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Inauguration des journées Ter@tec

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Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a ouvert les journées Ter@tec, consacrées au calcul haute performance. A cette occasion, la ministre s'est félicitée de l'acquisition d'un  nouveau supercalculateur pour le Centre informatique national de l'enseignement supérieur (CINES qui est le centre de calcul national  des universités) basé à Montpellier, d'une puissance de 147 teraflops, suite à un appel d'offres international réalisé par le GENCI (Grand équipement national de calcul intensif, en charge de l'achat, de la coordination et de la gestion des supercalculateurs), pour un montant de 9 M €.Avec cette machine, la France conforte son 3ème rang mondial en termes de calcul intensif.

Discours - 1ère publication : 3.06.2008 - Mise à jour : 3.06.0008
Valérie Pécresse

Mesdames, messieurs,

Je suis très heureuse de participer ce matin à l'ouverture des journées Ter@tec, journées consacrées au calcul haute performance. A voir l'affluence des acteurs du secteur au plus haut niveau déjà présents, il est clair que ces journées s'annoncent comme un succès.

Elles sont déjà les premières retombées scientifiques d'un projet ambitieux et innovant autour du calcul intensif. Avec le projet Ter@tec, Monsieur le directeur (Hervé MOUREN), vous proposez un véritable partenariat entre entreprises et centres de recherche.

Basé sur un partenariat public-privé, en collaboration rapprochée avec les collectivités locales, et en particulier la Communauté de communes de l'Arpajonais, vous invitez tous les centres de recherche, quelle que soit leur origine, à venir s'implanter autour de supercalculateurs d'exception.

Votre projet est donc à l'image de ceux que j'ai reçus dans le cadre de l'opération campus. Dotés de 5 milliards d'euros, dix sites universitaires vont entamer des travaux de grande ampleur, pour l'amélioration de la situation immobilière, en privilégiant la qualité de vie pour les étudiants et les chercheurs, autour d'un projet scientifique d'excellence.

Au croisement du pôle de compétitivité System@tic, du Centre national « Jacques Louis LIONS » de calcul de haute performance, et du plateau de Saclay, c'est donc un véritable centre partenarial sur l'utilisation du calcul intensif et sur ses technologies que vous proposez aujourd'hui.


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Ce centre d'excellence pourra s'appuyer, je vous l'assure, sur une politique nationale forte en faveur du calcul intensif. Car, j'en suis convaincue, le calcul intensif est un nouvel outil indispensable à la recherche, dans tous les domaines, de la recherche la plus fondamentale à la plus appliquée. Les outils d'expérimentation sont devenus si complexes et si coûteux qu'une validation de la théorie par la simulation est aujourd'hui indispensable avant la construction d'un outil expérimental.

J'en veux pour preuve la maîtrise de la fusion nucléaire par exemple. Avec le programme ITER, ce sont des millions d'heures de calcul qu'il faudra accumuler pour modéliser convenablement le plasma du tokamak de Cadarache. Et la limite de la simulation, c'est bien la capacité de calcul et non la capacité de modélisation des physiciens !

Dans le domaine des sciences du vivant, le calcul intensif vient aussi au secours des chercheurs, permettant de renforcer les techniques d'investigation in vivo non invasives, et même, de concevoir une nouvelle méthode d'expérimentation que vous avez baptisée, non sans humour « in silico ».

Et pour la compréhension de la matière, les supercalculateurs permettent maintenant de partir directement des atomes et de leurs interactions pour mieux appréhender la chimie des molécules. C'est avec cette compréhension des plus intimes lois de la matière qu'il devient possible d'inventer de nouveaux matériaux, qu'ils soient à mémoire de forme, d'une taille infiniment petite, les nanomatériaux, ou encore qu'ils utilisent moins de produits nuisibles à l'environnement.

Mesdames et messieurs, le calcul intensif ne se limite donc pas aux applications traditionnelles, image d'Epinal que chacun véhicule, avec la simulation des écoulements de l'air autour des ailes d'avion ou des automobiles, ou encore la recherche d'un contrexemple au grand théorème de Fermat, jusqu'à sa démonstration, 350 ans après par Andrew WILES.

Le calcul intensif est partout, non seulement dans les laboratoires, mais aussi dans nos objets de la vie quotidienne ; il est la source de nombreuses innovations par lesquelles notre société se développe, dans un respect toujours plus grand de l'environnement.

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Il était donc nécessaire que la France, qui veut faire de la recherche et de l'innovation la base de son développement économique et social, rattrape son retard dans le domaine du calcul intensif.

Depuis de nombreuses années, chaque organisme de recherche voulait son propre calculateur, chaque communauté bataillait pour rester propriétaire d'une machine dont les capacités n'étaient plus à la hauteur des enjeux, mais lui permettait de dorer son blason et d'afficher sa grandeur.

Cette stratégie de non-coopération, inefficace au niveau national, a pris fin avec la création, en 2007, du comité stratégique du calcul intensif (CSCI), et de la société civile GENCI (Grand équipement national de calcul intensif), qui ont vocation à rassembler les utilisateurs et les propriétaires de supercalculateurs pour élaborer ensemble, une stratégie de coopération fructueuse.

