Infertilité : une école d'automne dédiée aux jeunes chercheurs
Lancé en octobre 2023, le Programme de recherche France 2030 « Santé des Femmes, Santé des Couples », propose de former la nouvelle génération de chercheurs et chercheuses. Après une première édition de l'école d'automne sur l'endométriose, semaine de formation intensive et inédite, à Rennes en 2025, cette année, l'école d'automne est dédiée à l'infertilité et se déroule à Nantes.
Problème de santé publique majeur, l’infertilité est définie comme l’impossibilité d’obtenir une grossesse suivie d’une naissance vivante malgré des rapports sexuels non protégés pendant une période d’au moins 12 mois. Elle touche 3,3 millions de personnes en France, soit 15 à 25 % des couples.
Parmi les causes médicales majeures d’infertilité, on compte notamment chez la femme, l’endométriose, le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (ou SMOP, anciennement nommé « syndrome des ovaires polykystiques »), l’insuffisance ovarienne primaire ou encore, chez l’homme, les anomalies graves du sperme.
financés par France 2030 sur 5 ans, dans le cadre du Programme de recherche santé des femmes et des couples (PEPR SAFE)
des couples concernés par l'infertilité, soit environ 3 millions de personnes en France
Le Programme de recherche France 2030 Santé des Femmes, Santé des Couples s'organise autour de deux axes : infertilité et endométriose. Il a pour enjeu de faire progresser la recherche dans ces deux domaines et de structurer la communauté française en recherche fondamentale, clinique, santé publique, épidémiologie ainsi qu'en sciences humaines et sociales.
Le programme est doté d’un budget de 25 millions d'euros sur 5 ans, dans le cadre de France 2030, il est piloté par l'Inserm, avec l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour opérateur.
Un programme de recherche dédié à l'infertilité
Le programme Infertil-SaFe, porté par le Consortium Infertilité du programme de recherche « Santé des femmes, santé des couples », se concentre sur 3 axes de recherche principaux :
- Impact de l’environnement et du mode de vie, et biomarqueurs prédictifs
- Physiopathologie intégrée de l’infertilité
- Amélioration des technologies de reproduction assistée, des gamètes à l’implantation.
Le programme Infertil-SaFe est doté d'une enveloppe de 8,8 M€.
« L’infertilité reste en grande partie une « boîte noire ». Les mécanismes fondamentaux de la reproduction sont loin d’être bien compris. Les causes de l’infertilité restent trop souvent non élucidées. »
- Professeur des universités, Université Paris Cité / CEA
Le programme Infertil-SaFe est doté d'une enveloppe totale de
8,82 M€École d'automne sur l'infertilité
Entretien avec les chercheurs membres du comité d'organisation
Les chercheurs en biologie Lucie Barbier, chercheuse INSERM au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB)/Collège de France et Gabriel Livera, professeur des universités Université Paris Cité/CEA, sont membres du comité d'organisation de l'école d'automne sur l'infertilité. Ils nous parlent de l'approche pluridisciplinaire qui caractérise cette « école d'automne », une formation intensive d'une semaine rassemblant des expertes et experts, chercheurs et chercheuses issus de champs et disciplines complémentaires.
« À travers cette école d'automne, nous souhaitons donner aux jeunes chercheurs et chercheuses une vision à 360° de l’infertilité : fondamentale, médicale et sociétale. »
- Chercheuse INSERM au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie / Collège de France
L’objectif est de former une future génération scientifique en créant des dialogues entre recherche biomédicale, sciences humaines et sociales, clinique et associations, et en donnant envie aux participants d’intégrer cette approche globale dans leurs propres recherches.
Lucie Barbier et Gabriel Livera : À travers cette école d'automne, nous souhaitons donner aux jeunes chercheurs et chercheuses une vision à 360° de l’infertilité : fondamentale, médicale et sociétale. Le programme suit l’infertilité pas à pas, de la formation des ovocytes et des spermatozoïdes jusqu’au développement et à l’implantation de l’embryon, en abordant l’impact des facteurs environnementaux et génétiques, les techniques d’assistance médicale à la procréation, ainsi que les dimensions éthiques et sociétales. Les enseignements sont assurés par une trentaine d’expertes et d’experts français et internationaux (Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, Norvège, Suisse, Autriche, Allemagne) : cliniciens, chercheurs, représentants d’associations de patientes et patients, acteurs industriels et start-up.
L’objectif est de former une future génération scientifique en créant des dialogues entre recherche biomédicale, sciences humaines et sociales, clinique et associations, et en donnant envie aux participants d’intégrer cette approche globale dans leurs propres recherches.
