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Remise du Prix ARC Léopold Griffuel 2007 (Collège de France)

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Prix ARC Léopold Griffuel

Intervention de Valérie Pécresse lors de la remise du  Prix ARC Léopold Griffuel 2007 à l'occasion de cette journée consacrée à féliciter et à encourager quelques-uns des jeunes chercheurs les plus talentueux et les plus prometteurs de notre pays.

Discours - 1ère publication : 12.10.2007 - Mise à jour : 24.10.0007
Valérie Pécresse

Monsieur le Président, Jacques RAYNAUD,
Mesdames et Messieurs les membres du jury,
Mesdames et Messieurs les lauréats,
Mesdames et Messieurs,

 

Je suis particulièrement heureuse d'être aujourd'hui parmi vous, à l'occasion de cette journée consacrée à féliciter et à encourager quelques-uns des jeunes chercheurs les plus talentueux et les plus prometteurs de notre pays.

Et ils le méritent bien, car ces jeunes femmes et ces jeunes hommes qui, tout au long de cette journée, ont exposé devant vous leurs travaux, qu'ils aient été ou non couronnés d'un prix, ces jeunes chercheurs partagent tous une caractéristique bien particulière, quelque chose d'unique et qui leur vaut toute notre admiration : ils donnent un visage à l'espoir.

Bien souvent en effet, l'on parle aux malades, à leur famille, à leur entourage, des progrès de la recherche ou des avancées de la science, et l'on évoque de possibles traitements et des remèdes futurs. Tout cela fait naître l'espoir, l'espoir d'une guérison qui deviendrait certaine et de thérapies qui seraient moins douloureuses et en tout cas moins éprouvantes.

Mais ces formules : « progrès de la science », « recherches en cours », « essais cliniques prometteurs », restent terriblement abstraites pour ceux qui en attendent tout, ou presque. Car si elles font naître l'espoir, elles ne suffisent pas toujours à l'entretenir, d'autant plus que le temps de la science est loin d'être toujours accordé au rythme de la maladie.

Et pourtant, chacun de nous le sait ne serait-ce qu'intuitivement, on ne peut avoir le courage de lutter contre la maladie si l'on n'a pas l'espoir, même ténu, de guérir. Et sans ce courage, sans ce combat de chaque instant contre un mal intérieur, il n'y a pas de guérison possible.

Les travaux de ces jeunes chercheurs ne font donc pas seulement naître l'espoir de guérisons futures, ils permettent aussi aux malades d'aujourd'hui de trouver en eux la force de se battre et souvent, mais malheureusement pas toujours, de guérir.

Ce n'est donc pas le moindre des mérites de l'ARC que d'offrir à chacun d'entre nous, et notamment aux malades et à leurs proches, l'occasion de mettre un visage sur nos espoirs : « les progrès de la science », « les recherches en cours », Mesdames et Messieurs, vous les avez eus devant vous tout au long de cette journée, vous avez pu les voir, les entendre et leur parler, vous avez pu mesurer le talent et l'énergie de ces jeunes chercheurs qui travaillent chaque jour dans leurs laboratoires pour transformer les espoirs les plus ténus en traitements efficaces qui, demain, seront peut-être devenus les thérapies les plus banales qui soient.

Grâce à cette journée, les progrès de la science, dont nous dépendons tous tellement, auront perdu leur apparence d'abstraction hiératique pour devenir le fruit de l'engagement personnel et intellectuel de jeunes gens remarquables.

Voilà pourquoi des rencontres comme celles d'aujourd'hui sont essentielles : elles permettent de renouer et d'entretenir le fil trop souvent brisé par la maladie, celui qui unit chacun des membres de notre société aux autres, celui qui relie le malade au chercheur, et qui joint aussi le donateur au bénévole, le bénévole au chercheur, et le chercheur au malade.

Derrière l'Association pour la recherche sur le cancer, derrière les journées jeunes chercheurs, ce qui est donc en jeu, c'est une certaine communauté, c'est une certaine idée de la solidarité qui permet à des scientifiques de talents de mettre leurs forces au service des centaines de milliers de femmes et d'hommes qui souffrent, ont souffert ou souffriront d'un cancer. Et s'ils peuvent le faire, c'est grâce aux dons que d'autres hommes et d'autres femmes auront décidé de faire pour une cause qui le mérite vraiment.

