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Intervention de Valérie Pécresse lors de la "Journée franco-italienne"

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Journée franco-italienne à Sciences Po

Intervention de Valérie Pécresse lors de la "Journée franco-italienne" organisée par l'Ambassade d'Italie à Paris, Sciences Po et l'Ambassade de France à Rome.

Discours - 1ère publication : 11.10.2007 - Mise à jour : 18.10.0007
Valérie Pécresse

Journée franco-italienne à Sciences Po

Intervention de Valérie Pécresse
Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche

Journée franco-italienne à Sciences-Po
Jeudi 11 octobre 2007
Paris

 

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être ici, aux cotés de mon homologue italien, Fabio MUSSI. Sa présence à Paris aujourd'hui est un très beau symbole de cette l'Europe de l'intelligence et du savoir que nous construisons ensemble. Je tiens vraiment à l'en remercier très chaleureusement.

Je tiens également à saluer le Professeur Marc LAZAR, dont la réputation de politiste d'exception n'est plus à faire, ainsi que le Conseiller scientifique de l'Ambassade d'Italie en France, Francesco GRASSO: j'ai donc toute confiance, Messieurs, dans vos talents de modérateurs. Vous aurez au demeurant fort à faire pour modérer l'enthousiasme de deux ministres en charge de l'intelligence et donc de l'avenir !

Vous vous en doutez, pour la Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche que je suis, il est loin d'être indifférent que cette journée se tienne à Sciences-Po, au contact des étudiants, dans un établissement dont le dynamisme et le souci permanent d'innover sont reconnus par tous, non seulement dans notre pays, mais aussi en Europe, et de plus et plus, dans le monde. Je veux donc remercier le directeur de l'Institut, Richard DESCOINGS, de nous accueillir aujourd'hui.

Et puisque j'ai également en charge la coordination de l'action du Gouvernement en matière de nouvelles technologies, je voudrais également souligner l'extraordinaire apport de celles-ci à la coopération scientifique européenne et, plus largement, à l'enseignement supérieur : car vous le savez, nos propos sont retransmis en direct à l'ambassade de France en Italie. Je salue donc tous ceux qui nous y écoutent et nous regardent : grâce à eux, et grâce aux nouvelles technologies, l'idée européenne devient une réalité palpable, concrète. Messieurs les Ambassadeurs, je veux remercier également l'Ambassade d'Italie en France et l'Ambassade de France en Italie qui ont rendu possible ce petit miracle technologique.

Mais celui-ci n'étonne sans doute pas les étudiants de Sciences-Po puisqu'ils sont habitués, me semble-t-il, à suivre dans cet amphithéâtre des cours magistraux retransmis dans les différents centres de l'Institut situés dans les régions !

Voilà un bel exemple de diffusion des savoirs et, tout simplement de modernité universitaire !

*

Et cette modernité universitaire et scientifique, c'est celle que je souhaite voir fleurir dans tous les établissements d'enseignement supérieur et de recherche de notre pays.

L'Europe des universités et de la recherche ne se fera pas en effet sans des établissements d'excellence. Chacun le sait, la bataille mondiale de l'intelligence a d'ores et déjà commencé et le fameux classement de Shanghai, aussi critiquable soit-il, le montre sans discussion possible.

Les universités européennes ont beaucoup d'atouts pour figurer aux premiers rangs de ces classements. A commencer par une tradition universitaire millénaire. N'oublions jamais, mais Fabio MUSSI le sait mieux que nous encore, que l'université de Bologne, fondée en 1088, est le premier établissement de ce genre dans monde occidental. Et dans le siècle qui suivit sa naissance, deux autres universités ont vu le jour : la Sorbonne et Oxford. Avec un tel héritage, les nations d'Europe n'ont pas le droit de faillir.

C'est pourquoi j'ai engagé dès cet été la refondation des universités françaises, autour de ces deux valeurs fondamentales que sont la liberté et la responsabilité.

Car il n'était plus possible de voir nos établissements se débattre dans des pesanteurs administratives quelquefois inimaginables, alors même que leurs voisines européennes et internationales bénéficiaient déjà depuis longtemps de la souplesse qui accompagne naturellement l'innovation et la recherche de pointe.

