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Yehezkel Ben-Ari, lauréat du Grand Prix INSERM 2009

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Yehezekel Ben-Ari, grand Prix INSERM 2009

Valérie Pécresse a remis le Grand Prix Inserm au Professeur Yehezkel Ben-Ari, spécialiste des neurosciences. Ses travaux au sein de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée (INMED) permettent de faire progresser la connaissance sur les maladies neurologiques, les épilepsies, notamment infantiles, l’autisme, les conséquences des accidents cérébrovasculaires, etc.

Discours - 1ère publication : 18.12.2009 - Mise à jour : 18.01.0010
Valérie Pécresse

C’est toujours une grande joie que de vous retrouver pour cette cérémonie, qui met justement à l’honneur quelques-uns de nos plus grands scientifiques. Pour nous tous, c’est l’occasion non seulement de saluer des personnalités exceptionnelles, mais aussi de mesurer les progrès, qu’ensemble, nous accomplissons grâce à leurs travaux.

J’avais hier soir le plaisir de remettre à Serge Haroche la médaille d’or du C.N.R.S. Ce dernier parlait de l’émerveillement qu’il éprouvait à la vue de chaque nouvelle découverte scientifique. Et je dois le dire, c’est un émerveillement que je partage chaque année, en saluant des progrès parfois inimaginables il y a peu de temps encore.

Ces progrès, ils ont toujours trouvé à l’Inserm un berceau privilégié. En effet, l’institut a toujours su veillé à réunir, sans ostracisme, toutes les formes de recherche, qu’elles soient fondamentales, cliniques ou thérapeutiques.

C’est dire aussi toute la valeur du Grand Prix Inserm que je remettrai dans quelques instants au Professeur Yehezkel Ben-Ari. Car chaque année, la concurrence est rude, tant les progrès sont nombreux et divers. Ce Grand Prix n’en a que plus de valeur encore, puisqu’il récompense année après année des chercheurs issus d’horizons très divers.

Par-là même, il témoigne de l’esprit d’ouverture, si caractéristique de l’Inserm. Une ouverture qui correspond aux réalités de la recherche d’aujourd’hui et qui s’inscrit dans cette volonté de décloisonnement des disciplines mais aussi des administrations, si nécessaire à la recherche de demain.

Une ouverture que j’ai voulu à mon tour accélérer et pérenniser en créant, il y a quelques mois, l’Alliance des Sciences de la Vie et de la Santé. Pour regrouper et unir nos forces autour d’une même ambition : encourager la recherche d’excellence pour faire de notre pays une des premières nations médicales du monde.

Et je tenais tout particulièrement à saluer ici André Syrota pour son soutien et son engagement remarquable dans la création de l’Alliance. Avec l’INSERM, le C.N.R.S., le C.E.A., l’Institut Pasteur, l’I.R.D., l’INRIA ou l’ INRA, avec nos Universités, avec nos Centres Hospitaliers Universitaires nous disposons désormais d’un atout puissant pour relever ce grand défi.

Et dans cet esprit d’ouverture et d’union des forces, je forme un vœu : que le Grand Prix Inserm devienne bientôt le Grand Prix de l’Alliance des Sciences de la Vie et de la Santé. On ne saurait placer en effet sous de meilleurs auspices la naissance de notre organisation.

Et ces auspices, Professeur Ben-Ari, ce sont ceux de vos illustres prédécesseurs comme Alain Fisher ou Christine Petit. Assurément, vous êtes digne de figurer à leurs côtés aujourd’hui.

Car ce Grand Prix est au fond pour vous une triple récompense.

La récompense du spécialiste hors pair des neurosciences dont la reconnaissance et l’estime ont d’ores et déjà largement dépassé nos frontières.

La récompense du chef d’équipe, du grand bâtisseur, capable de déplacer un pan entier de l’hôpital Cochin jusqu’à Marseille et de convaincre ses compagnons de l’accompagner dans cette aventure.

La récompense enfin d’une personnalité exceptionnelle dont l’enthousiasme et la générosité ont servi les progrès de la science médicale et nourri l’espoir de milliers de patients.

Une personnalité qui s’est construite au gré d’un parcours étonnant, fait d’exils et de voyages, de rencontres diverses et de projets menés partout dans le monde. Ce parcours c’est votre vie, Professeur Ben-Ari, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas banale.

