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Réunion des doyens et des présidents des facultés de médecine

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Discours - 1ère publication : 1.10.2007 - Mise à jour : 3.10.0007
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs les présidents d'université,
Mesdames et Messieurs les doyens des facultés de médecine,


Je vous remercie d'avoir répondu à mon invitation dans des délais aussi brefs. Vous devinez sans doute la raison qui m'amène à vous réunir aujourd'hui dans l'urgence : des négligences dans l'organisation du concours de PCEM à l'université de Lille 2 ont fait craindre pendant deux mois son annulation et laissé durant tout un été des centaines d'étudiants dans l'incertitude et dans l'angoisse. A tel point qu'il nous a fallu créer un numéro vert et une cellule de soutien psychologique.


Aujourd'hui les 525 élèves de deuxième année sont soulagés d'avoir vu leur concours finalement validé. Mais j'ai une pensée particulière pour les 11 étudiants de Lille qui ont été déboutés par le tribunal administratif et qui restent, eux, évidemment amers car certains leur avaient donné le faux espoir d'un ajout de 40 places au numerus clausus afin de les réintégrer au classement après l'annulation d'une épreuve. 
Vous savez mieux que personne ce que représente le concours de PCEM 1 : après un an de tension permanente, de travail acharné, c'est le moment de vérité pour tous vos étudiants. 


Avec dans le meilleur des cas 20% de reçus, le concours est extrêmement sélectif : pour la majorité des candidats, il signifiera donc la fin de leurs espoirs ; des sacrifices et des efforts consentis pour rien ; et au mieux, une nouvelle année de travail et de tension et un nouveau concours, un an plus tard. 


La moindre des choses, dans ces conditions, c'est que les résultats du concours soient indiscutables. Vous le devez aux étudiants, et à leurs familles. 


Car enfin, comment peut-on espérer qu'un étudiant qui joue tout sur un seul concours puisse apprendre avec sérénité que finalement il n'est pas reçu comme il le croyait ? Il y a de quoi casser durablement un jeune étudiant qui a tout donné, qui a cru avoir réussi et qui tout d'un coup apprend somme toute qu'il a été trompé. 


Permettez-moi d'y insister : la sélectivité même du concours, le prestige du métier de médecin auxquels il donne accès, les rêves et les sacrifices de vos étudiants et de leurs familles, tout cela vous crée des obligations. En aucun cas, l'organisation du concours ne peut être prise à la légère. Il est de votre responsabilité de veiller à son bon déroulement et vous avez sur ce point une obligation de résultat absolue.

 

* * *


Nous devons donc tirer ensemble toutes les leçons des dysfonctionnements qui ont émaillé l'organisation du concours à Lille cette année pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent.


Avant le concours, tout d'abord : est-il besoin de vous rappeler que les doyens des UFR de médecine doivent être présents tout au long de l'organisation du concours et superviser eux-mêmes la préparation et le déroulement des épreuves, avec le président du jury ? Messieurs les doyens, c'est votre rôle, assumez-le.


Cela veut dire notamment convoquer tous les surveillants et leur donner par oral puis par écrit des instructions claires et exhaustives sur les règles de l'examen. Qu'il s'agisse de l'utilisation de calculatrices ou d'autres instruments, tout doit être parfaitement limpide. 
Pendant toute la durée des épreuves ensuite : est-il nécessaire de vous dire qu'une équipe d'enseignants doit être réunie et entièrement disponible pour répondre à la moindre question qui pourrait se poser. Et ce bureau doit se déplacer de salle en salle, d'amphithéâtre en amphithéâtre, pour vérifier que tout se passe bien et lever les éventuelles dernières incertitudes.


Après le concours, enfin : je vous rappelle qu'en aucun cas un jury ne publie une liste de reçus quand il y a le moindre doute sur la validité des épreuves. C'est l'évidence même : si vous publiez une liste avant de l'annuler, non seulement vous jouez avec les nerfs des étudiants mais en plus, vous ouvrez la voie à toutes les contestations. 


Tout aussi évident : si le jury n'a pas encore délibéré au moment où vous découvrez les irrégularités, vous suspendez la délibération. En aucun cas, les étudiants ne doivent être classés sur des épreuves irrégulières. Sans quoi, des fuites sont inévitables, avec les conséquences que vous devinez sans peine. 


Si plusieurs épreuves sont litigieuses, soyez particulièrement vigilants. Mieux vaut assumer au plus vite et faire repasser toutes les épreuves qui doivent l'être, plutôt que d'attendre et de prendre ainsi le risque d'une annulation contentieuse au cours de l'année universitaire suivante, avec les conséquences dramatiques que cela suppose. Pour vous aider à prendre vos décisions, un service juridique est disponible au ministère.


Dernier point, plus important encore : le numerus clausus. Je tiens à le rappeler solennellement ici : ce n'est pas un instrument mis à votre disposition pour racheter les erreurs que vous ou vos services auriez commises. Ce n'est pas votre bouée de sauvetage, c'est une règle nationale, qui garantit une égalité entre tous les étudiants sur le territoire. 


C'est pourquoi, et en aucune circonstance, je n'accepterai que l'on pénalise les autres universités, où soit dit en passant les épreuves ont été bien organisées, pour effacer les fautes commises dans un établissement.


