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La Ministre

Cérémonie des vœux à la communauté de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

Voeux communauté ESRI 2020

À l'occasion de la présentation de ses vœux à la communauté, le mardi 21 janvier 2020, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et l'Innovation, a notamment annoncé que 120 millions d'euros seront consacrés à la revalorisation des carrières de la recherche en 2021 et que 9 millions d'euros supplémentaires seront investis pour soutenir le déploiement de la réforme des études en santé.

Discours - 1ère publication : 22.01.2020 - Mise à jour : 23.01.2020
Frédérique Vidal

SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Je suis très heureuse de vous retrouver en ce début d'année pour cette traditionnelle cérémonie de vœux parce qu'elle est l'occasion, avant même d'évoquer l'avenir, de réaffirmer l'unité de notre communauté, sans laquelle aucun projet n'est possible, aucune ambition n'est atteignable ni même envisageable.

Et s'il est un lieu qui appelle à célébrer l'unité dans le respect de la singularité de chacun, c'est sans aucun doute le Musée de l'Homme. Je voudrais donc remercier chaleureusement Bruno David et André Delpuech et l'ensemble des personnels de nous accueillir aujourd'hui dans ce « musée laboratoire » qui donne à voir une humanité indivisible et en même temps incroyablement diverse.


Je crois en effet que nous réunir ici, presque 2 ans après la publication de la loi ORE, quelques semaines avant la présentation au Parlement d'un projet de loi pour une programmation pluriannuelle de la recherche, fait particulièrement sens.


Car le Musée de l'Homme, c'est d'abord un miroir tendu sur notre histoire, notre évolution et notre devenir, une invitation à nous interroger sur ce que nous sommes et aspirons à être, en tant qu'espèce, en tant que société, en tant qu'individus, et à peser les conséquences anthropologiques et écologiques de nos choix.


Car ce Musée de l'Homme qui a profondément changé et que je vous invite tous à venir redécouvrir si ce n'est pas chose faite, c'est désormais le musée de l'homme dans son environnement, c'est, dans chaque salle, un rappel de notre appartenance au règne de la nature et une question, ouverte, sur notre capacité à vivre ensemble dans une planète aux ressources finies, à assurer notre survie en la protégeant de nos excès.


Enfin, le Musée de l'Homme c'est aussi, bien sûr, un foyer de résistance, qui avant même d'accueillir en juin 1940 l'un des premiers réseaux clandestins, battait en brèche les idéologies racistes de l'entre-deux-guerres par sa simple existence, par son projet scientifique, par la volonté de son fondateur, Paul Rivet, de démontrer l'unité du genre humain et l'égale dignité des cultures.


Car la science est un engagement, non pas malgré elle, non pas par accident, mais de par son essence-même qui est d'établir des faits, d'énoncer des vérités. Or, aujourd'hui comme hier, il est des vérités qui dérangent, qui menacent des croyances intimes, des entreprises idéologiques, ou, tout simplement, des habitudes si profondément ancrées qu'on les tient pour des acquis du progrès, des marqueurs de civilisation, quand elles ne sont, parfois, que des vestiges de notre ignorance. La connaissance est un obstacle pour ceux qui tentent de dresser les peuples les uns contre les autres en réactivant le concept de race, pour ceux qui nient le réchauffement climatique et l'effondrement de la biodiversité afin de préserver des intérêts ou des modes de vie condamnés ; en somme, la connaissance embarrasse tous ceux qui prétendent séparer, diviser, opposer, quand la science au contraire nous rassemble, en pensant les liens qui nous unissent aux autres et à la nature et en créant des îlots d'objectivité autour desquels se rassembler, débattre et avancer de concert.


En somme, si je tenais à ce que l'on se retrouve dans ce musée aujourd'hui, ce n'est pas simplement pour le sublime panorama qu'il nous offre sur Paris, mais pour l'horizon qu'il n'a jamais cessé de pointer, celui d'un monde commun, où il serait possible de mieux vivre ensemble parce que la science y aurait davantage son mot à dire.