Les progrès de la science sont en effet souvent fulgurants : la recherche n'attend pas que tel ou tel établissement ait pu ouvrir ou pourvoir un poste d'enseignant spécialisé pour se faire. Il fallait donc réformer en profondeur la gouvernance des universités : c'est chose faite, et les établissements français sont désormais en mesure, par exemple, de recruter des enseignants étrangers en leur offrant des salaires attractifs ou bien de faire revenir en France les chercheurs français partis à l'étranger. Ces derniers étaient partis pour bénéficier de conditions de travail à la hauteur de leur talent, ils peuvent désormais les trouver ici.

Mais si nous avons refondé l'université, c'est aussi pour offrir à nos étudiants des formations plus proches des besoins du monde du travail. C'est pourquoi la loi votée cet été consacre deux nouvelles missions de l'université, deux missions absolument essentielles : l'orientation et l'insertion professionnelle. A mes yeux, il était en effet inacceptable que pour les étudiants de certaines filières, des années d'études supérieures signifient moins de perspectives d'avenir et non pas plus ! Et quoi de plus contraire à la stratégie de Lisbonne que cela ?

Avec la nouvelle université que nous construisons ensemble, c'est donc tout le visage de l'enseignement supérieur et de la recherche que nous allons transformer : j'ai pour cela ouvert 5 grands chantiers, qui portent sur des questions tout aussi essentielles : la vie étudiante ; les carrières des personnels des universités ; l'état des campus ; les perspectives d'avenir offertes aux jeunes chercheurs et la réussite en licence.

Sur ces 5 questions aussi, la France faisait souvent pâle figure au regard de ses partenaires européens. Tous les chercheurs, tous les étudiants partis à l'étranger ou venus pour un semestre ou une année en France nous le disaient. Au moment même où les échanges se multipliaient, où les étudiants des pays en voie de développement sont de plus en plus nombreux à fréquenter les universités étrangères, ce n'était plus acceptable. Il fallait donc réagir : et c'est précisément ce que je m'efforce de faire depuis mon arrivée dans ce ministère.

Vous le voyez, les comparaisons internationales sont essentielles : elles nous permettent de saisir nos forces - comment s'appuyer sur elles sans les connaître ? - et nos faiblesses - et là encore, si nous ne les connaissons pas, nous n'y remédierons pas.

Cela est vrai aussi du classement du Shanghai et plus largement de tous les classements internationaux : grâce à eux, nous avons compris que nos établissements devaient grandir, car l'excellence est d'autant plus facile à atteindre que l'on met au service d'un même projet plus de talents et d'intelligences.

Grâce aux pôles de recherche et d'enseignement supérieur, grâce aux réseaux thématiques de recherche avancée, grâce aux pôles de compétitivité, nous disposons enfin des outils qui permettent de réunir nos forces et de faire travailler ensemble les universités, les enseignants et les chercheurs, qu'ils appartiennent à des entreprises privées ou à des structures publiques.

*

Nous devons aller plus loin encore : et à mes yeux, cela veut dire non seulement unir nos forces en France, mais aussi associer les différentes universités européennes pour en faire des établissements capables de rivaliser avec les plus grandes institutions étrangères.

Il y a quelques jours, j'étais à Strasbourg pour travailler à la naissance d'un nouveau pôle de recherche et d'enseignement supérieur unissant trois pays : l'Allemagne, la Suisse et la France, au travers de sept universités, celles de Bâle, de Karlsruhe, de Fribourg, de Mulhouse et de Strasbourg.

Voilà l'avenir ! Et il n'y a rien de plus de fidèle à l'idéal européen que la naissance d'une Europe des savoirs et des intelligences, rien de plus proche de cette Europe des Lumières qui n'était rien d'autre qu'une immense république des sciences et des lettres, où Leibniz rivalisait avec Newton et où Frédéric II correspondait avec Voltaire.

