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[ARCHIVES] Discours

L'Agence nationale a changé le visage de la recherche française

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Laboratoire-de-physique-de-la-matière-condensée© CNRS Photothèque/CHEZIEREAlexis

Lors du colloque organisé pour le 5ème anniversaire de l'Agence nationale de la recherche, la ministre a indiqué que l'A.N.R. verra son champ d’intervention s'élargir considérablement à l'occasion de l'emprunt national, puisqu'elle aura à gérer plus de 15 milliards d'euros des investissements d'avenir.

Discours - 1ère publication : 5.05.2010 - Mise à jour : 5.05.0010
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

Il y a cinq ans naissait l’Agence nationale de la recherche, dans des circonstances que chacun de nous garde à l’esprit. Depuis plusieurs mois, le malaise grandissant des chercheurs avait quitté les laboratoires pour s’exprimer publiquement. La France redécouvrait sa recherche, une recherche en quête de moyens, de perspectives, mais aussi de reconnaissance.

Le tableau dressé à cette occasion était inquiétant : alors que tous les Etats du monde misaient sur la science, la recherche française semblait s’enliser dans un sous-financement chronique et butter contre les rigidités et les cloisonnements administratifs, le tout dans un climat de relative indifférence.

Sans doute ce tableau était-il un peu excessif. Il offrait toutefois un reflet fidèle du malaise que ressentait une large partie de la communauté scientifique. La création de l’Agence nationale de la recherche fut la première des réponses apportées par ton Gouvernement, cher Jean-Pierre, à cette situation.

Une réponse en forme de reconnaissance, tout d’abord, pour tous les acteurs qui attendaient de disposer enfin du soutien nécessaire au lancement des projets qu’ils avaient eux-mêmes proposés. Notre pays marquait ainsi son engagement au côté des scientifiques et son attachement aux progrès de la science, qu’elle soit fondamentale ou appliquée.

Et par là même, la création de l’ANR répondait aux nouveaux besoins de notre système de recherche, en introduisant le financement sur projet, jusqu’alors trop absent en France et pourtant si répandu à l’étranger. Dès la première année, 700 millions d’euros ont été mis à la disposition de la nouvelle agence, s’ajoutant aux financements récurrents qui ont été maintenus.

Ainsi, la création de l’ANR a permis d’engager ce décloisonnement attendu par tant de nos chercheurs, en dépassant d’emblée les frontières qui séparaient organismes et universités, recherche fondamentale et recherche appliquée, recherche publique et recherche privée. Au sein du groupement d’intérêt public qu’était alors l’Agence se retrouvaient en effet organismes de recherche, universités, ANVAR et Etat, qui s’engageaient pour mieux coordonner leur stratégie de recherche.

Chacun le mesure aujourd’hui, la création de l’ANR marquait ainsi le point de départ des mutations de notre système de recherche : le décloisonnement, vous le savez, s’est poursuivi et amplifié avec la création des alliances de recherche et l’émergence des universités autonomes comme opérateurs de recherche à part entière ; la reconnaissance sociale du rôle de la recherche a trouvé sa consécration avec la stratégie nationale de recherche et d’innovation, dont l’élaboration a permis de nouer un dialogue fructueux entre les chercheurs publics et privés, ainsi qu’avec la société civile ; quant à l’effort financier en faveur de la recherche, il n’a cessé de s’accroître depuis 5 ans, témoignant par là de notre volonté de miser sur la science pour préparer notre avenir.

Au-delà des chiffres, qui sont impressionnants –  près de 6 000 projets financés en 5 ans, soit près de 3 milliards d’euros supplémentaires – la naissance de l’Agence a marqué une transformation profonde de notre vision de la science, de sa place et de son rôle.

 

 

Au cœur de ces transformations, il y a d’abord la vision d’une vie scientifique dont les avancées intéressent les chercheurs bien sûr, mais aussi l’ensemble des citoyens qui ne peuvent rester indifférents à la marche du progrès.