Donner la parole à la science, c'est rendre le monde plus lisible sans céder à la tentation de la facilité, c'est démêler l'écheveau des énigmes de notre temps sans en réduire la complexité, en faisant l'effort de penser ensemble la santé de l'homme, de l'animal et de l'environnement, ou bien encore le réchauffement climatique, les migrations et le creusement des inégalités.

Donner la parole à la science, c'est rendre l'avenir plus désirable, en prenant les virages technologiques de l'intelligence artificielle, du quantique, de la génomique selon la courbe de nos valeurs et en faisant des défis numériques, énergétiques, agroécologiques, autant d'opportunités pour des transformations sociales comme économiques. C'est grâce à la science que tout ce qui aujourd'hui nous semble de l'ordre du renoncement, du recul, de la contrainte, nous apparaîtra demain comme un nouveau territoire d'expression offert à notre imagination, à notre désir d'entreprendre, à notre besoin d'engagement.


Donner la parole à la science, c'est rendre notre démocratie plus forte, en adoptant la démarche critique qui nous permettra de faire des choix responsables et d'agir en hommes et en femmes libres, en fondant notre projet commun sur des connaissances, plutôt que sur des préjugés ou de vaines promesses. Mais s'efforcer d'être lucides ne veut pas dire renoncer à notre part de rêve : la recherche a entraîné dans nos vies quotidiennes des changements que les imaginaires les plus féconds n'avaient pu anticiper.


En somme, là où les démagogues se vantent d'avoir trouvé le remède miracle à tous nos maux, là où les populistes excellent dans l'art de balayer les problèmes d'un revers de main et d'escamoter les faits, la science, elle, ne promet rien. Elle démontre, elle découvre, elle crée. Elle n'use pas des séductions faciles, elle ne bavarde pas, mais dans sa rigueur et sa sobriété, elle mûrit, patiemment, opiniâtrement, les plus grands espoirs de l'humanité.


Ce choix de la connaissance, c'est celui qui est au cœur de notre action commune depuis 2 ans et demi. Il sous-tend la loi relative à l'orientation et la réussite des étudiants comme le projet de loi de programmation pluriannuelle pour la recherche sur lequel nous travaillons ensemble depuis plusieurs mois. Ces deux textes, vous le savez, n'engagent pas seulement des réformes de l'enseignement supérieur et de la recherche : à eux deux, ils dessinent un modèle de société. C'est la raison pour laquelle ils sont portés par les mêmes ambitions, traversés par les mêmes convictions.


La première, c'est une confiance viscérale dans le potentiel de chacun. C'est cette certitude que le talent n'est pas un don offert à une poignée d'élus, mais une promesse que tout le monde porte et qui se révèle dans l'effort de connaître et le besoin de comprendre. Car finalement, remettre la science au cœur de la société, ça commence par-là, par un pari sur le génie humain, sur la créativité, sur notre capacité individuelle et collective à imaginer des solutions nouvelles et à aller plus loin.


Or il faut bien le dire, notre système d'enseignement supérieur et de recherche pouvait, par endroits, produire plus de découragement et de gâchis que d'épanouissement et de réussite. C'était le cas du passage du lycée vers l'enseignement supérieur et nous l'avons transformé. Grâce à Parcoursup, grâce à de nouvelles propositions d'accompagnement pédagogique dans le supérieur, comme les « Oui si », grâce à une mobilisation humaine sans précédent, nous avons créé des parcours d'orientation et d'affectation personnalisés, accompagnés, éclairés, qui ont redonné à nos jeunes confiance en eux et en l'enseignement supérieur et je souhaitais une fois de plus vous remercier chaleureusement et vous féliciter des premiers résultats que vous avez obtenus.


Au-delà, nous avons aussi réveillé une envie de formation chez nos concitoyens, qui étaient plus de 100 000 l'an dernier à se tourner vers la plateforme pour reprendre leurs études ou pour changer de métier. C'est pour répondre au mieux à ce plébiscite inattendu en faveur de la connaissance, là même où il s'est exprimé, que nous avons créé au sein de Parcoursup un espace dédié, ParcoursPlus, afin d'aider les candidats à s'orienter dans le paysage touffu de la formation professionnelle, avec un souci constant de personnalisation et d'information.