À notre connaissance, il n’existe pas d’équivalent en France ni en Europe : nous avons des chercheurs venus de toute l’Europe et de domaines très différents, ce qui offre aux participants un éventail d’informations complémentaires et pertinentes que l’on trouve rarement réunies dans une même formation.
Gabriel Livera : L’infertilité peut avoir des causes multiples : biologiques, génétiques, environnementales ou médicales. L’infertilité peut également être influencée par des facteurs sociaux (calendrier parental ou expositions professionnelles). Il n’y a pas une discipline unique qui peut correctement appréhender les causes de l’infertilité. La recherche doit donc associer biologie fondamentale, physiologie de la reproduction (ovaire, testicule, axe hypothalamo-hypophysaire, endomètre), génétique, endocrinologie, médecine clinique, épidémiologie, environnement, sciences humaines et sociales et éthique.
C’est le principe du consortium Infertilité du PEPR (Infertil-SaFe), qui rassemble 20 équipes de recherche autour de trois grands axes complémentaires :
- l’étude de l’impact de l'environnement et du mode de vie et l’identification de biomarqueurs prédictifs de l’infertilité à partir de grandes cohortes, de modèles expérimentaux et de modèles cellulaires
- la physiopathologie de l’infertilité : identifier les mécanismes complexes qui induisent l’infertilité tant masculine que féminine, les dysfonctionnements neuroendocriniens, ovariens et testiculaires et les processus moléculaires sous-jacents, avec pour objectifs de développer in fine des outils de diagnostic et des stratégies thérapeutiques
- l’amélioration de l’assistance médicale à la procréation, des gamètes jusqu’à l’implantation, en combinant imagerie, intelligence artificielle, biophysique, analyses moléculaires et modèles de cellules souches pour mieux évaluer la qualité des ovocytes, des spermatozoïdes, des embryons et de l’endomètre.
Ces axes incluent les sciences humaines et sociales, pour répondre aux attentes sociétales, identifier les inégalités sociales dans la prise en charge et mesurer les conséquences économiques de l’infertilité. C’est une approche intégrée qui va du gène à la société. Ainsi nous pourrons passer d’une vision parcellaire à une compréhension globale de l’infertilité. De meilleurs diagnostics, de meilleurs traitements et une prévention plus efficace pourront alors être mis en place. Le PEPR crée une dynamique essentielle à la recherche sur l’infertilité qui a besoin de collaborations entre équipes tant à l’échelle nationale qu’internationale. Les sociétés savantes et les réseaux de recherche (notamment l’European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE), la Fédération Française d’Étude de la Reproduction (FFER) et le GdR Repro) participent aussi à cette dynamique.
Lucie Barbier et Gabriel Livera : L’infertilité est un enjeu majeur de santé publique.
L’augmentation de l’infertilité s’explique d’abord par le recul de l’âge de la procréation : en quatre décennies, il a progressé de cinq ans, et les Françaises avaient en moyenne 29 ans à la naissance de leur premier enfant en 2019. Or la fertilité diminue progressivement à partir de 30 ans. Ce recul s’explique par des facteurs sociétaux (généralisation du travail des femmes, contraception, accès plus tardif à un emploi stable) et par une méconnaissance fréquente du déclin de la fertilité avec l’âge.
Les facteurs associés à l'infertilités sont nombreux : l’endométriose, l’une des principales causes d’infertilité féminine, touche environ 2 millions de femmes en âge de procréer en France ; le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (anciennement : syndrome des ovaires polykystiques) concerne jusqu’à 13 % des femmes en âge de procréer et reste la première cause d’absence d’ovulation ; l’insuffisance ovarienne prématurée touche 1 à 3 % des femmes de moins de 40 ans. Chez l’homme, les causes peuvent être endocriniennes, testiculaires ou liées à des lésions des voies génitales.
Les facteurs environnementaux (perturbateurs endocriniens, stress, travail posté, alimentation, obésité, consommation de drogues) viennent s’y ajouter.
Gabriel Livera : Le programme « Santé des Femmes, Santé des Couples » (PEPR SAFE) est doté de 25 millions d’euros sur cinq ans par France 2030, autour de deux grands thèmes : l’endométriose et l’infertilité. Son objectif est double : mieux comprendre pour développer de nouvelles approches de prévention, de diagnostic et de prise en charge, et structurer la communauté française de la recherche fondamentale, clinique, en santé publique et en sciences humaines et sociales.
Le programme finance quelques équipes de recherche et, à travers des allocations doctorales et post-doctorales, de jeunes chercheurs prometteurs. Le PEPR SAFE organise des symposiums et des écoles pour faire se rencontrer les disciplines et consolider les carrières dans ce domaine.