Tout ou tard, toute découverte, tout mouvement de la science finit en effet par transformer notre vision du monde, quand ce n’est pas le monde lui-même. C’est pourquoi nous fondons tous tant d’espoirs sur les progrès de la recherche. La science est donc l’affaire de tous, des chercheurs, bien sûr, mais aussi des citoyens et des responsables politiques.

Si les scientifiques sont en droit d’attendre de la société qu’elle soutienne leurs travaux, en retour, la société est elle-même en droit de définir des orientations prioritaires pour la recherche.

L’esprit de ce pacte mutuel est désormais, je l’espère, largement partagé. Il implique une juste répartition des rôles. En orientant la recherche, la société définit des objectifs prioritaires : la lutte contre le cancer, le SIDA, ou les maladies neuro-dégénératives, ou bien encore la lutte contre les changements climatiques. Il revient alors aux chercheurs de trouver les voies scientifiques pour les atteindre.

Permettez-moi d’y insister, ces avancées possibles ne se décrètent pas : ce sont les chercheurs qui nous disent qu’il y a aujourd’hui des champs scientifiques où des progrès sont envisageables. Si la science se déclarait incapable, pour l’heure, de répondre à une attente sociale, eh bien, cette attente, aussi profonde soit-elle, resterait naturellement insatisfaite : tous les financements du monde n’y pourraient rien changer.

C’est pourquoi, à travers la stratégie nationale de recherche et d’innovation, l’Etat a défini avec les acteurs eux-mêmes les thèmes de recherche prioritaires, tout en laissant le soin aux alliances concernées de les décliner en feuilles de route scientifiques et, à l’ANR, de lancer des appels à projets et de sélectionner les plus prometteurs.

Et ce travail avec les alliances renforce encore la légitimité de l’Agence,  en garantissant que sa programmation sera le fruit d’un échange avec l’ensemble de la communauté scientifique.

Car la science se fait d’abord dans les laboratoires, ses progrès sont l’œuvre des scientifiques et d’eux seuls. Prenez les travaux que conduit le Professeur Patrick Couvreur à l’Université d’Orsay : qui aurait pu imaginer que la vectorisation de médicaments sous forme de nanoparticules permettrait de démultiplier leurs effets et nous donnerait l’espoir de soigner un cancer jusqu’alors incurable comme celui du pancréas ?

Le rôle de l’ANR, c’est précisément celui-là : c’est de rendre possible la rencontre entre les promesses d’un projet scientifique et l’aspiration au progrès de notre société.

L’Etat a ainsi la faculté, et je dirais même le devoir, d’accompagner la marche de la science et d’accélérer le rythme de ses progrès, en accordant le soutien exceptionnel qu’ils méritent aux projets scientifiques les plus prometteurs.

 

 

Bien sûr, le rythme de la science, pour une large part, nous échappe : qui aurait pu prédire que l’année 1905, par exemple, serait l’année où toutes nos certitudes physiques allaient basculer après la publication de 4 articles signés Albert Einstein? 

Ce rythme, nous ne pouvons pas le prévoir, mais nous pouvons nous y adapter, pour mieux l’épouser. C’est la raison pour laquelle le financement sur projet et le financement récurrent, loin de s’exclure ou d’entrer en concurrence, sont parfaitement complémentaires.

Les moyens dont bénéficient année après année nos laboratoires et nos équipes de recherche permettent de faire avancer la science à son rythme normal. Mais quand leurs travaux débouchent sur des champs de recherche insoupçonnés, quand nos scientifiques sont brutalement confrontés à des espaces scientifiques entiers à défricher, en un mot, quand le rythme du progrès scientifique s’accélère, ils ont besoin de financements exceptionnels pour mener leur projet à bien.

Rien ne serait plus absurde que de laisser un projet prometteur en friche au seul motif qu’il n’entrerait pas dans le champ de telle ou telle thématique prioritaire définie à un moment donné. Loin de brider les ambitions des chercheurs, l’ANR doit leur permettre de les libérer : à l’Agence de montrer toute la souplesse nécessaire pour épouser le rythme imprévisible du progrès scientifique.