Vous lui devez peut-être ce caractère que décrivent si bien tous ceux qui vous connaissent. Un caractère fort et entier, certains diront une caractère « méditerranéen » et donc parfois emporté et même véhément. Mais je vous rassure, ils ne tardent jamais à y reconnaître aussi la passion et l’ardeur de l’homme engagé qui défend corps et âmes ses convictions.

Vous êtes donc, Professeur, un homme de la méditerranée. Né au Caire en Egypte, vous quittez une première fois votre pays pour vous installer dans le tout jeune Etat d’Israël où vous ferez vos études secondaires. Jeune étudiant, vous rejoignez alors l’université hébraïque de Jérusalem, avant de parfaire votre formation académique en France, à Paris.

A vingt-trois ans seulement, vous avez donc déjà sillonné trois continents et traversé la mer qui vous a vu naître. Au vu de toutes ces pérégrinations, Professeur Ben-Ari, chacun pourra donc mesurer notre chance. La chance d’avoir pu vous convaincre de vous arrêter et de vous établir en France.

Il faut dire que vous y avez rapidement trouvé votre place, puisque vous intégrez dès votre arrivée la prestigieuse équipe de neurophysiologie du Professeur Alfred Fessard à l’institut Marey.

Vous excellez alors dans un domaine qui vous passionne : l’activité électrique de la cellule nerveuse et ne tardez pas à rejoindre le Professeur Robert Naquet au laboratoire du CNRS de Gif-sur-Yvette.

Vous appliquez alors vos talents de neurophysiologiste au cerveau en vous consacrant à ce qui sera un des thèmes majeurs de toute votre recherche : l’épilepsie, une maladie qui depuis toujours impressionne et effraie. Le « haut mal », comme on l’appelait autrefois, ne se manifeste pas seulement de manière spectaculaire, il est aussi l’un des signes les plus visibles de notre fragilité.

Et la découverte des racines physiologiques de cette incarnation de la pathologie mentale, parfois perçu comme une malédiction, fait partie des plus grandes avancées de la science moderne, au même titre que la dissolution de la notion « d’hystérie ». On comprend, cher Professeur, que vous ayez trouvé dans l’approfondissement de nos connaissances sur l’épilepsie un défi à votre hauteur ! ,

Mais ce n’est pas le seul. Car vous ouvrez sans cesse de nouveaux champs d’investigation et au fur et à mesure de votre carrière, votre tempérament, lui aussi, s’affirme toujours un peu plus.

On vous voit ici ou là bouillonnant dans les congrès scientifiques, pestant contre le manque de moyens accordés aux chercheurs, fulminant contre les généticiens et leur déterminisme scientiste, défendant toutes sortes de causes avec la passion et l’énergie que l’on vous connaît.

Une énergie qui vous pousse aussi à voyager pour progresser encore dans votre connaissance du monde des neurones et des synapses et pour confronter vos convictions aux meilleurs spécialistes du monde, à Cambridge, à Oslo, ou à Montréal.

C’est donc en savant confirmé et doué déjà d’une grande expérience que vous prenez la direction de l’unité de Neurobiologie de l’hôpital Cochin.

A la tête d’une équipe performante, vous y réalisé alors des découvertes décisives. Décisives pour les neurosciences mais aussi pour la médecine. Je pense, notamment, à vos travaux de recherche sur les neurones GABAergiques. Des neurones dont la fonction évolue et même s’inverse après la naissance. Ce qui a des conséquences essentielles sur le traitement des femmes enceintes. Le Valium, par exemple, s’il calme la mère, excite l’embryon ! On devine facilement les enseignements pratiques que la médecine a pu tirer de vos découvertes.

Ces succès vous renforcent un peu plus dans vos convictions et vous militez avec l’engagement que l’on vous connaît pour le développement des recherches centrées sur la maturation cérébrale. Contre les chantres de la génétique aveugle et déterministe, vous défendez la cause de la biologie moléculaire.

Car la logique du vivant, si bien décrite par le Professeur François Jacob, ne peut se réduire à l’exécution d’un programme gravé dans le marbre de l’ADN. Vous l’avez formidablement démontré en étudiant l’épilepsie temporale, un processus dégénératif continu, qui évolue crise après crise, lésion après lésion, en des agencements neuronaux toujours différents.

La biologie comme la médecine doit s’intéresser à ce qui fait l’essence même du principe de vie : l’adaptation, l’ouverture au milieu, l’évolution permanente vers des formes toujours plus complexes d’organisations et d’équilibres.