Cette volonté d'ouvrir le champ des possibles à nos étudiants, cette conviction que leur créativité et leur motivation les mèneraient plus loin que des voies toutes tracées, nous a également conduits à mettre fin au numerus clausus et à la PACES et plus généralement à réinventer le premier cycle. Avec la loi ORE et l'arrêté licence, nous avons commencé à faire du 1er cycle d'enseignement supérieur un espace ouvert aux profils les plus variés et aux parcours les plus singuliers, en favorisant les cursus hybrides, en modulant leur durée, en reconnaissant des modalités d'acquisition des compétences moins académiques, comme l'engagement associatif ou l'entrepreneuriat.

Aujourd'hui, avec la réforme des études de santé, nous poursuivons cette ambition d'ouverture et de diversification : grâce aux deux voies d'accès - le PASS et la L.AS - que nous avons créées, grâce au travail titanesque des universités pour les déployer un peu partout sur le territoire à la rentrée prochaine, les études de santé et au-delà, les professions médicales, vont accueillir de nouveaux profils, dotés de sensibilités disciplinaires différentes, ce qui va modifier en profondeur la manière de prodiguer et de recevoir des soins dans notre pays tout en élargissant considérablement l'horizon de nos étudiants.

Cette réforme, je le sais, mobilise beaucoup d'énergie et engage des moyens. Pour pouvoir poursuivre la dynamique et mieux accompagner les projets, nous avons décidé, avec Gérald Darmanin, de mobiliser 9 millions d'euros venus du Fonds pour la transformation de l'action publique pour soutenir au cours de l'année qui viendra la création et le déploiement de L.AS, sous la forme d'un appel à projet à la procédure aussi légère que possible, qui sera lancé dans les prochaines semaines.

Cette diversité des profils et des projets que j'évoquais à l'instant, c'est sur le terrain, dans les amphithéâtres et dans les laboratoires qu'il faut la chercher.

En effet, c'est là, sur le terrain, dans les universités, que la promesse de démocratisation de l'enseignement supérieur peut s'accomplir, que la réussite de chaque étudiant se construit pas à pas, grâce aux pédagogies innovantes développées par les enseignants-chercheurs et les enseignants au sein des établissements, grâce aux stratégies de formation bâties par les sites en pleine conscience de leur environnement socio-économique, grâce, aussi à l'accompagnement de proximité proposé par les Campus connectés, qui font le pari d'amener l'université à ceux qui en sont tenus éloignés par la distance géographique ou des mécanismes d'autocensure, pour leur permettre ensuite d'aller plus facilement au-devant de l'université, dans leur région ou ailleurs.

Car notre territoire de naissance n'est ni une matrice à vie ni une prison à fuir à tout prix : c'est un terrain d'expérimentation ouvert sur le monde, c'est un ensemble d'opportunités que nos universités et nos écoles contribuent, chaque jour, à révéler, en faisant de l'histoire d'un territoire, de sa topographie, de sa culture, de son économie les ferments de leur excellence académique et scientifique. Et c'est cette signature singulière, enracinée dans la vie locale, qui permet à nos établissements d'avoir quelque chose à apporter, d'unique, au projet de la nation, au projet européen, comme le montre leur contribution majeure aux premières universités européennes, et au-delà, à l'invention d'une mondialisation qui ne réduit pas le monde en arasant les différences.

Ensemble, grâce à l'engagement des établissements et des CROUS, nous avons aussi commencé à transformer l'enseignement supérieur, afin qu'il épouse davantage les projets des étudiants. Désormais, ceux-ci ne sont plus considérés comme une masse anonyme, mais comme une communauté de talents singuliers, originaux, capables de travailler en équipe et en synergie. Il nous faut les accompagner non seulement dans leur parcours de formation, grâce à des contrats de réussite pédagogique, mais aussi dans leur vie étudiante, en facilitant leur accès au logement, aux soins, au sport et à la culture, en s'appuyant sur de nouveaux outils comme la CVEC ou la garantie VISALE, en les aidant à se projeter avec confiance dans l'avenir, car c'est dans la confiance en l'avenir que nait l'optimisme qui pousse à se dépasser.

