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Signature de l'accord de siège ITER

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Signature Cadarache

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a signé le 7 novembre 2007 l'accord de siège ITER (Réacteur Expérimental Thermonucléaire International).

Discours - 1ère publication : 7.11.2007 - Mise à jour : 13.11.0007
Valérie Pécresse

Mesdames et messieurs,

Je suis très heureuse et particulièrement honorée d'être parmi vous aujourd'hui, pour signer au nom de la France l'accord de siège qui liera notre pays à l'organisation internationale ITER.

Notre présence ce matin revêt en effet une signification singulière : avec la signature de cet accord, non seulement nous donnons au monde la première marque tangible de l'existence de l'organisation ITER depuis l'entrée en vigueur, le 24 octobre dernier, du traité qui l'a créée, mais nous franchissons aussi un nouveau pas vers la réalisation d'un rêve, un pas décisif.

Car c'est d'abord cela ITER, un rêve, partagé par 34 nations représentant plus de la moitié de la population de la planète, celui de faire briller sur terre un peu de ce feu qui brûle dans les étoiles, et d'offrir à l'humanité une nouvelle source d'énergie, presque inépuisable et bien plus respectueuse de l'environnement que tous les combustibles fossiles dont nous abusons tant aujourd'hui.

Mais il n'est pas de plus beau rêve que ceux qui se réalisent et c'est ce que nous allons faire aujourd'hui : donner à ce qui n'aurait pu rester qu'un songe les bases juridiques solides qui lui permettront de s'animer, en préparant et organisant la vie qui d'ici peu se déploiera autour de lui.

Avec ITER, c'est en effet un millier de familles qui viendront s'installer dans les environs de Cadarache, ce sont des enfants de plus de trente nationalités différentes qui étudieront et grandiront ici, ce sont des maris et des femmes dont les conjoints participeront au projet ITER qui travailleront dans les entreprises de la région, en un mot, c'est toute une communauté qui va naître dans cette région, qui va y vivre et dont certains des membres, à l'issue de cette belle aventure décideront peut-être, forts des attaches qu'ils y auront nouées, de rester près de Cadarache pour y mener de nouveaux projets, personnels cette fois-ci.

Pour eux comme pour ITER, si tant est qu'il y ait sens à les distinguer, il faudra des maisons, des écoles et des routes, il faudra développer toutes ces infrastructures qui permettent déjà aux milliers de personnels de Cadarache de vivre paisiblement et de travailler efficacement.

Voilà ce dont il est question aujourd'hui, au-delà de la lettre même de l'accord qui nous réunit. Bien plus qu'un simple accord de siège, c'est donc une promesse d'accueil, c'est une déclaration de bienvenue que nous signons ce matin, qui exprime un peu de la joie profonde et de l'immense fierté que ressent la France à l'idée d'héberger sur son sol ce qui est sans doute l'un des projets les plus ambitieux que l'humanité ait jamais conçus, si ce n'est le plus ambitieux de tous.

* * *

Ici, à Cadarache, 34 pays ont en effet décidé d'apprendre ensemble à maîtriser l'énergie qui anime le soleil depuis plus de 5 milliards d'années.

C'est un défi immense et cela fait plus de 80 ans que les scientifiques du monde entier s'efforcent de le relever.

Partout, des progrès ont été faits, partout, le contrôle de la fusion est apparu plus proche, plus réalisable : ici, l'on arrivait à porter le plasma à des températures inimaginables ; là, l'on réussissait à le faire de manière particulièrement durable ; ailleurs encore, l'on parvenait à provoquer des réactions de fusion d'une puissance inégalée.

Les travaux de chaque équipe de chercheurs, les expériences réalisées dans chaque pays ont ainsi permis à l'humanité d'accumuler une somme de connaissances théoriques et techniques telle qu'elle peut aujourd'hui entrevoir le but avec confiance : maîtriser pleinement la fusion pour en faire une nouvelle énergie dont tous pourront profiter.

Pour apercevoir l'accomplissement de ce rêve, il nous a fallu choisir de mettre en commun nos savoirs et nos expériences, de partager nos découvertes et nos succès, pour résoudre ensemble un problème dont la dimension même dépassait chacun de nous.

Car aucune de nos réussites, aucune de nos innovations n'était suffisante seule pour nous permettre d'atteindre notre but. Mais une fois réunies, elles nous garantissent la réussite : car chacun de nous a réussi à avancer de manière décisive sur chacune des conditions requises pour atteindre notre objectif.

En partageant nos expériences, nous nous donnons toutes les chances d'arriver à des réactions de fusion durables dans un milieu de très faible densité portée à très haute température.

Nous nous donnons toutes les chances de maîtriser la fusion, tout simplement.

* * *

ITER, ce n'est donc pas simplement un projet scientifique d'une ampleur sans égale, ce n'est pas seulement une entreprise technologique qui dépasse de beaucoup toutes celles que nous avons pu rêver de mener ensemble, c'est aussi une leçon adressée à l'humanité tout entière.

Car l'heure est venue de dépasser nos tropismes nationaux et nos réflexes parfois locaux : les menaces qui pèsent sur nous sont d'une ampleur telle que nous n'avons, à vrai dire, pas d'autre choix.

