent ensemble, faisant vivre au sein des communautés scientifiques française et israélienne la relation d'amitié, d'estime et de confiance qui unit traditionnellement nos deux peuples.

Avec la naissance de la Fondation France-Israël, cette relation exceptionnelle va pouvoir prendre une nouvelle ampleur : les manifestations organisées tout au long des deux dernières années par l'Association pour la création de la fondation le prouvent, il y en a en France et en Israël un désir particulièrement profond de resserrer les liens déjà étroits qu'entretiennent nos deux nations, et de le faire autour de cet extraordinaire patrimoine intellectuel, culturel et artistique que nous avons en commun.

Nos deux pays partagent en effet un même amour de la connaissance, une même passion de la culture, qui les conduit à rechercher toujours l'excellence en ces matières : voilà pourquoi il est bon que nous unissions nos talents pour ensemble la rechercher et l'atteindre ! 

Car la passion de l'intelligence et l'amour de la culture, loin de séparer les hommes et les nations, sont bien plutôt au nombre des forces qui les rapprochent : et de cette évidence, il n'est pas de meilleure preuve que l'existence même de l'UNESCO, cette organisation à  nulle autre pareille qui nous accueille aujourd'hui.

Permettez-moi, Monsieur l'Ambassadeur, de vous en remercier très chaleureusement et de vous dire combien la France est attachée à cette institution qui incarne, aux yeux des peuples du monde entier, la promesse de paix, de développement et d'amitié qui accompagne partout l'essor de l'intelligence humaine.

 

Cette conviction, nos deux nations la partagent également et c'est pourquoi elles ont décidé d'aller plus loin encore dans la coopération scientifique, culturelle et artistique en créant ensemble cette Fondation, dont la première des missions est de porter plus loin encore l'esprit d'entente et d'échange intellectuel qui règne entre nos deux pays, un esprit qui depuis 1984 était entretenu par l'Association franco-israélienne de coopération scientifique et technique, auquel le Haut-conseil franco-israélien pour la recherche et la coopération technologique a depuis 2004 succédé.

En moins de quatre années, ce sont ainsi 9 partenariats de recherche en réseau qui ont été créés sous l'égide du Haut conseil et qui ont permis à nos deux nations de mettre en commun leurs forces pour relever certains des défis scientifiques les plus cruciaux de notre époque : je pense à l'essor des neurosciences et de la robotique, mais aussi aux nouveaux progrès de la génétique humaine ou bien encore à l'invention d'une agriculture pleinement compatible avec l'exigence de développement durable.

Sur tous ces sujets, et sur bien d'autres encore, la France et Israël ont décidé d'unir leurs efforts et d'avancer ensemble. A mes yeux, il s'agit d'une des plus belles preuves d'amitié qui puisse s'imaginer : car désormais, nos deux nations inventent ensemble l'avenir !

Et pour ce faire, elles auront besoin de tous les jeunes talents, de tous ces jeunes chercheurs qui en France comme en Israël mettent avec passion leur intelligence au service de toutes les innovations et de toutes les découvertes.

C'est pourquoi, à mes yeux, rien n'est plus essentiel que de favoriser les rencontres et les coopérations entre la jeunesse scientifique de nos deux pays : car tous les programmes d'échange et de mobilité franco-israéliens auquel le Haut conseil participe permettent de créer entre les savants de nos pays des liens profonds et durables, des liens qui garantissent que toujours ils choisiront d'affronter ensemble les problèmes scientifiques qu'il leur faudra relever tout au long de leur carrière.

 

Le Prix d'excellence créé par la Fondation en offre un témoignage exemplaire : les jeunes chercheurs français et israéliens que nous honorons ce matin partagent en effet les mêmes sujets de recherche et la même volonté de répondre aux défis scientifiques les plus importants de notre époque.

Ainsi, Michel Pucéat et Shulamit Levenberg travaillent-ils tous deux sur les cellules souches embryonnaires, sur ces cellules qui, à condition d'être utilisées de manière responsable, seront sans doute à l'origine de progrès médicaux presque inimaginables.

Ainsi, Christian Muchardt et Hossam Haïck ont-ils tous deux choisi de faire porter leurs travaux sur cette maladie qui, dans la société française comme dans la société israélienne, fait naître bien des peurs et bien des angoisses : le cancer.

Et à travers eux, ce sont quelques-unes des institutions scientifiques les plus prestigieuses de nos deux pays qui unissent leurs efforts pour relever ces défis communs : je pense au CNRS et à l'Inserm pour la France, mais aussi au Technion pour Israël.