Favoriser la réussite, reconnaître l'engagement, donner sa chance à l'audace, sont autant de préoccupations au cœur de la loi de programmation pluriannuelle pour la recherche. Là aussi, il nous faut regarder notre système bien en face pour en admettre les limites. Embrasser une carrière scientifique est parfois devenu synonyme de plus de renoncements que d'opportunités, parce que les recrutements se font tard parfois après de longues années d'études et de précarité, pour un salaire parfois inférieur à celui d'autres agents publics, recrutés bien plus tôt et à des niveaux de qualification parfois tout autres.

La L.P.P.R. doit nous permettre de donner un coup d'arrêt à ce lent décrochage des métiers de la recherche, à l'œuvre depuis 30 ans. Un pays qui paye mal ceux qui sont au service de la création des connaissances et de leur diffusion et qui les recrute à l'issue d'un parcours parfois interminable, c'est un pays qui passe à côté de son avenir.

Ces questions sont sur la table. Nous y travaillons depuis des mois, avec les groupes de travail de la LPPR, avec les organisations syndicales, avec les universités et les organismes, au travers de réunions, d'auditions, de vos contributions, pour apporter de vraies réponses et changer les choses.

Et de premières décisions ont été prises par le Gouvernement.

C'est pourquoi, sur l'un des sujets les plus prégnants, celui des jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs, j'annoncerai dès demain aux organisations syndicales et aux conférences d'établissement que je vais prendre les mesures garantissant que, dès 2021, tout chargé de recherche et tout maître de conférences soit désormais recruté à hauteur d'au moins 2 SMIC, contre 1,3 à 1,4 SMIC aujourd'hui. J'en prends l'engagement devant vous ce soir.

Certains, je le sais, s'étonneront sans doute que l'on puisse prendre comme référence le salaire minimum, même pour le doubler. Et ils auront raison : la situation actuelle d'entrée dans les carrières est une réalité qui ne peut pas être satisfaisante.

C'est bien pour cela que nous allons consacrer 26 millions d'euros en 2021 à cette remise à niveau des débuts de carrière, pour en finir une bonne fois pour toutes. Cela représente, en moyenne, pour les nouveaux maîtres de conférences qui seront recrutés l'année prochaine, un gain de 2600 à 2800 euros bruts sur un an.

Mais nous ne nous contenterons pas de donner la priorité aux jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs et à leurs conditions d'entrée dans les carrières. C'est une revalorisation d'ensemble qui va s'engager avec la L.P.P.R., qui doit nous permettre d'apporter des réponses durables à la question de l'attractivité des métiers et des carrières de la recherche comme de l'enseignement supérieur.

Chacun le sait bien, l'argent n'est pas la première motivation des personnels de l'ESR. Mais à force de raisonner ainsi, nous avons laissé se creuser un fossé croissant entre les rémunérations des carrières de l'enseignement et de la recherche et celles de toutes les autres.

Plus grave encore, la faiblesse, pour ne pas dire la quasi inexistence pour les chercheurs et enseignants-chercheurs du régime indemnitaire nous ont rendus incapables de reconnaître la diversité des missions exercées tout au long d'une carrière et nous savons tous à quel point les engagements sont diversifiés. D'une université à l'autre, d'un organisme à l'autre, les mêmes missions, les mêmes fonctions donnent ou ne donnent pas lieu au versement d'une prime, dont le montant peut varier du tout au tout. La recherche est un travail d'équipe. Chacun quelle que soit sa mission, quelle que soit sa fonction, doit pouvoir être fier de contribuer à la création de la connaissance et à sa diffusion et en retour doit bénéficier de la considération qui lui est due de la part de la société. Car chacun est au service de ce qui permet depuis toujours à l'humanité de vaincre les défis et c'est cela qui donne un sens profond à nos métiers.

