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Remise des bourses "Pour les femmes et la Science en France"

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La ministre a remis les prix l'Oréal  "Pour les Femmes et la Science en France". Ces dix bourses viennent récompenser dix jeunes chercheuses françaises particulièrement prometteuses.

Discours - 1ère publication : 16.11.2009 - Mise à jour : 18.11.0009
Valérie Pécresse

Monsieur le Président, cher Jean Salençon,
Madame et Monsieur les Directeurs généraux, cher Alain Ducasse, chère Béatrice Dautresme,
Mesdames et Messieurs les membres du jury,
Mesdames les lauréates,

Oui, « Mesdames les lauréates » : vous n’avez sans doute pas l’habitude d’entendre – et je vous rassure, je n’ai pas l’habitude de la prononcer. Mais je n’en suis que plus heureuse de pouvoir le faire ce soir, à l’occasion d’une cérémonie unique en son genre.

Et unique, cette cérémonie l’est d’abord grâce à l’entreprise qui en est à l’origine : L’Oréal. Certains trouveront peut-être ce choix surprenant – et je suis certaine, chères lauréates, qu’un jour ou l’autre, vous aurez droit à quelques traits d’esprits sur le prix scientifique qui vous est remis aujourd’hui. Préparez-vous : des « vous le valez bien », vous êtes condamnées à en entendre pendant des années...

Mais je vous devine toutes femmes de caractère. Il en faut pour exprimer son talent et ses capacités comme vous le faites. Aussi, je n’ai aucun doute : vous saurez immédiatement quoi répondre à ceux qui vous taquineront : vous pourrez les inviter à aller au-delà des apparences. Après tout, vous vivez au milieu de scientifiques et qu’est-ce que la science, si ce n’est un effort mesuré et réfléchi pour dépasser les apparences.

Et quiconque dépasserait les apparences ne tarderait pas à le voir : L’Oréal, ce n’est pas seulement une marque synonyme de beauté et de féminité, c’est aussi une entreprise innovante, une entreprise qui mise sur la recherche pour développer des produits cosmétiques toujours plus avancés et les vendre partout dans le monde.

Et si les esprits taquins persistent, rappelez-leur qu’avant d’être un des plus célèbres groupes au monde, L’Oréal était une petite entreprise fondée par un jeune alsacien, Eugène Schueller, un jeune alsacien qui se trouvait en plus être chimiste. Et qui, grâce à ses capacités scientifiques, avait su inventer une teinture révolutionnaire. L’aventure L’Oréal plonge depuis toujours ses racines dans la science : voilà qui devrait vous permettre de vous libérer de quelques plaisanteries faciles !

* * * * 

Alors, oui, à ceux qui vous interrogeront, répondez toujours qu’ils feraient sans doute mieux de dépasser les apparences – et les préjugés qui vont avec. Mine de rien, ils ont encore la vie dure. Les femmes excellent à tous les niveaux de l’enseignement supérieur.
Et pourtant, elles restent trop peu nombreuses à choisir la voie des sciences dites « dures » : dans le secteur privé, elles représentent 20 % des chercheurs. Et ce n’est pas mieux dans la recherche publique : parmi les chargés de recherches recrutés par le CNRS en physique ou dans les sciences de l’ingénieur, elles sont aussi 20 %. 1 femme sur 5 chercheurs recrutés... Dans certaines disciplines, comme les mathématiques, on tombe à 12 %...

C’est dire qu’une cérémonie comme celle qui nous réunit ce soir a tout son sens. Car la bataille pour l’égalité des possibles est loin d’être encore gagnée. Et c’est pourquoi je veux saluer la très belle initiative de L’Oréal, qui a choisi de mettre en avant les femmes scientifiques partout dans le monde. Avec l’UNESCO, vous avez noué un partenariat dont est sorti le programme For Women in Science. Chaque année, vous remettez 5 prix à 5 femmes, 5 scientifiques qui excellent dans leur discipline. 5 prix, 1 par continent.