L’expérience le montre : la liberté de la recherche est la condition de sa fécondité. C’est pourquoi j’ai pris un engagement essentiel devant la communauté scientifique : celui de porter de 25 à 50 % la part des programmes « blancs » dans les financements versés par l’ANR, pour garantir à chaque chercheur qu’il trouverait dans l’Agence le soutien lui permettant d’exprimer pleinement son inventivité et sa créativité. Cet engagement, je l’ai tenu.

Ainsi, quand le Professeur Serge Haroche imagine un dispositif exceptionnel pour observer l’inobservable et voir, pour la première fois, les sauts quantiques de la lumière, c’est naturellement vers un programme blanc de l’ANR qu’il se tourne en 2005, 100 ans tout juste après la naissance des quantas. Et la qualité d’un tel projet n’a évidemment pas échappé à l’Agence, qui a joué tout son rôle dans l’éclosion d’une idée couronnée par une médaille d’or du CNRS.

Avec le renforcement des programmes blancs, nous avons donc mis la liberté de la recherche au cœur du fonctionnement de l’ANR, tout en maintenant un fort taux de sélectivité autour de 25 % qui garantit la qualité des projets.

 

Il faut toutefois le rappeler avec force : ces projets exceptionnels ne verraient jamais le jour sans les laboratoires où ils ont mûri et pris forme. C’est pourquoi les financements sur projet se sont toujours ajoutés aux crédits dont bénéficient chaque année les laboratoires et ne s’y sont jamais substitués.

J’ai même tenu à aller plus loin encore, en reconnaissant davantage la contribution apportée par un laboratoire ou l’établissement qui l’héberge à l’émergence d’un projet exceptionnel. C’est pourquoi j’ai souhaité que soient mieux récompensés les établissements qui soutiennent la créativité de leurs équipes de recherche, en portant de 11 à 20 % les financements complémentaires qu’ils peuvent recevoir chaque année au titre du désormais fameux préciput.

A mes yeux, le préciput est beaucoup plus qu’une simple participation financière aux coûts d’installation, de fonctionnement et de gestion supportés par l’hébergeur. C’est aussi et surtout une manière d’encourager une dynamique vertueuse pour l’ensemble d’un établissement de recherche.

L’excellence d’une équipe de recherche ne se construit donc pas aux dépens de l’excellence collective, bien au contraire : l’une et l’autre se renforcent mutuellement. Car si une équipe de chercheurs profite d’un environnement scientifique de qualité, c’est-à-dire d’un environnement où elle bénéficiera de la liberté et des moyens nécessaire pour mettre au point de bons projets, eh bien, en retour, le travail de cette équipe enrichira la stratégie scientifique et la visibilité de son établissement.

En science plus encore qu’ailleurs, j’en suis convaincue, les plus grands succès sont le fruit d’un travail collectif : à la reconnaissance de l’excellence individuelle doit donc systématiquement répondre la reconnaissance de l’excellence collective. 

Dans cet esprit, j’ai tenu à ce que les scientifiques et les personnels administratifs et techniques d’un organisme ou d’une université puissent bénéficier des fruits de leur effort collectif lorsque celui-ci a fait l’objet d’un contrat de recherche. Je suis heureuse de vous l’annoncer aujourd’hui, un dispositif d’intéressement collectif va être mis en place pour tous les agents des organismes de recherche et des universités grâce au décret que je viens de prendre. Les contrats de l’ANR pourront bien évidemment rentrer dans le calcul de l’intéressement.

 

 

Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, la vocation de l’Agence est simple : c’est un instrument au service des chercheurs, de tous les chercheurs. Car l’ANR a été créée pour soutenir l’énergie, l’audace et la créativité scientifiques partout où elles se trouvent. Et chaque chercheur, quel que soit son âge, son parcours ou son statut peut compter sur elle pour lui apporter l’appui et l’aide dont il a besoin pour aller plus loin et repousser encore un peu les frontières de la connaissance.

