Sommet international sur l’espace 2026 : Philippe Baptiste et Thomas Pesquet appellent à renforcer la coopération spatiale

À quelques semaines du Sommet international sur l’espace (Paris, 9-10 septembre 2026) Philippe Baptiste s’est entretenu avec l’astronaute Thomas Pesquet. L'occasion de mettre en perspective les grands enjeux du sommet : coopération internationale, souveraineté européenne et accès équitable aux bénéfices des activités spatiales.

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Thomas Pesquet : Le spatial n'est pas un Far West. C'est important de le comprendre. Il y a un côté exploration, un côté frontière, mais c'est quand même un espace qui concerne tout le monde et qu'on a envie d'exploiter, d'utiliser d’une manière cohérente et concertée.

 

Philippe Baptiste : Thomas, merci d'être là aujourd'hui. Le but du jeu, c'est de parler du prochain sommet spatial qui aura lieu à Paris le 9 et 10 septembre. Cela va être un grand moment autour de la coopération internationale spatiale, puisqu'on va avoir tous les acteurs de tous les pays du monde qui seront là. Comment tu vois le rôle de la coopération internationale dans l'Espace ?

 

Thomas Pesquet : Je pense que ça a été indispensable pour bâtir ce qu'on a bâti aujourd'hui. On a une Europe qui est une puissance spatiale. On a accès à des services qui sont partagés, et que ce soit la navigation, la météo, ces services sont par nature transfrontaliers et en coopération. Ils concernent tout le monde, c'est un bien public, un bien commun. Il faut absolument poursuivre cet esprit dans lequel on a abordé le spatial les vingt, trente, quarante dernières années. Il n'y a pas de domaine du spatial qui ne se prête pas à la coopération, que ce soit l'exploration ou l'observation de la Terre, ça marche toujours mieux ensemble et on va essayer de continuer à porter cette vision.

 

Philippe Baptiste : C'est vrai, et en même temps, on a vu des évolutions très violentes ces dernières années, avec une place du spatial privé qui s'est développée énormément. Une des questions, c'est aussi de savoir comment arriver à concilier cet Espace qui doit être un bien commun, un Espace public commun, avec l'émergence d'acteurs privés.

 

Thomas Pesquet : Je pense qu'il faut garder la place centrale qu’a toujours eue la puissance publique dans le spatial. Traditionnellement, le secteur public est la colonne vertébrale de tout cela. Le privé vient rendre des services, comme dans tous les domaines, comme dans le domaine militaire, c'est toujours des entreprises privées qui construisent, qui fournissent les services, mais c'est toujours l'État, pour les citoyens, au nom de la population, qui lance ces grands projets. Je pense qu'il ne faut l’oublier. Il ne faut pas oublier cet ADN. Il faut continuer à avoir de l'ambition étatique, gouvernementale, intergouvernementale. Le secteur privé doit jouer son rôle, c'est-à-dire l'innovation, l’efficacité. Tout cela doit se faire en bonne coopération. On l’a oublié un petit peu. Je pense qu'on a vu le secteur privé comme le donneur d'ordre dans ces missions-là, ce qui n'est pas le cas. Je pense que la balance va trouver son équilibre et qu'on va arriver à avoir quelque chose d'harmonieux.

 

Philippe Baptiste : Je suis d'accord, c'est en train de se construire. Je pense qu'il y a des enjeux, c'est un des aspects du sommet, qui sont des enjeux de régulation simplement pour pouvoir discuter et comprendre comment on fait justement pour partager cet espace commun.

Ce n'est pas « régulation » au sens de contraindre les gens pour le plaisir de les contraindre, c’est « régulation » pour pouvoir partager un espace qui est, certes, infini, mais sur lequel on a des enjeux sur les fréquences, sur la navigation. 

 

Thomas Pesquet : C'est évidemment le rôle des États. Le rôle de l'Europe là-dedans est important parce qu’on a déjà cette unité au niveau européen, on essaie de la porter au niveau international et c'est cela qu'on va essayer de voir au sommet avec la France en fer de lance.

 

Philippe Baptiste : La France est, je crois, la seule puissance spatiale aujourd'hui qui a travaillé avec tous les autres acteurs du spatial, que ce soit évidemment les États-Unis, notre partenaire le plus important en dehors de l'Europe, tous les pays européens, au travers de l'Agence spatiale européenne, mais aussi avec la Chine, avec les Émirats, avec l’Inde, le Japon, avec tous les acteurs du spatial aujourd'hui.

