Parcours
Docteure en épidémiologie, Marina Kvaskoff s'est spécialisée dans l’épidémiologie de l’endométriose et des maladies gynécologiques non malignes (comme les fibromes utérins ou le syndrome des ovaires polykystiques – SOPK). Des maladies sous-étudiées et invalidantes pour la vie des femmes auxquelles elle consacre sa carrière de chercheuse qu'elle débute en France, en Australie, ainsi qu’à l’Université d’Harvard (États-Unis).
Elle rejoint l’Inserm en 2016, puis monte un programme de recherche sur l’endométriose qui compte aujourd’hui 15 membres et déploie la cohorte de recherche participative ComPaRe Endométriose, qui rassemble près de 10 000 participantes. Marina Kvaskoff impulse une réelle dynamique dans la recherche en santé féminine en France. Son équipe est actuellement la seule aux niveaux national et international à être entièrement dédiée à l’épidémiologie de la santé gynécologique. En tant que directrice de recherche, les travaux qu’elle mène avec ses équipes ont pour objectif d’aboutir à l’élaboration de politiques publiques afin d’améliorer la santé des femmes et leur qualité de vie.
L’excellence de ses recherches est récompensée de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le prix « Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science » 2008 et le prix « Jeunes Chercheurs » de la Fondation Bettencourt-Schueller 2010. Plus récemment, le prix Inserm-OPECST Sciences et Société lui a été attribué en 2023, récompensant sa capacité à être en dialogue avec la société et à l’écoute des questions des citoyens sur leur santé, auquel s'ajoute le Prix spécial de l'engagement Irène Joliot-Curie 2025.
Engagements en faveur de la sensibilisation et de l’orientation des jeunes femmes vers les sciences
Marina Kvaskoff témoigne d’un engagement fort, à la fois scientifique et sociétal, en faveur de la place des femmes en sciences. Elle met en place des programmes de mentorat, d’abord à Harvard (États-Unis), où elle est alors en post-doctorat, au sein de l’association américaine AWIS (Association for Women In Science), puis au sein de l’Université Paris-Saclay, en rejoignant l’association Femmes & Sciences, pour laquelle elle crée un programme de mentorat à l’attention des doctorantes. En 2021, elle crée le programme de mentorat international de la société savante World Endometriosis Society, destiné aux chercheurs et cliniciens souhaitant développer leurs compétences dans la recherche et la prise en charge de l’endométriose. Impliquée dans le PEPR Santé des femmes et des couples, elle a coordonné l'École d'automne européenne sur l'endométriose en 2025, une formation intensive destinée aux jeunes chercheurs et chercheuses qui souhaitent dédier leurs recherches à cette maladie.
Interview
Parlez-nous d’une rencontre marquante dans votre carrière.
Marina Kvaskoff : C'est la rencontre avec les associations de patientes qui a transformé ma recherche, ma vision et l'impulsion que j'ai eu envie de donner à mes travaux et à mon équipe. Ce contact avec les patientes, le besoin de produire des données sur cette maladie, m'a vraiment fait comprendre ce qui était important dans la recherche. J'ai donc développé avec ces associations une démarche de recherche participative, notamment avec la cohorte ComPaRe Endométriose, une cohorte de plusieurs milliers de patientes qui suit ces femmes pendant plusieurs années, afin de documenter leur vécu et mieux comprendre la progression de la maladie. Cette démarche, l'implication des patientes, la création du protocole, tout cela a apporté une grande richesse à ma recherche.
Les sciences participatives ont beaucoup à apporter à la recherche. L'aspect participatif du public et des patients transforme complètement la recherche. En tant que chercheur et chercheuse, notre devoir est de faire de la recherche pour la société et avec la société.
Quels freins avez-vous rencontré dans votre carrière ?
M. K. : Parmi les freins que j'ai pu rencontrer, il y a très certainement des freins financiers. Je travaille sur la santé des femmes, un sujet peu financé. Actuellement, on a du mal à faire démarrer le financement de recherches sur le fibrome utérin par exemple. Mais j'ai vraiment très bon espoir parce que la société change. Elle est de plus en plus ouverte à la santé des femmes. Aujourd'hui, nous avons la chance dans notre pays d'être doté d'une stratégie nationale contre l'endométriose, qui s'est traduite, côté recherche par un programme spécifique, le PEPR santé des femmes et des couples – dont un volet est dédié à l'endométriose.
Quel message souhaiteriez-vous délivrer aux jeunes femmes qui hésitent à s'orienter vers les carrières scientifiques ?
M. K. : Si j'avais un message à délivrer aux jeunes filles et femmes qui hésitent à s'engager dans des carrières scientifiques, je leur dirais que je n'aurais pas fait de science si on ne m'avait pas poussée. Si mon père ne m'avait pas aussi soutenue pour faire des sciences. Et maintenant je suis scientifique, directrice de recherche et je dirige une équipe, ce que j'ai envie de dire aux jeunes femmes, c'est que faire des sciences, ce n'est pas forcément être parfaite. Ce n'est pas forcément avoir 18/20 dans toutes les matières scientifiques. Ce n'est pas se comporter de telle ou telle façon. En réalité, les sciences, c'est pour tout le monde. Il n'y a pas une catégorie de personnes qui est faite pour les sciences. Et il n'y a pas un genre qui ne serait pas fait pour les sciences. Les sciences, ça fait partie de la vie. C'est la société qui a construit ces stéréotypes et ces barrières mentales-là. Elles n'existent pas. Tout est possible.
Une autre chose que j'aimerais partager avec les jeunes femmes et les jeunes filles, c'est que quand on n'ose pas faire quelque chose, il faut s'entraîner à le faire malgré tout. C'est la définition du courage, c'est-à-dire qu'on a peur de faire quelque chose mais on le fait quand même. C'est comme cela qu'on peut accomplir des choses dont on ne se croyait pas capable. Mon parcours en est un exemple. Si on m'avait dit il y a 20 ans que je ferais des sciences aujourd'hui, que je dirigerais une équipe, que je travaillerais sur ces sujets, et qu'en plus, j'aimerais autant ce que je fais, je ne l'aurais pas cru. C'est parce qu'on ose qu'on devient quelqu'un de compétent. Donc osez et vous deviendrez la personne que vous avez envie d’être.
Prix spécial de l’engagement
Le Prix spécial de l’engagement récompense une femme scientifique particulièrement investie dans la sensibilisation et l’orientation des filles et des jeunes en général vers les sciences. En effet, les disparités dans les choix d’orientation et leurs conséquences sur la sous-représentation persistante des femmes dans les filières scientifiques, constituent un enjeu majeur pour l’égalité professionnelle, économique, sociale et technologique. Il s'accompagne d'une dotation de 40 000 €.