Avec l'essor de la Fondation, cette coopération entre jeunes chercheurs et entre institutions est appelée à devenir permanente : j'en veux pour preuve la présence, au sein de la commission scientifique de la Fondation, de Muriel Touaty, déléguée générale de l'Association Technion France, dont je souhaite également saluer le travail remarquable : grâce à l'Association, les liens ne cessent de se développent entre le Technion, qui est tout simplement l'une des plus prestigieuses institutions de recherche en Europe, et les organismes de recherche français, qui brillent eux aussi bien souvent dans les publications internationales.

A mes yeux, nous pouvons aller plus loin encore, en multipliant les échanges entre nos institutions et les équipes de chercheurs qu'elles abritent, afin de permettre aux scientifiques de nos deux pays qui travaillent sur des sujets proches de mieux se connaître et d'unir leurs efforts pour relever de nouveaux défis. Nous pourrons ainsi faire naître une véritable culture scientifique commune à nos deux pays, une culture qui sera, j'en suis convaincue, à l'origine de nouveaux progrès, plus rapides et plus profonds encore que ceux que nous connaissons aujourd'hui.

Vous avez donc eu, Madame le Premier ministre, Monsieur le Professeur, une très belle idée en proposant à la Fondation de décerner chaque année un prix d'excellence scientifique à de jeunes chercheurs qui, en France ou en Israël, travaillent à faire franchir à nos connaissances de nouvelles étapes décisives sur des sujets voisins.

En choisissant de faire de la consécration de jeunes chercheurs particulièrement prometteurs l'une des premières cérémonies organisées par la Fondation France-Israël, elle-même toute jeune, vous avez en effet parfaitement su mettre en lumière l'objet même de la Fondation : devenir l'institution au sein et autour de laquelle se rassembleront demain les communautés scientifiques française et israélienne et au-delà, nos deux peuples.

Plus encore, en décernant ce prix à des jeunes chercheurs qui travaillent sur des sujets essentiels aux yeux de tous les Français et de tous les Israéliens, vous avez su exprimer de la manière la plus nette qui puisse s'imaginer ce qui fait le sens même de la coopération scientifique entre nos deux pays : construire ensemble l'avenir sur le socle le plus inébranlable qui soit, celui qui est formé du savoir, de la culture et en un mot, de l'intelligence humaine.

La Fondation France-Israël naît donc aujourd'hui sous d'heureux auspices et je suis certaine que les premiers travaux de son conseil d'administration, qui auront lieu dès le mois d'avril, seront fidèles à cet esprit et offriront à l'amitié franco-israélienne de nouvelles occasions de s'exprimer aussi brillamment, au service du développement technologique et scientifique de nos deux pays.

 

Permettez-moi enfin de le souligner, Mesdames et Messieurs, la remise de ce prix d'excellence revêt d'autant plus valeur de symbole qu'elle intervient au moment même où le Président de l'Etat d'Israël,  Shimon Pérès, est depuis quelques jours en visite d'Etat dans notre pays, la première depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République.

A mes yeux, il s'agit là d'un très beau témoignage de la profondeur et de la force des liens d'amitié que nos deux nations n'ont pas cessé de tisser depuis maintenant soixante ans.

C'est pourquoi je suis particulièrement heureuse que nos deux chefs d'Etat ait choisi ensemble d'honorer les jeunes chercheurs de nos deux pays, en s'entretenant dès lundi dernier avec ceux qui étaient encore, pour quelques jours à peine, il est vrai, les futurs lauréats du premier prix d'excellence de la Fondation France-Israël.

Ce faisant, ils ont marqué, avec une force exemplaire, l'immense attachement qu'éprouvent nos deux nations pour la recherche scientifique et la profonde confiance que nos deux peuples placent dans ceux qui la font vivre.

Et vous remettant ce prix, Claude Cohen-Tannoudji ne vous a dit pas autre chose : car cette récompense vient récompenser ce matin des travaux extrêmement prometteurs, qui font naître d'immenses espoirs en France comme en Israël.

Ce prix vient donc consacrer la valeur de vos recherches - et à cet égard, il vous a été remis par un expert ! Mais il vous crée aussi, Mesdames et Messieurs les lauréats, une obligation : celle de poursuivre vos travaux, pour qu'à ces premiers espoirs répondent bientôt des thérapies nouvelles, aujourd'hui encore insoupçonnées.

Avec les félicitations des peuples de France et d'Israël, recevez également leurs encouragements : ils sont tout aussi précieux et témoignent de la confiance qu'ils ont en vous.

Je vous remercie.


 

1ère publication : 12.03.2008 - Mise à jour : 12.03.0008
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