Des nanoparticules pour mieux cibler les traitements contre le cancer : Laila Quere, lauréate du concours i-Lab
Le concours d’innovation i-Lab valorise les résultats de la recherche publique à travers la création d’entreprises de technologies innovantes. Pour son édition 2025, 62 projets ont été distingués parmi 473 candidatures, dont neuf Grands Prix. Parmi eux, le projet Aken Medical porté par Laila Quere, a pour objectif de développer une nouvelle approche de traitement des cancers grâce à des nanoparticules capables d’encapsuler des radionucléides.
Mieux cibler les cellules tumorales
Depuis plusieurs décennies, la radiothérapie et la chimiothérapie constituent des traitements majeurs contre le cancer. Si ces approches permettent de traiter de nombreuses tumeurs, elles présentent également des limites : elles peuvent notamment endommager des tissus sains et leur efficacité peut être réduite lorsque certaines cellules tumorales développent des résistances.
Les thérapies ciblées ont permis d’ouvrir de nouvelles perspectives en cherchant à agir plus spécifiquement sur les cellules cancéreuses. Mais leur efficacité peut être limitée par la stabilité des liaisons chimiques utilisées et la précision du ciblage.
C’est dans ce contexte qu’Aken Medical a développé une approche dite « théranostique », qui associe traitement et suivi de son efficacité. Le principe ? Encapsuler des radionucléides dans des nanoparticules afin de concentrer leur action au niveau des cellules tumorales, tout en limitant leur exposition aux tissus sains.
Qu'est-ce qu'un radionucléide ?
Il s'agit d'un atome doté d'un noyau instable qui se transforme spontanément en émettant un rayonnement ionisant.
Comment fonctionne cette technologie ?
Les nanoparticules développées par Aken Medical présentent une structure en « cœur/coquille ». Cette architecture permet de réunir plusieurs fonctions au sein d’un même objet :
Une action thérapeutique renforcée. L’encapsulation permet de concentrer l’énergie produite par les radionucléides au niveau des cellules tumorales.
Une précision accrue. La coquille métallique peut accueillir plusieurs anticorps, afin d’augmenter la sélectivité du ciblage des cellules cancéreuses et d’envisager notamment des applications dans le traitement de cancers métastatiques.
Une meilleure sécurité. La nanoparticule vise à limiter le relargage des éléments radioactifs dans les tissus sains, afin de mieux contrôler leur action.
Un suivi du traitement en temps réel. La technologie permet d’associer, dans une même nanoparticule, un émetteur à visée thérapeutique et un émetteur destiné à l’imagerie. Il est alors possible de suivre l’efficacité du traitement et d’envisager une approche plus personnalisée.
Une technologie pensée pour les cancers à fort besoin médical
Aken Medical cible notamment le cancer du pancréas, particulièrement difficile à traiter. En effet, la majorité des patients ne sont pas éligibles à la chirurgie et les traitements existants présentent des limites importantes.
La technologie développée par l’entreprise repose toutefois sur une plateforme qui pourrait être adaptée à différents types de cancers. Le couplage des nanoparticules à différents anticorps ou molécules de ciblage permettrait d’envisager son utilisation dans plusieurs cas.
L’objectif est ainsi de développer une nouvelle génération de radiopharmaceutiques combinant ciblage, efficacité thérapeutique et imagerie, avec la perspective d’apporter de nouvelles solutions à des patients confrontés à des cancers pour lesquels les besoins médicaux restent importants.
« Notre objectif est aussi d'améliorer la qualité de vie des patients. »
- Docteure ingénieure en physique appliquée au biomédical, CEO d'Aken Medical
Qui est Laila Quere, co-fondatrice et CEO d'Aken Medical ?
Laila Quere a suivi des études d’ingénierie au Maroc, puis obtenu un doctorat en Physique appliquée au Laboratoire Nanomedicine à Besançon. Après sa thèse et un stage à l'Université de Columbia à New York, elle travaille en tant qu’ingénieure dans un groupe aéronautique avant de rejoindre une start-up Medtech en tant que COO. En 2022, elle créé avec ses associés Aken Medical.
Depuis 25 ans, le concours i-Lab accompagne le passage des résultats de la recherche publique vers la création d’entreprises de technologies innovantes. Opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, il finance les projets de recherche et développement destinés à finaliser un produit, un procédé ou un service technologique innovant. Les lauréats bénéficient d’une aide pouvant atteindre 600 000 euros par projet ainsi que d’un accompagnement adapté. À travers ces projets, i-Lab contribue à rapprocher la recherche et l’entrepreneuriat et à faire émerger des innovations issues de la recherche publique.