Je pense que c'est aussi un moment justement pour ça, on veut avoir tous les acteurs internationaux pour pouvoir discuter ensemble.

Et pour être très clair, il faut qu'on arrive à avoir autour de la table les États-Unis et la Chine pour discuter de sujets qui sont des sujets importants pour nous tous.

 

Thomas Pesquet : Ce qu'on va voir aussi, je pense, c'est de plus en plus de pays, tu le disais à l'instant, comme l'Inde, qui n’étaient pas vraiment des acteurs du spatial il y a dix ou quinze ans, qui aujourd'hui sont les acteurs majeurs, et on va en voir d'autres.

Je suis certain que le spatial en Afrique par exemple va se développer. Évidemment, les pays aussi ont envie d'avoir accès à ce bien commun. L'observation de la Terre, c'est super important pour lutter contre le changement climatique, une agriculture raisonnée, la réponse aux catastrophes naturelles, toutes ces choses-là intéressent les pays au plus haut point. Je pense qu'on va avoir de plus en plus ces pays-là autour de la table et tant mieux. Ce doit être notre rôle aussi de les inclure. J'espère que le sommet spatial va être un tremplin pour inclure de plus en plus de pays autour de la table, pas seulement ceux qui ont fait du spatial depuis cinquante ans. 

 

Philippe Baptiste : C'est déjà le cas, il y a déjà des pays d'Afrique aujourd'hui qui, à travers des nano et des micro-satellites, qui sont des programmes extrêmement actifs et puis des programmes très ambitieux. Ce sont des puissances spatiales qui, effectivement, n’existaient pas encore il y a dix ans. Si on regarde par exemple l'émergence des Émirats sur le spatial, c'est très impressionnant de voir ce qu'ils font.

 

Thomas Pesquet : Ce qui est important, c'est aussi de placer le rôle de la Défense là-dedans, parce qu'on sent bien que l'Espace c'est dual, c’est un peu la frontière ultime, ça veut dire aussi que c'est un peu la position haute ultime. Il a fallu d'abord sécuriser le haut de la colline dans la tactique de bataille à l'ancienne. Ensuite le ciel, la maîtrise du ciel, c'était très important. Aujourd'hui, on sent bien que tout cela se joue dans l'Espace. Encore une fois, il ne faut peut-être pas laisser une approche trop décomplexée se faire. Il faut en discuter, avoir une approche cohérente au niveau européen, il faut en discuter avec nos partenaires, que tout cela se fasse en bonne intelligence. On sent bien qu'il y a des enjeux de souveraineté. L'accès à l'Espace qu'on développe en Europe avec Ariane, c'est fondamentalement important. On ne peut pas laisser quelqu'un d'autre, qui qu'il soit, décider de notre accès à cet environnement-là. L'Armée de l'air et de l'Espace a changé de nom. Ce n’est pas pour rien. On a un commandement de l'espace qui se développe en France. On est les leaders en Europe parmi les pays les plus avancés dans le monde. Il faut renforcer cette approche et la faire en coopération pour que tout se passe bien.

 

Philippe Baptiste : C'est étonnant d'ailleurs parce que finalement on a des jeux stratégiques majeurs, des enjeux de défense, de sécurité, mais c'est aussi un point de coopération. On a cette dualité à la fois d'autonomie stratégique, il y a des sujets dans le spatial où on ne veut raisonner qu'en national ou qu’en européens, c'est sûr. Il y en a d'autres où on voit bien qu'on a besoin, quand on parle d'exploration lointaine, de vols habités, quand on voit les coûts qui sont associés, on voit bien que ce sont des efforts qui doivent être collectifs, comme pour les très grands projets scientifiques.

 

Thomas Pesquet : On est sur une trajectoire assez vertueuse. On traverse une zone de turbulences, pour parler en termes aéronautiques, mais je pense qu'on a une chance d'en sortir plus forts, par le haut. On a des grands projets européens qui continuent. On a cette expertise mondiale avec ces laboratoires, ces universités, ces écoles d'ingénieurs que le monde nous envie. On a l'occasion de se servir de ces zones de turbulences en ce moment pour se resserrer, nous les Européens, autour de nos idéaux, de notre manière de faire les choses, et puis d’en sortir avec quelque chose peut-être encore plus robuste, européen, pour la prochaine étape qui sera encore plus internationale, pour qu'on puisse, nous, la France, l'Europe, jouer notre rôle dans cette grande chorégraphie des pays qui vont se lancer encore plus dans l'exploration spatiale.