Voyez la place singulière que l’Agence a tenu à faire aux jeunes chercheurs. Les Etats-généraux de la recherche avaient largement souligné la nécessité de leur apporter le soutien et l’attention qu’ils méritent. Des programmes ont été spécialement créés à leur intention : ils permettent à nos jeunes thésards ou post-doctorants d’élaborer leurs propres projets, de les soumettre au jugement de leurs pairs et d’obtenir une première reconnaissance, sans avoir à affronter la concurrence de leurs aînés et de leurs maîtres. 

C’est un véritable succès et c’est peut-être celui dont nous pouvons être le plus fiers. Car il a permis à des idées neuves et à des thèmes nouveaux d’émerger : je pense par exemple aux travaux de Damien Boquet, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille I, qui ont posé les premiers jalons d’une anthropologie des émotions au Moyen-âge, et que ce dernier poursuit désormais dans le cadre de l’Institut universitaire de France.

Mais je pense également aux recherches de Pascal Chabert, qui, au sein du laboratoire de physique des plasmas de l’Ecole Polytechnique, a tout simplement jeté les bases d’un nouveau concept de propulsion spatiale utilisant à la fois les ions positifs et les ions négatifs.

Parce qu’ils tiennent uniquement compte de l’intérêt, de l’originalité et de la fécondité du projet qui leur est soumis, les jurys de l’ANR permettent ainsi à des personnalités scientifiques de se forger et d’émerger, des personnalités qui un jour ou l’autre auront vocation à présenter des projets encore plus ambitieux.

Quant aux jeunes chercheurs qui, à l’issue de leur post-doctorat accompli à l’étranger, sont prêts à revenir en France, ils doivent bien entendu y trouver leur place. Et cela n’est pas toujours simple lorsqu’on a quitté, l’espace de quelques années, la communauté avec laquelle ils s’étaient habitués à travailler. L’obtention d’un soutien de l’ANR permet justement à ces jeunes chercheurs de réussir leur retour, en inscrivant leurs projets scientifiques dans ceux d’une équipe.

Les résultats en termes d’insertion sont remarquables : le "label ANR" et la reconnaissance qui l’accompagne permettent manifestement aux jeunes talents de retrouver toute leur place dans notre système de recherche. C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à ce que les jeunes chercheurs puissent en bénéficier jusqu’à 5 années après leur doctorat.

 Et pour les accompagner dans leurs démarches et les encourager à revenir s’installer en France, j’ai souhaité la mise en place d’un site internet qui les renseigne, où qu’ils se trouvent dans le monde, sur les offres d’emplois disponibles en France.

Mais il faut le redire, à tous les stades d’une carrière, présenter un projet n’est jamais une décision anodine : elle suppose en effet de soumettre une ambition scientifique très forte et souvent très personnelle au jugement de ses pairs. Chacun connaît le degré d’exigence des jurys internationaux de l’ANR : nombreux sont les chercheurs qui ne franchissent le pas qu’au moment où ils l’estiment en quelque sorte "mûr".

L’importance personnelle d’une telle démarche ne peut être sous-estimée. Dès lors, je crois souhaitable que l’Agence mette à l’étude la création en son sein d’une commission de recours, pour offrir aux chercheurs la possibilité de voir leurs projets réexaminés. Cette question fera, je n’en doute pas, partie de celles sur lesquelles pourra se pencher la direction de l’Agence et son président.

Vous le savez, Mesdames et Messieurs, l’Agence va devoir changer de Président, puisque Jacques Stern m’a fait le plaisir et l’honneur de devenir mon conseiller pour la recherche. C’est avec beaucoup de soin et d’attention que j’ai choisi son successeur, en la personne d’Eva Pebay-Peyroula.

