Transcription textuelle | Kartik Sheth, de la NASA à Marseille
L’histoire commence le 10 mars 2025, tout à fait par surprise. J’étais directeur scientifique adjoint à la NASA, quand nous avons reçu un message nous annonçant que notre service entier, celui du directeur scientifique et celui de la technologie, des politiques et de la stratégie, étaient supprimés. Ces deux structures majeures avaient pour mission
de conseiller l’administrateur sur tous les aspects de la science et de la technologie. Recevoir une telle annonce a été un vrai choc. La plus grande difficulté, c’est que du jour au lendemain, sans emploi, je ne savais plus comment j’allais pouvoir poursuivre mon travail. Le programme Choose France for Science et le programme Safe Place for Science à Marseille, sont deux formidables opportunités pour continuer mes recherches.
Je m’appelle Kartik Sheth. Jusqu’à récemment, j’étais directeur scientifique adjoint à la NASA, où je travaillais sur l’astrophysique et les sciences de la Terre. Avant de rejoindre le gouvernement, il y a dix ans, j’ai eu une longue carrière académique qui a duré près de vingt ans. J’étais astrophysicien et ma grande passion était l’étude de l’évolution des galaxies.
Les galaxies sont les briques fondamentales de l’Univers. Nous vivons dans la galaxie de la Voie lactée. La question, c’est : comment cette galaxie est-elle née ? Quand les premières galaxies se sont-elles formées ? Comment ont-elles changé au fil du temps, et comment en sommes-nous arrivés là ? Pour étudier tout cela, je travaille sur les galaxies spirales barrées. Je ne sais pas si vous connaissez Star Wars, mais imaginez le chasseur TIE. Une galaxie à spirale barrée ressemble à un chasseur TIE. Il y a une barre d’étoiles au centre et des bras spiraux à chaque extrémité. Aujourd’hui, on sait que les deux tiers des galaxies connues sont des galaxies spirales barrées.
Mais à quoi ressemblaient-elles dans le passé ? C’est important, car la présence ou non de cette barre indique la maturité ou l’âge d’une galaxie. Nous avons donc beaucoup travaillé avec le télescope spatial Hubble, le télescope Spitzer et des télescopes terrestres. En 2008, j’ai dû arrêter mes recherches, car c’était la limite de ce que Hubble pouvait observer. Puis, il y a deux ans, la fusée Ariane a lancé le télescope spatial James Webb. C’est un moment extraordinaire pour remonter 7 milliards d’années en arrière, jusqu’aux débuts du temps, et comprendre comment les premières galaxies se sont formées. Le deuxième volet de mes recherches porte sur la formation des étoiles. L’un des processus les plus fondamentaux dans l’évolution de l’univers, c’est la transformation du gaz en étoiles. Pour observer ce phénomène, nous utilisons des radiotélescopes comme l’Atacama Large Millimeter Array et le Square Kilometer Array. La France participe à ces deux projets. Grâce à ces télescopes, nous étudions le gaz et la poussière dont naissent les étoiles et les planètes. C’est une grande partie de mes recherches passées et que j’espère poursuivre
en arrivant en France.
Il m’offre un formidable soutien de départ, qui va me permettre de constituer une équipe avec des étudiants et postdoctorants. Il offre aussi les moyens
d’organiser des rencontres scientifiques entre les États-Unis, la France, l’Europe, l’Asie et l’Afrique, afin que nous puissions nous réunir et faire avancer la science internationale. Je suis aussi très enthousiaste à l’idée de vivre dans un autre pays. Faire des allers-retours, apprendre le français, découvrir la culture française
et m’en inspirer, c’est passionnant.
Quand je parle avec mes collègues français, j’apprécie vraiment leur rapport à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. À mon âge, la famille a une place essentielle. J’apprécie donc la flexibilité des systèmes français et européens. Enfin, ce que j’admire tout particulièrement dans ces systèmes, c’est leur esprit de collaboration. Aujourd’hui, à un moment de ma carrière où je dois réfléchir autrement, je veux vraiment me demander comment renforcer les partenariats entre les États-Unis, la France et l’Europe, pour faire de la science comme le font déjà les Européens et les Français. C’est quelque chose qui me motive.