Cette année, c’est le Professeur Anne Dejean-Assémat qui recevra le prix L’Oréal pour l’Europe qui récompensera ses travaux sur la leucémie et le cancer du foie. Pour la 5e fois depuis sa création il y a près de dix ans, le prix L’Oréal européen ira à une Française :
voilà qui prouve non seulement l’excellence et la vitalité de notre recherche, mais aussi la place qu’y occupent les femmes.

Et outre ces prix internationaux, vous attribuez également chaque année 10 bourses à 10 jeunes chercheuses françaises particulièrement prometteuses. Ce soir, elles sont à l’honneur : chères Alina, Anne-Ruxandra, Aurélie, Auriane, Coraline, Elena-Veronica, Houda, Laure, Mathilde et Nathaëlle – vous voyez, je ne m’en lasse pas – permettez-moi de vous féliciter. A vous toutes, bravo : bravo d’avoir choisi la discipline que vous aimiez, bravo d’avoir tracé tranquillement votre sillon ! 

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Aujourd’hui, nous ne fêtons pas l’aboutissement de votre parcours – votre carrière ne fait que commencer, mais nous saluons la promesse que vous incarnez : celle d’une science jeune et dynamique, d’une science qui pour des années encore va continuer à transformer et à améliorer nos vies.

Trop souvent, l’on oublie que derrière chacune des avancées de nos vies quotidiennes, il y a des femmes – et aussi des hommes, mais pourquoi devraient-ils toujours venir en premier ? – il y a, disais-je, des femmes et des hommes qui conduisent, des années durant, des recherches longues, parfois couronnées de succès, parfois infructueuses.
Derrière chaque progrès, il y a des équipes de scientifiques qui ont cru à leurs projets, qui ont cru à leurs hypothèses, qui ont accepté de se mesurer à l’expérience, qui ont accepté de corriger leurs théories, parfois même de les invalider.

Ce sont leurs travaux qui ont changé nos vies. Le siècle qui vient de passer a sans doute été celui de la libération de la femme. Mais il a été, et c’est plus important encore, celui de mille et une libérations quotidiennes pour les femmes et les hommes de notre pays et d’une large partie du monde : libération de la maladie, libération de centaines de tâches pénibles et douloureuses qui, jusqu’il y a peu encore, faisaient l’ordinaire de l’humanité.

Et c’est pourquoi, Monsieur le Directeur général, je vous suis reconnaissante non seulement d’avoir mis des femmes scientifiques à l’honneur, mais aussi d’avoir mis la science et ceux qui la font vivre en avant. Parce qu’ils le méritent : nombreuses sont les récompenses remises par les pouvoirs publics. Mais je trouve remarquable qu’une entreprise privée comme la vôtre prenne une telle initiative : celle d’associer aux yeux du monde son image à celle de la science, à celles des chercheurs. A mes yeux, c’est un beau, un très beau symbole. Soyez en remercié !

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Mais ce prix témoigne aussi de l’intérêt que nos entreprises sont de plus en plus nombreuses à porter à la recherche en général et aux jeunes scientifiques en particulier. Sur ce point aussi, L’Oréal a toujours eu une âme de pionnier : on ne naît pas impunément de l’esprit d’un jeune chimiste !

Car chacun le sait, le moteur de la croissance, c’est désormais l’innovation. La meilleure manière de stimuler notre économie, c’est donc de miser sur la recherche – sur toute la recherche, publique et privée. Il est temps que les murs qui les séparent trop souvent tombent : de part et d’autre, il y a en effet des chercheurs qui ont les mêmes intérêts, les mêmes méthodes et la même passion.

Et c’est pourquoi, en triplant le crédit impôt recherche, nous nous sommes donnés, avec Christine Lagarde, le meilleur des outils au service de la croissance : car en préservant les dépenses de recherche et de développement des effets de la crise, le crédit impôt recherche joue le rôle d’amortisseur du ralentissement économique et de tremplin vers la reprise.

Préparer la reprise, cela veut dire aussi offrir aux entreprises la possibilité de s’appuyer sur les talents des jeunes chercheurs : c’est pourquoi les salaires des jeunes docteurs comptent double dans le Crédit Impôt Recherche.
 
