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Inciter les entreprises à innover

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Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, est intervenue à l'occasion des « Rencontres de l'innovation et des entreprises innovantes ». Revenant sur le rôle moteur de l'innovation dans la croissance, elle a insisté sur la qualité des liens unissant la recherche à l'entreprise, la recherche théorique aux applications pratiques. En témoignent les prix récemment décernés à Albert Fert et Joseph Sifakis. Elle a rappelé les divers outils destinés à accompagner les entreprises innovantes : Crédit Impôt Recherche, dispositif CIFRE, Jeunes Entreprises Universitaires.

 

Discours - 1ère publication : 6.02.2008 - Mise à jour : 6.02.0008
Valérie Pécresse

Intervention de Valérie Pécresse
Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

Rencontres de l'innovation et des entreprises de croissance
 

Mercredi 6 février 2008

 

Mesdames et Messieurs,

 

Je ne vous cacherai ni ma fierté, ni mon bonheur d'être parmi vous aujourd'hui, pour prendre part aux Rencontres de l'innovation et des entreprises innovantes. Il n'est plus grande joie en effet que de participer à un événement dont l'utilité et l'importance justifient le succès.
 
Entreprendre, c'est être au début, à l'initiative, au commencement d'une aventure et c'est à ce moment précisément qu'on a le plus besoin d'être épaulé. Or, les entreprises innovantes sont par définition pionnières et nécessitent des soutiens pour les aider à franchir les premières marches de la réussite.

 

Entreprendre, c'est aussi prendre des risques calculés en acceptant de rencontrer continuellement succès et aléas.
Entreprendre c'est aussi chercher pour découvrir et ceci est si vrai que les entreprises les plus prometteuses sont celles qui font de la recherche leur cœur de métier et leur raison d'être.

 

Et précisément je crois, contrairement à des idées qui pour être largement répandues n'en sont pas moins fausses, que l'entreprise et la recherche sont  unies par des liens profonds et substantiels qui nécessitent de ne jamais penser l'une sans l'autre. La recherche nourrit l'entreprise. L'entreprise n'est rien sans la recherche. C'est l'interaction entre ces deux matrices de la croissance qu'il convient de renforcer par tous les moyens.

 

Confrontées à une concurrence toujours croissante, aux prises avec des consommateurs qui souhaitent en permanence être à la pointe du progrès, désireuses d'améliorer leurs procédés et leurs produits, les entreprises françaises ne peuvent se passer de la recherche pour défendre leur position dans le monde. Vous en  êtes conscients au premier chef, mais la vérité est toujours bonne à dire : une entreprise qui n'innove pas est condamnée à disparaître.

 

Or, comme celui qui ne gagne pas du terrain en perd nécessairement, la recherche, qu'elle soit fondamentale ou qu'il s'agisse de recherche-développement, permet des innovations de produits et de procédés. Elle est le moteur principal de la croissance et la condition sans laquelle il n'est pas d'exportations.

 

La recherche est non seulement ce qui fait la fierté d'un entrepreneur qui souhaite être un pionnier dans son domaine, mais aussi la source de toute valeur ajoutée en ce  XXIème siècle qui commence.

 

Dès lors, pour défricher de vastes domaines allant des nanotechnologies aux biotech en passant par les technologies de l'information et de la communication, pour remporter des batailles technologiques, peu importe que les acteurs de la recherche soient privés ou publics, individuels ou collectifs, et je ne me plais guère à jouer la guerre du privé contre le public.

 

Au contraire, je crois que le va-et-vient constant entre différentes sources de recherche est la clef du succès. Par deux fois cette année, cette approche s'est trouvée validée par l'actualité internationale. La France, pays riche d'un héritage intellectuel et scientifique incomparable, a été récompensée en effet par les plus hautes distinctions de l'ordre intellectuel.

 

Du Nobel de physique attribué à Albert Fert au prix Turing, équivalent du prix Nobel dans une discipline qui n'en dispose pas, récompensant un informaticien d'exception, Joseph Sifakis, des honneurs mérités ont récompensé des chercheurs français. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est de l'étroite liaison entre recherche théorique et applications pratiques que naissent les plus grands succès. Albert Fert est en effet le cofondateur d'une unité de recherche commune au CNRS et à Thalès. Joseph Sifakis est directeur de l'Institut Carnot LSI à Grenoble. Tous deux sont des précurseurs qui ont su travailler à la fois pour le bien commun et les succès privés.