C'est d'ailleurs avec ce même objectif que j'ai demandé récemment à l'INSERM et au CNRS de réfléchir, dans le domaine des sciences du vivant, sans changer ni le périmètre des organismes, ni le statut de leurs personnels, à la mise en place de nouvelles coordinations ; une organisation basée sur la coopération entre les acteurs, car la compétition est aujourd'hui internationale, elle ne doit pas, dans ce domaine non plus, se cristalliser entre organismes de recherche publics français.

Je conçois alors notre système de recherche comme une véritable chaîne solidaire, dont tous les maillons doivent être forts et en même temps coordonnés entre eux : des organismes de recherche avec une stratégie d'excellence, des universités puissantes et autonomes, une recherche sur projets dynamique et une recherche privée ambitieuse.

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Mais mon action pour le calcul intensif ne se limite pas à coordonner les acteurs entre eux. Le retard pris par la France était devenu insoutenable. Au premier janvier de cette année, la capacité cumulée des supercalculateurs publics de recherche s'élevait à 20 téraflop, alors que la plus grosse machine européenne affichait déjà 167 téraflops !

Et nous voilà six mois après, avec trois nouveaux supercalculateurs.

Vous connaissez déjà la nouvelle machine de l'Institut du développement et des ressources en informatique scientifique (IDRIS), au CNRS et sur le site de l'université d'Orsay, qui totalise 207 nouveaux téraflops installés par IBM et répartis entre calcul massivement parallèle et grappes de serveurs.

Vous savez aussi que la machine du Centre de calcul recherche technologique (CCRT) du CEA à Bruyères-le-Châtel a été étendue avec une capacité complémentaire de calcul de 103 téraflops et 192 téraflops d'accélérateurs graphiques installés par Bull.

Et je suis heureuse de vous annoncer aujourd'hui la commande, par GENCI, d'un nouveau supercalculateur pour la recherche publique française. A l'issue de l'appel d'offres, c'est le Centre informatique national de l'enseignement supérieur (CINES), basé à Montpellier, qui va disposer d'une nouvelle machine de 147 téraflops, composée de grappes de serveurs, installée par SGI (Silicon Graphics Inc).

Je tiens ici à saluer le travail de toutes les équipes de GENCI, et en particulier de son président directeur général, Catherine RIVIERE, pour la gestion de cet appel d'offres, qui a été réalisé en toute transparence, selon un sérieux et un professionnalisme tout à fait remarquables.

Avec ce nouvel investissement de 9 millions d'euros, la France revient donc dans la compétition internationale. En six mois, notre capacité de calcul intensif aura été multipliée par un facteur proche de 25, passant de 20 téraflops à 470 téraflops ! La communauté scientifique utilisatrice du calcul intensif pourra donc compter sur des machines modernes, compétitives et d'architectures variées, adaptées à tous les besoins.

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Le retard est rattrapé, mais nous ne devons pas en rester là. Nous devons maintenant prendre de l'avance. C'est tout l'enjeu du projet de grand équipement européen PRACE (Partnership for Advanced Computing in Europe), lancé par l'Union européenne. Avec cette initiative, ce sont trois à cinq nouveaux supercalculateurs pétaflopiques, c'est-à-dire d'une capacité de l'ordre de 1 000 téraflops, ou encore un millions de milliards d'opérations par seconde, qui seront installés en Europe.

La France se devra d'être à ce rendez-vous, aux côtés de ses partenaires européens et d'abord de l'Allemagne - je tiens d'ailleurs à saluer  la présence ici de monsieur Achim BACHEM, directeur du centre de recherche de Jülich et responsable du centre de calcul intensif « Gauss ». A l'occasion de la présidence française de l'Union européenne qui débutera dans quatre semaines, je suis sûre que nous trouverons ensemble, un terrain d'entente pour lancer ce beau projet. Madame le président (Catherine RIVIERE), Monsieur le directeur (Professeur Achim BACHEM), je sais que je peux compter sur vous pour mener à bien ce projet et faire de l'Europe un champion du calcul intensif.

Enfin, la France et l'Allemagne, à travers le CEA et le centre de recherche de Jülich, ont d'ores et déjà engagé un partenariat de recherche sur les supercalculateurs du futur, au-delà du pétaflop, en collaboration rapprochée avec les industriels du secteur. Je vous invite à poursuivre ces travaux dont la complexité et les ruptures technologiques à franchir sont réelles. Ils sont le gage d'une compétitivité à long terme de nos territoires.

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Mesdames et messieurs, vous l'aurez compris, le calcul intensif est un facteur de compétitivité non seulement pour notre recherche, mais aussi pour notre économie toute entière. Vous pouvez donc être assurés de mon soutien pour toutes vos initiatives en la matière, pour peu qu'elles soient concertées.

La présence ce matin de nombreux acteurs français, européens et internationaux, qu'ils soient issus de centre de recherche académique ou privés, ou d'entreprises du secteur, est un gage de cette coopération internationale du plus haut niveau.

1ère publication : 3.06.2008 - Mise à jour : 3.06.0008
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