Voilà une très belle image de ce qu'est la fraternité qui unit des Françaises et des Français qui ne se connaissent pas, qui ne se rencontreront peut-être jamais, et qui pourtant oeuvrent ensemble dans un seul but : vaincre le cancer.

Voilà pourquoi il est bon que de temps à autres, cette communauté puisse se rassembler en un même lieu, non pas pour prendre vie, puisqu'elle existe et vit déjà dans la personne de chacun de ses membres, mais pour partager ensemble les fruits de cette œuvre commune.

 

* * *

 

Ils peuvent se résumer ainsi : aujourd'hui, nous pouvons guérir 50% des cancers.

Il n'est pas besoin d'en dire plus : chacun de nous mesure ce que cela signifie.

Et ces premiers succès, nous les devons pour une large part à l'ARC et aux chercheurs qu'elle finance, ou plutôt qu'elle soutient, au sens le plus fort du terme.

Chaque année, ce sont 28 millions d'euros qui vont à des projets de recherches aussi innovants que prometteurs. En 10 ans, de 1997 à 2006, ce sont 8 600 projets qui auront bénéficié de son aide, pour un montant total de 287 millions d'euros.

287 millions : c'est dire la force qui peut être celle des bonnes volontés individuelles lorsqu'elles s'unissent pour agir ensemble.

Ce principe, l'ARC l'a aussi défendu pour les unités de recherche, en nouant des partenariats avec les grands organismes de recherche, en dialoguant avec les entreprises du secteur, en travaillant activement à la régularisation de la couverture sociale des jeunes chercheurs ou bien encore en contribuant largement à la naissance de pôles visibles de recherche sur le cancer : ces pôles sont devenus le réseau ARECA, qui lui-même fut le précurseur des cancéropôles du Plan Cancer créés en 2003.

Avec le Plan Cancer, c'est toute la société française qui s'est à son tour mobilisée pour lutter contre la maladie, venant ainsi relayer l'effort de l'ARC qui n'en reste pas moins profondément nécessaire : le Plan Cancer et ses 70 actions permettent de définir le cadre commun dans lequel l'ARC et ses partenaires pourront agir de conserve.

De même, avec l'INCa, nous disposons désormais d'une instance d'animation des réseaux de recherche, de transfert et de clinique, capable d'évaluer et de labelliser les Canceropôles régionaux, de déterminer les grandes orientations de la recherche sur le cancer, afin de coordonner au mieux nos efforts, dont au premier chef ceux de l'ARC, et accomplir ainsi au mieux notre tâche commune.

Car la recherche sur le cancer n'est pas une aventure individuelle, c'est une entreprise collective, qui tire sa force du travail conjoint des milliers de chercheurs qui contribuent chacun à faire avancer la science et donc à faire reculer la maladie.

 

* * *

 

Mais pour que vivent des entreprises collectives d'une telle ampleur, il faut qu'à chaque instant de nouvelles générations puissent prendre le relais : de nouvelles générations de donateurs, bien sûr, mais aussi de bénévoles et de chercheurs.

C'est pourquoi parmi toutes les actions que mène l'ARC, il en est une qui m'est encore plus chère que les autres. Et c'est celle qui nous réunit aujourd'hui : le soutien aux jeunes chercheurs.

Pour une raison très simple, et pourtant essentielle : ils sont l'avenir.

L'avenir de la recherche, bien sûr, et sans eux, la science française serait condamnée au déclin.

L'avenir de la société, puisque c'est sur eux que reposent nos espoirs de progrès futurs.

L'avenir de tous, enfin, puisque chaque année ce sont près de 280 000 nouveaux cas de cancers qui sont diagnostiqués, frappant ainsi comme au hasard les familles françaises.

Plus que jamais, la recherche sur le cancer, ou pour le dire plus directement, contre le cancer, est une priorité absolue, un impératif de santé publique qui doit se combiner aux efforts de prévention.