Celle-ci ne peut malheureusement pas être présente aujourd’hui, mais je tiens à la remercier d’avoir accepté cette offre : forte de sa double expérience de membre du conseil d’administration de l’Agence et, bien sûr, de scientifique internationalement reconnue en matière de biologie structurale, je sais qu’elle relèvera le beau défi qui lui est aujourd’hui lancé : celui d’affirmer encore la capacité de l’ANR à faire émerger l’excellence partout où elle se trouve. 

 

 

Car l’un des atouts les plus remarquables de la logique de projet, c’est de transcender les frontières des différentes institutions pour réunir les chercheurs autour d’ambitions scientifiques partagées. Et cette union des forces s’est révélée particulièrement précieuse pour des équipes qui étaient éloignées et qui ne se connaissaient pas, notamment lorsqu’ils s’agissaient de chercheurs travaillant les uns pour le secteur public et les autres pour le  secteur privé. Et je rappelle qu’à peine 1 % de la recherche privée est aujourd’hui partenariale.

C’est pourquoi j’ai souhaité que l’ANR ouvre un site internet d’échanges entre les chercheurs publics et privés, qui s’appelle www.lemoteurderecherche.fr, tout attaché. Ce site permet désormais aux chercheurs publics de répondre à des appels à projets de la recherche privée : en ce moment même, près d’une vingtaine sont ainsi ouverts en ligne. Et réciproquement, les entreprises privées ont désormais accès à toutes les informations sur les laboratoires publics financés par l’ANR. Ce site permettra donc aux chercheurs publics et privés de se découvrir et de rencontrer, devant ainsi ce véritable « Meetic » de la recherche qui nous manquait tant jusqu’ici.

Et dans ce même esprit, je souhaite que l’Agence réfléchisse à la création de chaires partenariales : au travers de ces chaires, des institutions publiques et privées pourraient unir leurs forces dans des domaines particulièrement stratégiques en soutenant les travaux d’enseignants-chercheurs éminents.

En mettant en commun leurs forces, les équipes de recherche décuplent en effet leur capacité d’innovation et de découverte. Je pense notamment à l’équipe qui s’est formée autour de Pascal Salières et qui réunit des chercheurs du CEA à Saclay, de l’université Pierre et Marie Curie, mais aussi de Bordeaux 1 : des laboratoires de pointe ont ainsi mis en commun leurs forces pour étudier et tenter de maîtriser à l’aide du laser les dynamiques électroniques au cœur des atomes et des molécules. Et les progrès qu’ils ont enregistrés n’ont pas seulement fait avancer la science attoseconde, ils ont aussi permis à ces laboratoires de nouer des relations avec le secteur industriel.

Ces relations, l’ANR s’est d’emblée donnée pour mission de les stimuler et de les cultiver. Elle y est parvenue, puisque près de 25 % des projets qu’elle finance impliquent au moins une entreprise. Cette action en faveur de la recherche partenariale, l’ANR la prolonge également au travers des Instituts Carnot, et là encore avec succès, puisque les recettes externes issues de ces partenariats ont augmenté de 30 % depuis trois ans. C’est pour cette raison que j’ai proposé au Premier ministre d’abonder ce dispositif dès 2010 dans le cadre des investissements d’avenir.

 

 

Mais faire émerger l’excellence sous toutes ses formes, cela ne veut pas seulement dire décloisonner. Cela signifie aussi simplifier la vie des chercheurs en faisant de l’ANR un appui et non un obstacle à l’affirmation de leurs projets.

C’est la raison pour laquelle l’ANR a engagé à ma demande une amélioration régulière de son fonctionnement pour simplifier la vie des chercheurs. A de multiples reprises, elle a modifié l’architecture de ses programmes pour élargir le nombre des bénéficiaires et dégager des moyens spécifiques pour les sciences humaines et sociales. Elle a également allégé les formulaires de soumission aux appels à projets et réduit de moitié le nombre de rapports d’activité exigés. Comme je le souhaitais, elle a également avancé son calendrier de publication des appels à projets et accéléré ses délais de paiement aux laboratoires.