Et c’est aussi pour ça que j’ai souhaité, au-delà des contrats industriels de formation par la recherche – les fameuses thèses CIFRE - que les doctorants puissent également assurer des missions de conseil en entreprise. Car miser sur l’innovation, c’est donner toute sa place au doctorat, qui doit être reconnu comme un titre d’excellence dans notre pays comme dans tous les autres.

* * * * 

Et c’est donner toute leur place aux femmes : puisqu’elles sont encore trop peu nombreuses parmi les chercheurs, elles constituent une large partie des talents scientifiques inexprimés que nous avons le devoir d’aider à s’épanouir.

Pour cela, il faut d’abord lever des obstacles psychologiques, en prouvant par l’exemple que les femmes ont toute leur place dans les laboratoires. Au-delà des figures tutélaires que sont les Curie, mère et fille, nous ne devons pas craindre de mettre en avant ces modèles que sont, pour toute jeune chercheuse qui hésite encore à se lancer dans la carrière, des femmes comme Françoise Barré-Sinoussi, distinguée par un prix Nobel.

Et vous êtes aussi de ces modèles, chères lauréates : à travers les bourses L’Oréal comme à travers les prix Irène Joliot-Curie organisés par mon ministère, ce qui devient clair par l’exemple, c’est que la science n’est pas une affaire de genre et que les femmes y ont toute leur place.

Car ces prix n’ont rien de dispositifs privilégiés, qui seraient attribués à des femmes scientifiques parce qu’elles sont des femmes. Ils récompensent l’excellence et l’ambition : l’excellence de vos travaux passés et l’ambition de vos projets  futurs que vous avez présentés au jury. Ces prix sont en effet d’authentiques bourses : elles vous permettront d’aller plus loin encore, jouant ainsi le rôle de tremplin, pour vous, bien sûr, mais aussi pour vos travaux. Et je tenais à remercier l’ensemble des membres du jury et son président, qui n’est autre que le président de l’Académie des sciences – là aussi, tout un symbole ! Vous êtes les garants de la qualité de ces distinctions : merci, Mesdames et Messieurs, merci, cher Jean Salançon.

Mais il ne suffit pas de lever les obstacles psychologiques, il faut aussi répondre aux difficultés matérielles dont les chercheuses souffrent parfois. Je pense bien évidemment à la maternité, privilège féminin s’il en est, qui pose encore trop souvent d’épineuses questions sur le plan professionnel. Je pense en particulier aux doctorantes, pour qui avoir un enfant signifiait perdre plusieurs mois de financement pour leur travail de thèse. Désormais, ce n’est plus le cas : les contrats doctoraux sont automatiquement prolongés d’une durée égale à celle du congé maternité.

Et puis, il faudra aussi de la ténacité : de la ténacité de la part des jeunes chercheuses qui, comme vous, chères lauréates, ont fait le choix de la science ; de la ténacité de la part des pouvoirs publics et de tous ceux qui, comme vous, Monsieur le Directeur général, ont choisi d’apporter leur soutien à ces femmes.

Car de la ténacité, il en a fallu à la Fondation L’Oréal, qui a appelé tous les laboratoires, un par un, pour vérifier si l’appel à candidatures était bien parvenu à leurs doctorantes : l’obtention d’un prix tient ainsi parfois à de petits détails... Alors, pour votre engagement, merci !

Vous l’aurez en effet compris, Mesdames et Messieurs, ce qui se joue dans des cérémonies comme celle-ci, ce n’est pas seulement l’égalité entre hommes et femmes. C’est aussi l’avenir de la science, qui a besoin que les jeunes filles soient demain beaucoup plus nombreuses qu’aujourd’hui à choisir des études scientifiques : à les choisir au lycée, à les choisir à l’université, à les choisir en classe préparatoire. Car je ne sais pas si la femme est l’avenir de l’homme, mais il est une chose dont je suis sûre : c’est que la femme est l’avenir de notre science.

Et à vous tous, merci d’en avoir apporté une preuve éclatante !

Je vous remercie.

1ère publication : 16.11.2009 - Mise à jour : 18.11.0009

3ème édition du programme de bourses pour les femmes et la science

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