 

Philippe Baptiste : Et puis se poser aussi des questions en Européens sur le long terme, ce qu'on veut faire en autonomie sans se mentir, ni sur les coûts, ni sur les délais. Parce que c'est pas en claquant des doigts que dans deux ans on sera tout seuls sur la Lune en Européens. Ces choses se construisent dans la durée, ça coûte cher aussi. Il faut qu'on ait cette discussion-là, je pense, en Européens. C'est un des sujets qui sera abordé au sommet.

 

Thomas Pesquet : On peut se donner rendez-vous à ce sommet spatial qui va être un grand moment de l'année. J'ai hâte, on a beaucoup travaillé, que ce soit dans tes équipes ou partout ailleurs, pour faire en sorte que ça se passe très bien. Il y aura beaucoup de monde autour de la table, il y aura tous ces sujets qui vont être discutés et aussi des événements grand public pour essayer d'en faire quelque chose de constructif et d'intéressant pour tout le monde.

Donc on a hâte d’être au mois de septembre. 

 

Philippe Baptiste : Merci pour ta mobilisation.

 

Thomas Pesquet : Avec plaisir.

Une coopération indispensable pour le spatial

Le Sommet international sur l’espace réunira à Paris des représentants d’États, d’agences spatiales, d’organisations internationales, d’acteurs industriels et de la société civile afin de rassembler les acteurs du spatial et agir pour la planète.

Pour Thomas Pesquet, la coopération internationale a été déterminante dans le développement des capacités spatiales européennes et des services utilisés au quotidien : navigation, météo, observation de la Terre ou télécommunications.

« Il n'y a pas de domaine du spatial qui ne se prête pas à la coopération, que ce soit l'exploration ou l'observation de la Terre, ça marche toujours mieux ensemble et on va essayer de continuer à porter cette vision ». Thomas Pesquet
 

Philippe Baptiste rappelle que la France entretient des coopérations avec l’ensemble des grandes puissances spatiales, qu’il s’agisse des partenaires européens, des États-Unis, de l’Inde, du Japon, des Émirats arabes unis ou encore de la Chine. L’objectif du sommet est précisément de favoriser le dialogue entre tous les acteurs internationaux du spatial.
 

L’espace, un bien commun à partager

Thomas Pesquet rejette l’idée d’un « Far West » spatial et appelle à une utilisation concertée de cet environnement partagé.

Le développement rapide des acteurs privés du secteur spatial pose de nouvelles questions de gouvernance. Pour l’astronaute, la puissance publique doit conserver un rôle central dans la définition des grandes orientations, tandis que les entreprises privées contribuent par l’innovation et l’efficacité.

Philippe Baptiste souligne que la régulation ne vise pas à contraindre les acteurs, mais à permettre le partage d’un espace commun où se posent des enjeux concrets de fréquences, de navigation et de sécurité.
 

Observation de la Terre et enjeux climatiques

Aujourd'hui, les données spatiales sont essentielles pour :

  • suivre l’évolution du climat ;
  • améliorer la gestion des ressources naturelles ;
  • développer une agriculture plus raisonnée ;
  • anticiper et gérer les catastrophes naturelles.

Thomas Pesquet souligne que ces applications intéressent un nombre croissant de pays, y compris des États qui ne disposaient pas récemment de capacités spatiales importantes. Il évoque notamment le développement attendu des programmes spatiaux africains et la nécessité d’inclure davantage de pays dans les discussions internationales.

 

Un rendez-vous international majeur à Paris

Le Sommet international sur l'espace organisé à Paris les 9 et 10 septembre 2026, doit permettre d’aborder les grands défis du spatial contemporain : gouvernance, durabilité des activités spatiales, coopération scientifique, innovation industrielle et souveraineté européenne. Il sera un moment de dialogue et de construction collective. Le sommet comprendra également des événements ouverts au grand public (plus d'informations à venir).