Ces simplifications ne sont pas seulement de l’ordre du détail administratif : ce sont des signes très concrets de la volonté, que je partage avec la direction de l’Agence, d’entendre les besoins des chercheurs et de leur apporter des réponses. Car c’est aussi en simplifiant ses procédures que l’ANR continuera à se montrer encore et toujours à la hauteur de la tâche qui est la sienne : servir les progrès de la science sans jamais se départir de son objectivité, qui est le meilleur gage de son indépendance.

 

 

Cette tâche, l’ANR a su la remplir parfaitement en 5 années à peine et ce beau succès s’explique par ce souci permanent de tenir compte de l’expérience passée pour évoluer et améliorer son fonctionnement, au plus près des besoins des scientifiques et des attentes de la société. Rien n’est plus essentiel à mes yeux.

Ce succès trouve aujourd’hui sa pleine reconnaissance avec les investissements d’avenir financé par l’emprunt national. Vous le savez, l’Agence va voir s’élargir considérablement son champ d’intervention à cette occasion : elle gèrera plus de 15 Milliards d’euros, soit 15 fois son budget actuel.

Bien entendu, compte tenu de l’ampleur exceptionnelle des sommes en jeu, le rôle de l’ANR ne sera pas tout à fait le même que celui qu’elle exerce habituellement. Certains souhaitaient dès lors qu’une nouvelle agence soit créée pour mettre en œuvre les décisions de l’Etat, comme le proposait la commission Juppé-Rocard.

A mes yeux, un tel choix ne se justifiait pas : en 5 années à peine, l’ANR a acquis une légitimité exceptionnelle, en gagnant la confiance de la communauté scientifique et en démontrant à tous la qualité de sa gestion.

Pour l’ensemble des chercheurs, son intervention est un gage de compétence, d’impartialité et d’objectivité : c’est pour cette raison que j’ai obtenu que l’Agence organise les jurys qui évalueront les projets soumis au titre des investissements d’avenir, des projets qui, faut-il le rappeler, ne s’élaboreront plus seulement à l’échelle d’une équipe ou d’un laboratoire, mais aussi d’un établissement ou d’un campus.

 

 

Forte de ses 4 000 experts internationaux et de l’expérience acquise en finançant près de 20 000 équipes de recherche, je sais que l’ANR sera à la hauteur de la tâche immense qui l’attend.

Plus que jamais, l’agence a donc tout pour s’affirmer comme l’une des plus grandes agences de financement de la recherche. En parallèle de la gestion des investissements d’avenir, je souhaite par conséquent qu’elle poursuive son internationalisation : elle a d’ores et déjà augmenté considérablement le nombre de ses partenariats internationaux, mais je souhaite qu’elle renforce désormais ses partenariats avec quelques pays  et notamment l’Allemagne, en développant les cofinancements chaque fois que possible.

L’ANR est devenu un acteur majeur de la recherche française. C’est donc tout naturellement qu’elle doit contribuer à la construction de l’espace européen de la recherche, en travaillant encore plus étroitement avec ses homologues européens et avec le Conseil Européen de la Recherche.

L’Emprunt national d’un côté, l’Europe du savoir et de l’innovation de l’autre : cher Jacques, chère Eva, chère Jacqueline, voilà les perspectives qui s’ouvrent désormais à l’Agence. Par leur ambition même, elles sont la meilleure preuve de son succès.  Je vous remercie.

Site à consulter

Agence nationale de recherche

L'A.N.R. est une agence de financement de projets de recherche. Son objectif est d'accroître le nombre de projets de recherche, venant de toute la communauté scientifique, financés après mise en concurrence et évaluation par les pairs.

Site de l'A.N.R.

Laboratoire-de-physique-de-la-matière-condensée

1ère publication : 5.05.2010 - Mise à jour : 5.05.0010
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