Là encore, il ne s'agit pas de tout uniformiser et de plaquer des solutions toutes faites ou de bousculer ce qui fonctionne. Mais il est indispensable d'harmoniser et de repenser les outils permettant la reconnaissance que nous devons collectivement aux enseignants-chercheurs et chercheurs, aux ingénieurs et aux techniciens, à tout le personnel support et soutien de nos établissements. Dès demain, je proposerai là aussi aux organisations syndicales et aux conférences d'établissements de travailler avec moi pour construire des dispositifs indemnitaires solides, qui reconnaîtront la diversité des missions et des activités.

Dès 2021, ce sont 92 millions d'euros qui seront consacrés à cette revalorisation indemnitaire et qui permettront également de garantir que les jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs recrutés au cours des dernières années ne seront pas perdants.
Nous ne nous arrêterons pas là. Les questions des personnels de soutien à la recherche, du contrat doctoral, du statut des post-doctorants, de l'âge de recrutement méritent également d'être posées, tout comme celle de la création de nouvelles voies de recrutement. Ici et là, certains s'interrogent sur les projets du Gouvernement, annoncent la disparition des maîtres de conférence et montent en épingle tout et rien à la fois.

Là encore, je veux être très claire sur ce sujet : oui, la question de la création de nouvelles voies de recrutement se pose. Elles existent à l'étranger, elles sont attractives et de jeunes ingénieurs, de jeunes chercheurs formés en France les choisissent, parce qu'elles leur permettent d'emblée de savoir à quelles conditions ils pourront contribuer à la vie des laboratoires ou devenir professeurs des universités. Alors pourquoi s'en priver ?

Mais ces nouvelles voies, elles ne sont pas là pour prendre la place des autres, et l'idée même qu'on puisse imaginer se passer de nos maîtres de conférences est à mes yeux invraisemblables. Ces nouvelles voies doivent venir en plus et offrir des occasions en plus dans des disciplines et pour des profils pour lesquelles elles font sens. Et il va de soi qu'elles ne peuvent se concevoir sans une forme de stabilité. Sinon, ce serait rajouter de la précarité à la précarité. Cela n'aurait pas de sens.

Mon objectif est très simple : aujourd'hui, par exemple, un jeune chercheur qui prend son premier poste stable est passé par dix années environ de période intermédiaire, sans savoir de quoi son avenir serait fait. Il a enchainé les post-doctorats après sa thèse. Il a travaillé dans des laboratoires de plusieurs pays.

Mon souhait, c'est qu'il puisse désormais savoir, depuis le début, où il va. C'est qu'il sache qu'il pourra, s'il le souhaite et s'il va au bout de son ambition scientifique, poursuivre ses travaux en France, et ce, dans des conditions qui permettent d'échapper à la succession de contrats courts qui fait, hélas, le lot commun des entrées dans la carrière en France aujourd'hui. Mon souhait, c'est qu'il constate dès le début de sa carrière qu'il trouvera en France les mêmes opportunités que celle qu'il pourrait saisir en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.

Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, nous sommes très loin des rumeurs extravagantes qui circulent au sujet de la L.P.P.R.. Face à ces rumeurs, je n'ai qu'une réponse : la L.P.P.R., c'est ceux qui en savent le moins qui en parlent le plus. Cette loi, nous sommes en train de l'écrire et elle se bâtira dans la concertation et l'échange, elle se bâtit à l'écoute de ce qu'est la réalité des métiers de la recherche et elle n'a qu'une ambition : être au service du rayonnement de la recherche française dans sa richesse et sa diversité.