C'est cet idéal de coopération intellectuelle entre les nations qui doit nous inspirer aujourd'hui. Et à ceux qui douteraient de sa fécondité pratique, je voudrais donner quelques exemples récents, tirés de la longue tradition de coopération entre la France et l'Italie : je pense à la coopération spatiale, qui débouche par exemple sur la naissance d'outils de classe mondiale, comme le télescope spatial de nouvelle génération SIMBOL X ; je pense aussi au grand interféromètre VIRGO, situé à Cascina, près de Pise ; ou bien encore à la base CONCORDIA dans l'Antarctique.

Voilà des exemples concrets ! Et c'est cela aussi, la coopération scientifique : mettre nos forces en commun pour construire des équipements de pointe, dont n'aurions pas pu disposer seul.

Et l'amitié franco-italienne nous donne bien d'autres témoignages parlants de ce que doit être demain l'Europe de la recherche et de l'enseignement supérieur :

Car l'Europe de l'intelligence, ce sont ces laboratoires conjoints, qui tissent des liens toujours plus étroits entre les communautés scientifiques : et la France et l'Italie en comptent déjà plus d'une dizaine !

L'Europe des savoirs, c'est aussi plus d'occasions offertes aux étudiants de suivre une partie de leur scolarité à l'étranger. Avec la création d'une nouvelle bourse qui concernera, dès 2008, 30 000 étudiants, nous allons permettre à chaque étudiant de bénéficier de cette expérience unique ! Pour l'heure, ce sont déjà quelques 4400 étudiants italiens qui fréquentent cette année les établissements français, et presque 1600 étudiants français inscrits dans une université italienne grâce au programme ERASMUS.

Ces échanges n'auraient jamais été possibles sans le système LMD, qui harmonise l'architecture des enseignements supérieurs européens. Et cette harmonisation continue, avec le développement des crédits européens transférables, les fameux ECTS que les étudiants de Sciences-Po connaissent bien : grâce à elle, les diplômes en partenariat international comme les thèses en cotutelle vont connaître un incroyable essor. Songez qu'actuellement, ce sont déjà 123 formations intégrées qui unissent établissements italiens et institutions françaises : demain, quand tous les obstacles seront levés, les doubles diplômes seront plus nombreux encore !

Il en va ainsi du Master conjoint, qui sera sans doute à l'avenir l'outil majeur de la coopération universitaire européenne : les programmes qui existent d'ores et déjà unissent la France à l'Allemagne, à la Grèce, à la Pologne, et l'Italie bien sûr et bientôt à l'Espagne.

C'est avec toutes ces initiatives que nous achèverons de créer l'Europe des savoirs et de l'intelligence. Et sans elle, la société de la connaissance et de l'innovation, sur laquelle repose notre avenir, ne serait qu'une chimère. Voilà pourquoi nous devons aider tous ces programmes à sortir du statut confidentiel dans lequel ils sont encore trop souvent confinés.

*

Ne craignons donc pas, Mesdames et Messieurs, de cultiver les projets les plus ambitieux : à sa création, l'Université franco-italienne devait devenir le laboratoire du processus de Bologne naissant. Dix ans après, nous devons, plus que jamais, viser l'excellence : et c'est pourquoi je souhaite que l'Université franco-italienne accompagne l'émergence d'écoles doctorales communes et de masters conjoints de haut niveau, ainsi que de nouveaux laboratoires communs innovants, ouverts aux étudiants de tous les pays, et notamment à ceux issus de nos partenaires méditerranéens.

Car c'est pour les étudiants que nous travaillons tous aujourd'hui, c'est pour eux que nous devons être ambitieux. C'est en effet en construisant des universités nationales fortes, en tissant entre elles des liens toujours plus nombreux, en en faisant des champions nationaux du savoir et de l'innovation, en inventant des universités binationales comme l'UFI, nous ne faisons qu'une chose : nous offrons à la nouvelle génération qui vient la promesse d'un enrichissement intellectuel et personnel sans précédent, à la hauteur de l'héritage culturel et scientifique de notre vieille Europe.

Et cette promesse d'avenir, nous la tiendrons. Notre présence aujourd'hui le prouve.

Je vous remercie.


1ère publication : 11.10.2007 - Mise à jour : 18.10.0007

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