Et pourtant, les jeunes hommes et les jeunes femmes qui embrassent la carrière de chercheurs ne se sentent pas toujours payés de retour. Bien sûr, il s'agit avant tout d'une vocation, d'une passion du savoir et d'un désir de découverte combiné à l'envie, tout aussi puissante, de participer à cet effort d'intérêt public.

Mais devenir chercheur, c'est aussi choisir l'ombre des laboratoires, c'est aussi accepter de consacrer sa vie à des travaux largement incompréhensibles du commun des mortels et de ne faire l'objet que d'une reconnaissance sociale distante, faute de véritable perception par la nation de la portée et de l'intérêt de ses recherches.

Cette reconnaissance, je la crois pourtant indispensable. Et la manifester, c'est aussi s'attacher aux conditions matérielles qui sont offertes aux jeunes chercheurs. Je suis certaine que ce ne sont pas les lauréats du prix Alexandre Joël cette année, qui me démentiront : car embrasser la carrière scientifique, ce n'est pas nécessairement se condamner à l'ascèse !

C'est pourquoi j'ai décidé d'augmenter dès cette année les allocations de recherche, en portant à 2000 euros leur montant lorsqu'elles sont couplées à un monitorat, et en offrant à 1 000 doctorants supplémentaires la possibilité de devenir allocataires-moniteurs. Et dès 2008, ce sera le cas de 90% des doctorants. 

C'est pourquoi également je souhaite reconnaître le post-doctorat: Leslauréats du prix Hélène Starck aujourd'hui en témoignent, le post-doctorat n'est pas une période d'attente ou une phase intermédiaire, c'est une qualification professionnelle à part entière, un moment de la formation du jeune chercheur qui lui permet de progresser encore.

C'est pourquoi enfin j'attache une extrême importance aux efforts de vulgarisation, que récompense le prix Kerner remis aujourd'hui, parce que ce sont ces efforts qui permettent de rapprocher les Français de leurs scientifiques et de les réconcilier avec une science trop souvent perçue comme inutilement complexe quand elle n'est pas inquiétante.

A vrai dire, je n'aime pas le terme de vulgarisation, dont les connotations sont par trop négatives : en vulgarisant, le savant ne renonce en rien aux exigences intellectuelles et méthodologiques qui le distinguent, il peut tout au contraire en faire saisir la force et l'intérêt à un public que la méconnaissance seule rend quelquefois hostile.

Rendre accessible les travaux les plus complexes, ce n'est pas renoncer à la science, c'est simplement se donner les moyens de la rendre passionnante aux yeux de chacun, c'est permettre à chaque Français, et notamment aux plus jeunes, de comprendre pourquoi elle vous passionne autant.

Et c'est ainsi, et ainsi seulement, que nous ferons venir toujours plus de jeunes aux carrières scientifiques : car la vocation pour les sciences naît rarement d'elle-même, elle suit généralement une rencontre, avec un enseignant aussi pédagogue que passionné, avec un chercheur de son entourage ou avec une équipe de recherche à l'occasion d'un stage.

 

* * *

 

Et je sais qu'il y a dans cette salle une personne au moins qui partage mon sentiment : c'est Sébastian AMIGORENA, à qui je vais remettre dans quelques instants le prix « Léopold Griffuel » 2007.

Car, Mesdames et Messieurs, vous le savez peut-être, Sébastien AMIGORENA, qui compte aujourd'hui parmi les meilleurs spécialistes en immunologie de notre pays, voulait à l'origine être... sculpteur.

Noble vocation au demeurant, mais qui m'aurait sans doute privé de la joie de le rencontrer aujourd'hui. Et, en toute cohérence, il s'était en effet lancé dans des études de lettres qui, semble-t-il, ne lui convenaient pas parfaitement.