En revanche, j'assume que cette loi fasse évoluer les choses, car je le crois nécessaire. J'en suis convaincue : le taux de succès à l'A.N.R. ne produit pas moins de découragement et de gâchis que le tirage au sort d'APB ou que l'entonnoir de la PACES. Et je le dis très clairement : nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une situation où des communautés ont le sentiment que leur discipline, leur laboratoire ou leur recherche ne parviennent pas à accéder aux financements ou pire encore considèrent que la nature même des outils de financement les exclut et qu'ils ne sont pas pensés pour eux. Au cœur de la LPPR, comme l'a rappelé le Président de la République, il doit y avoir la diversité des disciplines, qui n'ont pas les mêmes besoins et les mêmes habitudes et auxquelles nous ne pouvons pas toujours apporter des réponses identiques.

L'enjeu, ce n'est pas de hiérarchiser entre ces habitudes et ces besoins. Ce n'est pas de faire un quelconque tri entre les disciplines. Ce n'est pas de relancer les vieux débats, "universités versus organismes", "écoles versus universités", "financement récurrent versus financement sur projet".

Le seul enjeu, le véritable enjeu, c'est de remettre des moyens, beaucoup de moyens même, dans notre système de recherche qui en manque tant. C'est cela, la L.P.P.R. : c'est le début d'un cycle de réinvestissement historique, d'un réinvestissement qui a vocation à irriguer l'ensemble du tissu scientifique, l'ensemble des disciplines et des thématiques, sans exclusive.

L'objectif, ça n'est pas, comme je l'entends dire de façon caricaturale, de façon si éloignée de la capacité de réflexion et de débat qui caractérise notre communauté, d'arroser là où c'est déjà largement mouillé, mais bien de permettre à tous ceux qui poussent leur recherche, mû par l'exigence intellectuelle et qui, pour telle ou telle raison, ne parviennent plus à la financer, d'accéder enfin aux financements par des voies diverses où chacun trouvera son compte

Car c'est là la deuxième conviction portée par la loi ORE et par le projet de L.P.P.R. : un pari résolu sur la diversité, sur l'ouverture, sur le décloisonnement car une société qui donne le choix et se donne le choix, une société qui reconnaît la pluralité des talents et des points de vue, est non seulement une société plus juste, mais une société plus créative. L'innovation n'a pas de plus grand ennemi que la standardisation, la reproduction du même, l'entre-soi. La connaissance n'a pas de plus grand ennemi que ceux qui prétendent tout savoir de façon définitive.

La diversité, l'ouverture, le décloisonnement sont au cœur de nos politiques de site : celles-ci ont trouvé un nouveau souffle avec l'ordonnance sur les regroupements et elles sont également au cœur des travaux sur la L.P.P.R.. Universités, écoles, organismes : nous avons aujourd'hui les moyens de démontrer que cette organisation tripartite de l'E.S.R. si propre à la France, si souvent décriée, peut devenir notre plus grande force, pourvu qu'on la laisse respirer, pourvu qu'elle se concentre sur l'intérêt général et sache tirer de son pluralisme culturel de quoi le servir au mieux.

Car le territoire, c'est aussi, par excellence, le point de jonction entre la science et la société. C'est dans nos sites universitaires que nos politiques d'innovation peuvent véritablement prendre corps et décoller, parce que c'est là que sont les talents et les idées. Des idées qui peuvent donner à l'innovation une dimension qu'aucune stratégie purement économique ou industrielle ne pourra jamais lui donner parce qu'elles sont issues d'une quête désintéressée de connaissance. Pour autant, la présence sur un même campus au sens large d'universités, de laboratoires, de startup, de P.M.E., d'incubateurs, d'accélérateurs et de fonds d'investissements ne saurait suffire : pour que l'étincelle prenne, il faut aussi créer les conditions de la confiance et de la rencontre, car c'est bien de cela que vit l'innovation, de confiance et de rencontre entre des univers qui sont différents, dans leurs priorités et leurs pratiques, et qui doivent le rester, parce que cette différence est source de créativité. En donnant aux chercheurs la possibilité d'avoir un pied dans leur laboratoire public et un autre dans l' entreprise, la loi PACTE a créé de nouvelles passerelles entre les deux mondes.