 

C'est pourquoi, le projet que je défends afin de renouveler le pacte qui unit les chercheurs à l'entreprise en France repose sur une vision globale de la situation de la recherche dans ce pays.
Quatre piliers sont fondateurs. Il faut en premier lieu, et c'est ce que j'ai commencé à mettre en œuvre depuis six mois, encourager en France un mode de financement qui demeure insuffisamment développé: le financement de la recherche sur projet.  Ensuite, ce sont les deuxième et troisième axes de mon action, le paysage de la recherche de demain ne peut se dessiner sans universités puissantes et autonomes, ni sans l'intervention d'organismes menant une politique scientifique active.

 

Enfin, dernier point et non le moindre, nous avons besoin en France, d'une recherche privée plus dynamique. C'est du dynamisme d'une recherche privée ambitieuse et plus encore des entrepreneurs qui connaissent les vrais attentes et les vrais besoins que naît la croissance économique.

 

Permettez moi de rappeler à ce propos une phrase de Churchill pleine d'humour et somme toute de bon sens : « On considère souvent le chef d'entreprise comme un homme à abattre ou une vache à traire. Peu voient en lui ce qu'il est : un cheval qui tire le char ».  L'image est osée, elle n'est pas loin de la réalité. C'est de l'esprit d'entreprise que naissent les vraies avancées de la recherche.

 

Alors, pour que ces quatre ambitions ne demeurent pas lettre morte, pour que soit atteint l'objectif de Lisbonne, faire de l'Europe, l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici 2010, pour faire de l'innovation non plus l'exception mais la règle, le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche s'engage fortement à vos côtés. Il faut en avoir conscience. Il faut aussi savoir en faire usage.

 

Mais, me direz-vous, qu'en est-il concrètement de cet engagement des pouvoirs publics aux côtés des entrepreneurs ? Je tiens à rappeler pêle-mêle quelques dispositifs particulièrement révélateurs d'un renouvellement du pacte pour le financement de la recherche en France.

 

Le désormais bien connu Crédit d'Impôt Recherche a été renforcé ; ce sont maintenant 30% au lieu de 10% de vos dépenses de recherche et de développement qui feront l'objet d'un crédit d'impôt à concurrence de 100 M€. En plus, pour les entreprises qui rentrent pour la première fois dans le dispositif, ce taux passe à 50% la première année et 40% la deuxième. Vous l'avez compris, ce nouvel effort de l'Etat est totalement inédit.

 

De son côté, la recherche partenariale, c'est à dire la fin du divorce ancien entre établissements publics et entreprises, sera encouragée par divers dispositifs allant des pôles de compétitivité aux instituts Carnot.

 

Le dispositif CIFRE, convention industrielle de formation par la recherche, qui permet aux entreprises d'embaucher des doctorants pour la durée de leur thèse et profiter ainsi de leurs travaux, est renforcé : le nombre de financements et le montant de chacun a été encore réévalué cette année. Quant aux doctorants qui bénéficient d'une allocation d'une université, ils peuvent désormais aussi proposer leurs services aux entreprises et aux collectivités pour des missions de consultants ; ce sont les doctorants conseil que j'ai mis en place depuis septembre dernier.

 

Enfin, les diplômés depuis moins de cinq ans, chercheurs et enseignants chercheurs, vont pouvoir créer des jeunes entreprises universitaires, dont les statuts, identiques à ceux  de la jeune entreprise innovante, permettront de favoriser respectivement la création d'entreprises au sein des universités et l'innovation au sein de nouvelles structures pleines d'énergie et d'enthousiasme.

 

L'ensemble de ces outils d'excellence est déjà en place. Les ateliers pratiques et les conférences techniques de ce forum en détaillent explicitement et avec un luxe de détails que je n'ai malheureusement ni le loisir, ni le temps d'expliquer ici, les modalités concrètes. Les différentes mesures ont déjà été traduites dans les faits et avec succès. Mais si je parle au futur de  dispositifs qui existent déjà, c'est volontairement, afin de bien exprimer le fond de ma pensée et mes rêves les plus chers. La situation actuelle n'est pas satisfaisante. Le chantier est en construction : il est entre vos mains et il a de l'avenir.

 

De fait, l'Etat s'engage à vous accompagner, vous les entreprises innovantes, les berceaux du progrès, tout au long de votre parcours de croissance. La recherche est le point de passage obligé pour un entrepreneur d'envergure ou un chef d'entreprise visionnaire. Je crois sincèrement que vous en êtes tout particulièrement conscients et je vois que nous sommes nombreux à partager la même conviction. Il ne fait pas de doute que nous parviendrons à faire de cette certitude une vérité inébranlable.

 

Je vous remercie.

1ère publication : 6.02.2008 - Mise à jour : 6.02.0008

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