Ce sont là des convictions profondes. Des convictions qui mûrissent lentement dans l’esprit du savant ou du chercheur. Mais des convictions qui s’expriment avec urgence pour le médecin confronté à des patients atteints d’épilepsie, d’Alzheimer, de Parkinson et d’autres maladies neurologiques pour lesquelles il n’y a pas ou peu de traitement.

Et vous êtes Professeur Ben-Ari de ces savants lucides et passionnés à la fois. Conscient que la recherche ne répondra jamais assez vite à nos exigences et à nos espoirs. Mais livrant toutes vos forces pour qu’elle s’en rapproche le plus vite qu’elle le peut.

Et je suis convaincue que c’est ce qui vous a poussé à réaliser cette opération qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de la recherche française : déménager un laboratoire entier de Paris à Marseille. Un laboratoire entier, c'est-à-dire 36 femmes et hommes qui vous ont fait confiance et qui ont parcouru avec vous près de mille kilomètres pour relever à vos côtés l’immense défi que vous leur lanciez.

Car c’est là, au bord de la méditerranée qui vous est si chère que vous avez pu finalement réaliser votre rêve. Ce rêve c’est l’INMED, l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée. Un espace splendide, orné de galeries et de sculptures, et que visitent les écoles d’architecture pour la beauté de ses agencements.

Un espace entièrement dédié aux neurosciences et qui favorise l’interdisciplinarité en rapprochant les différentes équipes de chercheurs qui y travaillent. Avec une même ambition : étudier la mise en place de dysfonctionnements neurologiques pendant la maturation pour mieux comprendre les maladies neuro-dégénératives. Mieux les comprendre pour ensuite mieux les guérir.

Et pour réduire les délais qui séparent la recherche fondamentale des applications thérapeutiques, vous avez favorisé l’installation d’entreprises innovantes au sein même de l’Institut.

Des applications auxquelles vous avez souhaité que les médecins se familiarisent le plus rapidement possible en attirant chaque été des internes et des jeunes chercheurs au sein de l’école Hippocrate.

Chacun peut donc le constater : l’INMED est un outil formidable, un des lieux où s’invente la recherche de demain. Une recherche organisée selon une logique thématique et intégrée, et qui se joue des obstacles administratifs ou réglementaires qu’on lui a trop souvent opposés.

Et les résultats sont là : vos équipes progressent tous les jours dans la connaissance des maladies neurologiques, sur les épilepsies, notamment infantiles, sur les conséquences des accidents cérébrovasculaires, sur l’autisme...

De ces progrès pour la science qui sont aussi des progrès pour la médecine, nous devons tous vous être reconnaissants. Chacun le sait, notre époque n’est plus celle du « grand enfermement » dont parlait Michel Foucault. Pour une large part, on le doit à la médecine elle-même, qui a su faire disparaître une partie des peurs ancestrales que déclenchait le spectacle des pathologies neurologiques.

Mais il reste encore beaucoup à accomplir. Sur le plan scientifique, bien sûr, pour comprendre les ressorts de ces maladies qui, parfois, nous échappent encore, et développer des traitements adaptés. Mais aussi sur le plan social : car si nous parvenons à améliorer l’état de santé des malades, nous devons plus encore nous rendre capables de les accueillir. Accepter et accueillir cette différence, voilà un combat qui est encore loin d’être gagné et il est loin de n’être que médical.

Mais ce combat, c’est aussi grâce à vous que nous le gagnerons. Et je sais que vous m’en voudrez de ne pas associer à l’hommage que nous vous rendons ce soir les équipes de l’INMED qui, à Marseille, travaillent à donner chair tous les jours aux grands espoirs que vous avez fait naître. Et parmi eux, je tenais à saluer le travail d’Alfonso REPRESA, à qui revient la lourde tâche de vous succéder à la tête de l’Institut.

Je suis persuadée qu’il pourra s’appuyer encore longtemps sur vos conseils avisés et que vous lui transmettrez cette énergie et cette passion que vous avez mises dans tous vos combats.

Une énergie, Professeur Ben-Ari, que les chercheurs de l’INMED pourront grâce à vous puiser aux sources éternelles de la méditerranée.

Je vous remercie

1ère publication : 18.12.2009 - Mise à jour : 18.01.0010

 Yehezekel Ben-Ari, grand Prix INSERM 2009

Présentation vidéo de Yehezkel Ben-Ari

Site de l'INSERM

Le film de présentation de Yehezkel Ben-Ari
http://www.inserm-actualites.com

prix-inserm-2009-Yehezkel-Ben-Ari-Myriem Belkacem©Inserm

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