La L.P.P.R. est aussi l'occasion d'aller plus loin, de faire tomber d'autres barrières, ces barrières administratives, juridiques, culturelles qui ralentissent nos processus de contractualisation, qui alourdissent notre gestion de la propriété intellectuelle, qui complexifient l'articulation de nos dispositifs de valorisation au sein des sites, qui autorisent certains à prétendre définir ce qu'est la recherche, au détriment des aspirations et des pratiques de certains de leurs collègues. L'innovation, c'est bien sûr une façon de traduire des résultats de recherche en services, en produits, en procédés, et s'il est une langue de traduction à privilégier pour faciliter ce passage du laboratoire à la société, c'est celle de la simplification. Mais l'innovation c'est aussi la capacité à appréhender le monde avec le point de vue de l'autre.

Sur ce sujet, comme sur tant d'autres, je vous fais confiance, à vous qui êtes sur le terrain, pour trouver les modalités d'organisation les plus en phase avec les forces de votre territoire et pour reconnaitre, là encore, les multiples façons de servir la production et la diffusion des connaissances.

En un mot, je sais pouvoir compter sur les universités pour prendre la pleine mesure de leur autonomie, pour déployer toute leur force de proposition et d'initiative dans un cadre que j'ai souhaité renouveler en profondeur au travers du dialogue stratégique et de gestion. Ce mode de relation entre l'Etat et ses opérateurs est un exercice nouveau, et chacun a encore du chemin à parcourir pour se l'approprier et pour adopter la bonne posture. Pour les deux parties, le dialogue stratégique et de gestion est en effet une invitation à prendre de la hauteur : s'il s'agit pour l'Etat d'exercer sa tutelle autrement, de desserrer l'étau des normes et des contraintes administratives, de privilégier l'évaluation a posteriori sur le contrôle a priori, les établissements ont, quant à eux, à investir les marges de manœuvre ainsi libérées pour innover, pour bâtir leur stratégie, pour participer à l'essor de leur territoire.


Je sais aussi pouvoir compter sur les organismes de recherche pour cultiver ce don d'ubiquité qui leur est si particulier et qui leur permet tout à la fois de porter des ambitions pour l'ensemble du pays comme ils le font lorsqu'ils coordonnent des programmes prioritaires de recherche, et d'être pleinement acteurs d'une politique de site qui les conduit à parler d'égal à égal avec les universités.

Enfin, je sais également pouvoir compter sur les administrations pour accompagner les universités dans ces nouvelles responsabilités et pour y intéresser l'ensemble des acteurs locaux - organismes, collectivités, partenaires socio-économiques. Si j'ai souhaité confier aux recteurs de régions académiques la conduite du dialogue stratégique et de gestion en réservant à l'Etat les derniers arbitrages, ce n'est pas simplement parce que sa généralisation nécessitait de déconcentrer l'exercice, c'est parce que cela fait véritablement sens : c'est là, sur le terrain, que nos recteurs doivent demain pouvoir accompagner chaque jour nos universités. Et ils le feront d'autant plus efficacement, en lien direct avec la D.G.E.S.I.P. et la D.G.R.I., qu'ils seront épaulés par les D.R.R.T., désormais placés à leurs côtés, et par les 7 recteurs délégués, dont la nomination est désormais imminente.

C'est cette confiance en vous, en votre engagement, qui me permet d'aborder l'année qui débute avec sérénité et résolution. Quelles que soient vos fonctions, je sais que vous les exercez avec cœur, car les métiers de l'enseignement et de la recherche sont de ceux qui engagent le meilleur de nous-mêmes, cette part de soi qui a gardé intacte sa curiosité d'enfant, cette part de soi qui croit en l'avenir et en l'autre, parce que frayer avec le savoir, c'est aussi faire des réserves d'optimisme pour les jours de doute.

Ce que je vous souhaite, c'est une année placée sous cette belle devise que nous devons à Marie Curie : "Rien n'est à craindre. Tout est à comprendre."

Très bonne année à tous !

1ère publication : 22.01.2020 - Mise à jour : 23.01.2020
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