Et a fortiori, on ne joue pas avec le numerus clausus d'une année sur l'autre pour corriger les erreurs des jurys de concours. Comment peut-on même imaginer de pénaliser les étudiants d'une année pour effacer les irrégularités de l'année précédente ? 
Les choses sont donc très simples : quand une épreuve est annulée, elle est annulée et seuls les nouveaux résultats de la deuxième épreuve comptent. Quant à ceux de la première, ils n'existent tout simplement plus et n'ont par conséquent plus aucune valeur. 
Dans ces conditions, il est évidemment exclu de procéder à une troisième délibération, comme le jury a cru pouvoir le faire à Lille, pour panacher des candidats admis et des candidats non admis, en faisant fi du numerus clausus et accessoirement de toutes les règles du droit des concours.


Donnons-nous ensemble les moyens de faire respecter ces règles. Je vous le répète, le ministère est là pour vous y aider.


* * *


Je le sais bien, les règles des concours sont lourdes, les respecter demande beaucoup de rigueur et un gros effort d'organisation. Mais ce ne sont pas des formalités absurdes, nées de l'imagination fertile d'une bureaucratie tatillonne. Car ces règles formelles sont les bases mêmes de l'égalité républicaine. 


Cette égalité républicaine n'est pas qu'un principe moral, c'est aussi le gage, pour chacun, d'une médecine de qualité, du recrutement des meilleurs, des plus capables et non des enfants, des amis, des relations de tel ou tel. L'excellence médicale française trouve sa source dans cette sélection à armes égales et cette sélection est juste, parce qu'elle distingue les meilleurs étudiants, sans exclure personne par principe. 
Le Président Nicolas Sarkozy veut une République irréprochable : cela passe à l'évidence par des concours irréprochables. 
Je vous demande donc, parce que vous êtes responsables devant les Français de la légitimité et de la qualité de la sélection des futurs médecins,  d'organiser à l'avenir les concours dans le strict respect des principes républicains, comme ils devraient au demeurant toujours l'être.


* * *


Au-delà de ces premières réflexions, il y a d'autres enseignements à tirer des événements qui nous réunissent aujourd'hui.
Ils révèlent en effet une nouvelle fois  le climat d'extrême tension qui entoure le concours de P.C.E.M.1. 


Je n'en vois pas la nécessité. Comprenez-moi bien : il faut sélectionner les étudiants en fin de première année et la pression qui en découle est inévitable. Il en va de même dans toutes les filières particulièrement exigeantes. C'est le prix de l'excellence, et chacun de nous le connaît. 


Mais la pression qui naît de la perspective du concours est une chose, et le climat d'angoisse et de tension qui règne dans les facultés de médecine en est une autre. Nous ne pouvons rien contre la première, mais nous avons les moyens d'atténuer considérablement la deuxième. Et à mon sens, il est grand temps de le faire. 


Certains objecteront sans doute que cette tension permanente est saine, qu'elle fait partie des règles du jeu qui ont formé avec succès des générations de médecin. Mais justement, si cette première année d'angoisse et de stress est rapidement oubliée par les étudiants admis en PCEM 2, tout à leur joie d'être désormais de futurs médecins, il n'en va pas de même pour l'immense majorité des recalés du concours, qui en garde le plus souvent un souvenir particulièrement amer, quand ils ne perdent pas durablement confiance en eux. 


Or le PCEM 1 n'est pas fait pour les seuls futurs médecins, mais aussi pour tous ceux qui ne pourront le devenir : à ceux-là aussi, nous devons des perspectives, pour que l'échec en première année ne soit plus synonyme d'impasse : s'il est légitime que le concours ouvre les portes de l'avenir à 20% tout au plus des étudiants de première année, il ne faut pas oublier les 80% d'étudiants qui resteront au seuil de la deuxième année, sans se voir offrir aucune autre voie.


C'est précisément cet effet de couperet qu'il faut atténuer autant que faire se peut. Nous ne sommes pas tenus de défendre éternellement l'class='img-responsive' alternative particulièrement angoissante pour les étudiants qui se résume sous la forme suivante : ou bien la réussite, ou bien le néant. Ce n'est pas une logique immuable, et il serait absurde de la préserver à tout prix. 


Au demeurant, il n'existe pas d'autres exemples d'une class='img-responsive' alternative aussi radicale : les étudiants des classes préparatoires scientifiques et économiques qui échouent à Polytechnique ou à HEC peuvent entrer dans d'autres écoles ! Et dans tous les cas, ceux qui au terme de deux ans de classes préparatoires échouent aux concours, se voient depuis mai dernier reconnaître les crédits équivalents à quatre semestres de licence.


Des garanties du même ordre doivent être offertes aussi aux étudiants de première année d'études médicales.
C'est pourquoi j'ai chargé Jean-François BACH, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, d'une mission de réflexion et de proposition au sujet de la première année de médecine. Pour l'heure, elle n'est tournée que vers le seul concours : il devra sans doute en aller autrement à l'avenir.


Nous pourrions ainsi ouvrir aux étudiants qui échouent au concours de PCEM1 d'autres perspectives que celles de redoubler leur année ou de recommencer à zéro dans d'autres filières. Si nous créons de telles passerelles, la première année d'études médicales cessera d'être une impasse pour des milliers d'étudiants.


En un mot, je souhaite que désormais, le climat qui règne dans les facultés de médecine soit à la hauteur de la noblesse et du sens éthique des professions auxquelles elles préparent.


J'espère que vous partagerez le souci qui m'anime et que vous apporterez votre propre contribution à cette demande.


Je vous remercie.

1ère publication : 1.10.2007 - Mise à jour : 3.10.0007
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