C'est alors qu'un ami de sa famille lui proposa, selon mes informations, de découvrir un tout autre monde que la sculpture ou les lettres et de faire un stage dans un laboratoire de recherche. Et là, alors même que ce type d'initiative bien intentionnée se solde généralement par un échec cuisant, notre jeune sculpteur lettré sentit naître en lui une vocation pour la biologie, une vraie cette fois, qui l'a menée à une thèse et à un post-doc à l'INSERM, sur le site de l'Institut Curie, à un deuxième post-doc à Yale, avant de revenir à l'INSERM et d'y devenir Directeur de recherche.

Drôle de sculpteur que celui dont je viens de retracer la carrière exceptionnelle, qui l'a d'ores et déjà conduit à l'Académie des sciences et qui lui a permis de recevoir de multiples prix, dont la Médaille d'argent du CNRS et aujourd'hui le prix Griffuel.

Mesdames et Messieurs, je vous le dis en confidence, je rencontre aujourd'hui en la personne de Sébastian AMIGORENA un chercheur exemplaire.

Exemplaire par son parcours d'abord - et je dirais même son destin : y a-t-il plus belle preuve du fait que l'on ne peut jamais décréter que tel ou tel enfant ou étudiant n'est pas fait, mais alors vraiment pas fait, pour les sciences ? Et pourtant, je crains que vous n'ayez longtemps cru, cher Sébastian AMIGORENA, que vous apparteniez à la catégorie des non-scientifiques par nature.

Cela étant, la démonstration aurait été plus parlante encore si aviez voulu être, à l'origine, chanteur ou footballeur. Pas rugbyman en tout cas : étant franco-argentin, cela vous aurait exposé à des dilemmes insurmontables en début de Coupe du monde.

Exemplaire donc aussi par votre ouverture aux dimensions internationales de la recherche : sans doute y étiez-vous préparé par votre double nationalité, mais cela vous a tout de même conduit à un post-doctorat aux Etats-Unis ainsi qu'à passer une année entière en Argentine pour y enseigner.

Vous avez ainsi montré que les parcours internationaux des jeunes scientifiques français pouvaient être une chance pour notre recherche, pour peu que nous soyons capables de leur offrir à leur retour en France des responsabilités à la hauteur des qualifications qu'ils y ont acquises.

Exemplaire également par l'intérêt qui est le vôtre pour la valorisation de vos recherches : non seulement vous avez déposé plusieurs brevets, mais vous avez aussi toujours attaché une grande importance au parcours qui mène des études fondamentales aux thérapies destinées aux malades. Vous avez ainsi récemment contribué à la réalisation d'essais cliniques de vaccination thérapeutique chez des patients atteints de cancers de la peau et du poumon.

Vous n'avez donc jamais perdu de vue le but ultime de vos recherches qui, au-delà des défis scientifiques et intellectuels, étaient toujours orientées vers les soins à apporter aux malades.

 

* * *

 

Conduire le corps à se défendre par lui-même des dégénérescences cancéreuses qu'il produit pour des raisons que nous connaissons de mieux en mieux : voilà en effet l'objectif même de vos travaux qui explorent la voie de l'immunothérapie.

Ils autorisent, chacun le comprend, d'immenses espoirs.

Et chacun de nous espère de tout cœur qu'ils aboutiront.

Mais permettez-moi de vous dire une dernière chose, avant de vous remettre ce prix qui vient couronner une carrière exemplaire :

Si jamais vos recherches venaient à buter sur d'autres obstacles insurmontables, si jamais vous deviez ouvrir d'autres voies pour atteindre votre but, vous pourriez compter sur une nouvelle génération, prête à vous épauler et à vous soutenir dans votre travail, comme ils sont aujourd'hui épaulés et soutenus par l'ARC.

Et au travers de votre succès, c'est donc l'effort de toute une communauté, qui travaillera encore à vous aider de tout son possible, que nous honorons aujourd'hui.

Vous le voyez, cher Sébastian AMIGORENA, le prix qui vous est remis vous autorise et nous autorise tous les espoirs et toutes les ambitions.

Mais il vous interdit une seule chose : de vous découvrir une nouvelle vocation ou de revenir à la sculpture et d'abandonner tous ceux qui aujourd'hui comptent sur vous.

Toutes mes félicitations.

1ère publication : 12.10.2007 - Mise à jour : 24.10.0007

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