Des nanoparticules pour mieux cibler les traitements contre le cancer : Laila Quere, lauréate du concours i-Lab

Le concours d’innovation i-Lab valorise les résultats de la recherche publique à travers la création d’entreprises de technologies innovantes. Pour son édition 2025, 62 projets ont été distingués parmi 473 candidatures, dont neuf Grands Prix. Parmi eux, le projet Aken Medical porté par Laila Quere, a pour objectif de développer une nouvelle approche de traitement des cancers grâce à des nanoparticules capables d’encapsuler des radionucléides.

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Transcription

Laila Quere, CEO d'Aken Medical, lauréate i-Lab :  Je suis Laila Quere, docteure ingénieure en physique appliquée au biomédical et je suis co-fondatrice et CEO d'Aken Medical qui apporte une innovation pour le traitement du cancer.

[Texte à l'écran : 3 questions à Laila Quere. Docteure ingénieure en physique appliquée au biomédical. Co-fondatrice et CEO d'Aken Medical, lauréate i-Lab].

Laila Quere : Aken Medical apporte une innovation clé à la thérapie par radioligands pour le traitement du cancer.

Concrètement, la thérapie par radioligands consiste à lier une molécule à une substance radioactive en utilisant les nanoparticules.

Aken Medical a choisi comme première application le cancer du pancréas, parce que c'est un cancer agressif et aujourd'hui, les options thérapeutiques sont très limitées.

Notre impact, c'est sauver des vies, c'est d'apporter une thérapie qui répond à ce besoin médical non satisfait aujourd’hui.

Notre objectif, aussi, c'est d'améliorer la qualité de vie des patients en apportant une thérapie qu'ils peuvent injecter même en médecine nucléaire, tout en gardant la qualité de vie.

[Texte à l'écran : Quels sont les prochains enjeux dans le développement de votre projet ? ]

On a un enjeu à court terme c'est la consolidation des résultats précliniques, donc chez le petit animal, comme la souris, démontrant l'efficacité et la sécurité de notre thérapie.

On a des enjeux aussi d'industrialisation. Nous préparons l'industrialisation de notre thérapie, le volet réglementaire pour l'entrée en clinique.

Nous visons aussi des partenariats avec des sociétés pharmaceutiques pour accélérer le développement de la thérapie et l'entrée en clinique.

Notre troisième enjeu, c'est de créer notre propre quartier général, donc, se doter d'un laboratoire Aken Medical pour manipuler les substances radioactives.

Ce laboratoire R&D peut évoluer à terme vers une usine pilote pour la production des médicaments radiopharmaceutiques en France.

[Texte à l'écran : Que vous a apporté le concours d'innovation i-Lab ? ]

Pour nous, être lauréats Grand Prix i-Lab, ça a été un vrai accélérateur de développement chez Aken Medical. Ça nous a permis d'étoffer l'équipe et aussi d'avancer sur les étapes de développement de notre thérapie.

Je peux qualifier le concours i-Lab comme un vrai catalyseur pour les start-up deep tech parce qu'il apporte un financement non-dilutif pour soutenir et développer les étapes les plus risquées d'un projet.

Aussi, il apporte une crédibilité auprès de l'écosystème des start-up.

Pour les lauréats, ce concours est un moteur puissant, donc pour transformer leur innovation en un produit.

Donc, il ne faut pas hésiter à candidater.

Mieux cibler les cellules tumorales

Depuis plusieurs décennies, la radiothérapie et la chimiothérapie constituent des traitements majeurs contre le cancer. Si ces approches permettent de traiter de nombreuses tumeurs, elles présentent également des limites : elles peuvent notamment endommager des tissus sains et leur efficacité peut être réduite lorsque certaines cellules tumorales développent des résistances.

Les thérapies ciblées ont permis d’ouvrir de nouvelles perspectives en cherchant à agir plus spécifiquement sur les cellules cancéreuses. Mais leur efficacité peut être limitée par la stabilité des liaisons chimiques utilisées et la précision du ciblage.

C’est dans ce contexte qu’Aken Medical a développé une approche dite « théranostique », qui associe traitement et suivi de son efficacité. Le principe ? Encapsuler des radionucléides dans des nanoparticules afin de concentrer leur action au niveau des cellules tumorales, tout en limitant leur exposition aux tissus sains. 

Qu'est-ce qu'un radionucléide ?
Il s'agit d'un atome doté d'un noyau instable qui se transforme spontanément en émettant un rayonnement ionisant.

Comment fonctionne cette technologie ?

Les nanoparticules développées par Aken Medical présentent une structure en « cœur/coquille ». Cette architecture permet de réunir plusieurs fonctions au sein d’un même objet :

  • Une action thérapeutique renforcée. L’encapsulation permet de concentrer l’énergie produite par les radionucléides au niveau des cellules tumorales.

  • Une précision accrue. La coquille métallique peut accueillir plusieurs anticorps, afin d’augmenter la sélectivité du ciblage des cellules cancéreuses et d’envisager notamment des applications dans le traitement de cancers métastatiques.

  • Une meilleure sécurité. La nanoparticule vise à limiter le relargage des éléments radioactifs dans les tissus sains, afin de mieux contrôler leur action.

  • Un suivi du traitement en temps réel. La technologie permet d’associer, dans une même nanoparticule, un émetteur à visée thérapeutique et un émetteur destiné à l’imagerie. Il est alors possible de suivre l’efficacité du traitement et d’envisager une approche plus personnalisée.

Une technologie pensée pour les cancers à fort besoin médical

Aken Medical cible notamment le cancer du pancréas, particulièrement difficile à traiter. En effet, la majorité des patients ne sont pas éligibles à la chirurgie et les traitements existants présentent des limites importantes.

La technologie développée par l’entreprise repose toutefois sur une plateforme qui pourrait être adaptée à différents types de cancers. Le couplage des nanoparticules à différents anticorps ou molécules de ciblage permettrait d’envisager son utilisation dans plusieurs cas.

L’objectif est ainsi de développer une nouvelle génération de radiopharmaceutiques combinant ciblage, efficacité thérapeutique et imagerie, avec la perspective d’apporter de nouvelles solutions à des patients confrontés à des cancers pour lesquels les besoins médicaux restent importants.

«  Notre objectif est aussi d'améliorer la qualité de vie des patients.  »

Laila Quere

  • Docteure ingénieure en physique appliquée au biomédical, CEO d'Aken Medical

Qui est Laila Quere, co-fondatrice et CEO d'Aken Medical ?

Laila Quere a suivi des études d’ingénierie au Maroc, puis obtenu un doctorat en Physique appliquée au Laboratoire Nanomedicine à Besançon. Après sa thèse et un stage à l'Université de Columbia à New York, elle travaille en tant qu’ingénieure dans un groupe aéronautique avant de rejoindre une start-up Medtech en tant que COO. En 2022, elle créé avec ses associés Aken Medical.

Depuis 25 ans, le concours i-Lab accompagne le passage des résultats de la recherche publique vers la création d’entreprises de technologies innovantes. Opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, il finance les projets de recherche et développement destinés à finaliser un produit, un procédé ou un service technologique innovant. Les lauréats bénéficient d’une aide pouvant atteindre 600 000 euros par projet ainsi que d’un accompagnement adapté. À travers ces projets, i-Lab contribue à rapprocher la recherche et l’entrepreneuriat et à faire émerger des innovations issues de la recherche publique.