Avec ITER, nous allons donner l'exemple de ce que nous pouvons accomplir, nous allons même montrer ce dont l'homme est capable, lorsqu'il se décide à user d'un même mouvement de son intelligence et de sa conscience.

De son intelligence, car il s'agit bien de relever un défi théorique et pratique d'une extrême complexité : comment générer dans un espace clos une réaction qui ne peut se produire qu'à des millions de degrés de température et qui lorsqu'elle se produit accroît encore cette chaleur ?

De sa conscience, car si 34 nations sont prêtes à consacrer plus de 10 milliards d'euros à l'élaboration de ce projet, ce n'est pas seulement par simple souci de relever un défi intellectuel, c'est aussi et surtout pour donner à l'humanité une nouvelle source d'énergie capable de prendre le relais de celles qui s'éteindront dans les années et dans les siècles à venir.

Avec la fusion, nous disposerons en effet d'une nouvelle forme d'énergie nucléaire, infiniment plus puissante et d'un rendement incomparable avec celui dont nous bénéficions aujourd'hui grâce à la fission.

Avec la fusion, l'humanité pourra profiter d'une source d'énergie quasi inépuisable et bien moins polluante que toutes celles qu'elle utilise massivement à notre époque.

Le projet ITER participe donc d'une exigence devenue désormais universelle, celle du développement durable.

Cette exigence, nous sommes de plus en plus nombreux à la partager, pour une raison des plus simples : elle nous concerne tous, puisque son respect seul garantit notre avenir commun.

Avec ITER, nous offrons donc un exemple au monde, celui d'une humanité qui laisse de côté les éternelles rivalités et les vieilles querelles qui ne l'ont jamais épargnée pour construire son futur dans l'unité, la concorde et la coopération.

* * *

Au nom de la France, je voudrais donc saluer tous ceux qui contribuent à cette œuvre commune, certains depuis plus de vingt ans, et qui s'apprêtent aujourd'hui à franchir une nouvelle étape, qui elle-même durera plus de quarante ans.

C'est un projet au long cours qui voit aujourd'hui le jour, un projet dont l'élaboration a demandé et demandera demain encore à chacun de ses participants de voir loin, très loin, au-delà même de la durée d'une vie humaine.

Ce projet, la France est aussi heureuse qu'honorée de l'accueillir.

Si elle est en mesure de le faire aujourd'hui, c'est d'abord grâce à la décision de quelques hommes visionnaires, qui ont fait le choix, il y a presque un demi-siècle, d'engager la France sur la voie de la maîtrise du nucléaire et de lui donner pour cela un Commissariat à l'énergie atomique qui depuis cinquante ans fait sa fierté.

Mais elle le doit aussi à l'Union européenne, qui a su se construire à la fois sur les énergies d'hier, en mettant en commun les ressources en charbon, et sur celles de demain, en donnant naissance à un effort de recherche partagé en matière nucléaire. Avec le traité Euratom, l'Europe a ainsi offert au monde la preuve que l'atome n'était pas voué qu'à la seule guerre, mais pouvait aussi contribuer à la paix.
Elle le doit enfin aux Français et aux collectivités locales, qui ont toujours accepté d'accueillir et de soutenir avec chaleur et bienveillance les chercheurs qui venaient d'un peu partout en France pour construire les laboratoires et les installations dont devait sortir l'énergie de demain.

Avec l'installation à Cadarache du projet ITER, ils en ont donné une nouvelle preuve, en contribuant pour près de 500 millions d'euros à son financement. Je veux leur dire ce matin toute ma gratitude pour ce choix qui, à n'en pas douter, est un choix d'avenir !

Au moment même où les experts et les bonnes volontés de l'ensemble de notre pays viennent de se rassembler pour tenir un Grenelle de l'environnement inédit, signifiant ainsi la volonté partagée par l'ensemble du peuple français de choisir résolument la voie du développement durable et d'honorer en toutes choses le principe de responsabilité, le Conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, les Conseils généraux des Alpes de Haute-Provence, des Hautes-Alpes, des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse nous donnent, avec la Communauté du pays d'Aix, un bel exemple de cet engagement plein et entier de la France dans la modernité écologique.

Vous le voyez, Monsieur le Directeur général, c'est toute la France qui unit aujourd'hui ses efforts pour accueillir ITER dans les meilleures conditions.

Si elle le fait, c'est que la nation française a toujours vu dans le progrès des sciences et des techniques la garantie du progrès de l'ensemble de l'humanité.

Fidèle à cet héritage, la France est donc heureuse de souhaiter la bienvenue aujourd'hui aux savants, aux techniciens et à l'ensemble des personnels d'appui et de soutien d'ITER qui pour certains se sont déjà établis ici à Cadarache.

Dans la patrie des Lumières, qui depuis des siècles honore et respecte les savants et les intelligences du monde entier, je suis sûre qu'ils ne tarderont pas à se sentir comme chez eux.

Et je sais que grâce à l'atmosphère de sérénité et de concentration, mais aussi d'émulation et de camaraderie intellectuelle qui règnera à ITER comme elle règne déjà dans les locaux du CEA à Cadarache, ils permettront à l'humanité d'écrire une nouvelle page particulièrement brillante de sa longue histoire.

Ils pourront compter sur la France pour les y aider.

Je vous remercie.

1ère publication : 7.11.2007 - Mise à jour : 13.11.0007

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