Le programme associe un comité participatif de patientes et patients pour intégrer les attentes des personnes concernées, et développe des liens avec les industriels qui permettront de transformer les avancées obtenues dans les laboratoires en innovations. Il pose ainsi les bases d’une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité. Les programmes de recherche dédiés à l’infertilité restent encore rares. En France, on peut également citer celui de la Fondation pour la recherche médicale (FRM) qui a mis la reproduction et la fertilité dans les priorités scientifiques de son plan d'action 2026-2030. Elle a alloué 3,1 M€ à la recherche sur l'infertilité en 2025 et financé 41 projets sur l’infertilité ces 5 dernières années (contre 316 projets sur la recherche contre le cancer et 498 pour les maladies neurologiques et psychiatriques).
Gabriel Livera : L’infertilité reste en grande partie une « boîte noire » :
- Les mécanismes fondamentaux de la reproduction, notamment humaine, sont encore loin d’être bien compris. C’est particulièrement vrai pour les déterminants développementaux et les mécanismes précoces qui conditionnent la qualité des gamètes et le développement embryonnaire.
- Les causes de l’infertilité restent trop souvent non élucidées : variants génétiques, facteurs multiples ou interaction gènes et environnement, le tout dans un contexte d’expositions multiples.
- Notre capacité à prévenir l’infertilité demeure limitée : les facteurs de risque sont insuffisamment caractérisés et les outils prédictifs manquent.
Ces lacunes ont des répercussions sur la prise en charge en assistance médicale à la procréation qui reste peu efficace : environ un transfert d’embryon sur trois aboutit à une naissance dans les meilleurs centres, faute de savoir définir précisément ce qu’est un gamète, un embryon ou un endomètre « de bonne qualité ». Enfin, l’impact du mode de vie, de l’environnement, ainsi que les inégalités sociales d’accès aux soins sont encore insuffisamment documentés.
Lucie Barbier et Gabriel Livera : Longtemps taboue, l'infertilité peut s'apparenter à une honte ou atteinte à l’identité, elle reste difficile à exprimer ouvertement. De plus, les parcours d’assistance médicale à la procréation (AMP) sont longs (plusieurs années) et éprouvants. Une enquête réalisée avec les associations auprès des patientes (le poids de l'AMP reposant principalement sur elles, que l'infertilité soit d'origine masculine, féminine ou les deux) montre que presque toutes (99 %) les femmes en parcours de procréation médicalement assistée ressentent du stress, que 42 % ont souvent été tentées d’abandonner et que 84 % ont le sentiment que personne ne peut comprendre ce qu’elles traversent. Le retentissement touche la vie quotidienne, la vie de couple et la vie professionnelle : parmi les femmes actives, 78 % ont informé leur employeur, mais seules 55 % se sont senties soutenues (source : Enquete OpinionWay).
Sur le plan collectif, l’infertilité a des conséquences démographiques et économiques. Une fécondation in vitro représente en moyenne environ 4 000 euros par patient en France, et l’Assurance Maladie a consacré 300 millions d’euros à l’assistance médicale à la procréation en 2014. Rendre ces techniques plus efficaces bénéficierait donc à la fois à la santé physique et mentale des personnes, à l’économie et à la démographie. Se pose aussi la question de l’équité : les inégalités sociales dans l’accès et la prise en charge de l’infertilité, ainsi que ses conséquences économiques, font partie des thèmes de recherche que le programme soutient.
Lucie Barbier et Gabriel Livera : Les candidatures font apparaître des motivations récurrentes. La première est l’ouverture interdisciplinaire : des candidat(e)s, spécialistes d’un type cellulaire, d’un organe ou d’une méthode, souhaitent replacer leur sujet dans une vision d’ensemble allant de la biologie à l’environnement et à la société.
La deuxième est le réseau : rencontrer des chercheurs, cliniciens, biologistes et étudiants de différents pays européens est essentiel pour mener une recherche de qualité et de haut niveau. L’école souhaite favoriser l’innovation et la mise en place de futures collaborations. Pour certains, surtout les post-doctorants confirmés, c’est une étape vers l’autonomie et peut-être la fondation de leur propre groupe.
La troisième est la construction d’un parcours dans la recherche sur l’infertilité : certains d'entre eux sont en reconversion thématique et souhaitent se réorienter vers la médecine de la reproduction ; d’autres veulent y poursuivre leur carrière après leur doctorat.
Enfin, beaucoup expriment une ambition de recherche translationnelle : relier recherche fondamentale et applications cliniques pour aller vers des soins plus personnalisés, améliorer des protocoles en laboratoire, évaluer la sécurité des traitements de l’infertilité, ou produire une information claire pour les patient(e)s et le grand public. Ces candidatures montrent de jeunes chercheuses, chercheurs et médecins curieux des autres disciplines et attachés à faire le lien entre science et société.
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