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Cérémonie de remise des diplômes de doctorat à l'Université Pierre et Marie-Curie

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Remise des diplômes de doctorat à l'Université Pierre et Mar

A l’occasion de la remise des diplômes des doctorants de l’Université Pierre-et- Marie Curie (UPCM), Valérie Pécresse a indiqué que  les 22 Mds € du plan d’investissements d’avenir leur garantiront un environnement exceptionnel pour leur travaux dans les laboratoires français.

Discours - 1ère publication : 19.06.2010 - Mise à jour : 21.06.0010
Valérie Pécresse

Mes premiers mots iront, comme il se doit, à ceux qui sont aujourd’hui à l’honneur, à ces nouveaux docteurs qui, après huit années d’études supérieures, dont trois passées à vivre pour leur thèse, deviennent aujourd’hui des scientifiques pleinement reconnus. Et ces mots sont très simples : félicitations à vous tous.

J’imagine sans peine, Mesdames et Messieurs les docteurs, que le jour de votre soutenance fut un moment d’intense soulagement. Jusqu’à la dernière minute, bien sûr, la tension a été extrême. Mais à l’instant même où le jury en finissait avec ses questions, vous avez du être envahi si ce n’est par un sentiment de plénitude, du moins par un début de commencement de tranquillité. Enfin, la barre était franchie...

Aujourd’hui, votre soutenance est derrière vous. Vous êtes désormais très officiellement docteurs. Bref, vous voici à présent pleinement disponibles pour éprouver un autre sentiment : la fierté.

Et d’abord la fierté d’être arrivé enfin au bout d’un parcours non seulement long et difficile, mais aussi extrêmement sélectif. Chaque année, 11 000 doctorats à peine sont délivrés, un chiffre à comparer aux 650 000 jeunes qui souhaitent tous les ans s’inscrire dans une filière d’enseignement supérieur.

Notre pays a développé une telle mythologie autour des concours qu’il en oublie parfois que la porte la plus étroite n’est pas celle des grandes écoles les plus prestigieuses, mais bien celle de l’Université, au sein de laquelle vos pairs vous accueillent aujourd’hui.

Alors oui, vous avez toutes les raisons d’être fiers, fiers d’avoir mené à bien votre thèse, fiers d’avoir franchi une à une les étapes qui ont fait des étudiants que vous étiez d’excellents scientifiques, capables de construire et conduire de vrais projets de recherche, avec toute l’audace, toute l’imagination et toute la rigueur que cela suppose. 

Bien sûr, vous avez été accompagnés sur ce chemin : par votre directeur ou votre directrice de thèse, tout d’abord, dont chacun connaît le rôle crucial dans la maturation progressive d’un projet scientifique abouti ; mais aussi par tous les professeurs et les chercheurs qui, tout au long de vos études, ont été pour des exemples à suivre.  Puissent-ils tous en être remerciés !

Car à l’origine d’une vocation scientifique, il est rare qu’il n’y ait pas une rencontre : une rencontre avec une discipline, bien sûr, et vous avez choisi la vôtre avec passion ; mais aussi une rencontre avec l’un de ces maîtres exceptionnels qui, comme Françoise Barré-Sinoussi, la marraine de votre promotion, ont le don d’attirer vers leur domaine de recherche chacun ou presque des étudiants et des jeunes scientifiques qui les rencontrent.

Et c’est pourquoi, Mesdames et Messieurs les docteurs, à travers vous, c’est toute l’Université française qui est aujourd’hui à l’honneur, une université qui est elle-même fière de vous accueillir et de vous décerner le grade de docteur.

* * *

Et pour ma part, je vois dans cette cérémonie un très beau symbole : celui d’une université qui n’hésite plus à porter haut ses couleurs et à s’affirmer comme le lieu où se construit l’excellence scientifique et intellectuelle de notre pays.

Car c’est cela, la nouvelle université que nous bâtissons ensemble depuis trois ans : une université décomplexée et fière d’elle-même, ouverte sur la société, ouverte sur les territoires et qui rayonne partout autour d’elle.

Vous en êtes aujourd’hui les premiers témoins, car avec votre doctorat en poche, vous verrez s’ouvrir devant vous bien des portes : celles de l’université et de la recherche publique, bien sûr, mais aussi celle des entreprises, qui sont de plus en plus nombreuses à recruter de jeunes docteurs.

Il a fallu du temps, il est vrai, pour que cette rencontre se produise. Parce qu’elles ignoraient trop souvent ce que pouvait leur apporter la recherche, les entreprises voyaient dans le doctorat un diplôme respectable, mais sans véritable dimension professionnelle. Et en retour, les doctorants et les docteurs eux-mêmes hésitaient bien souvent à se tourner vers les recruteurs privés.

Les mentalités ont à présent changé : les conventions industrielles de formation par la recherche (CIFRE) avaient ouvert la voie et commencé à changer les habitudes, stimulant ainsi le développement de la recherche privée et, avec elle, le recrutement de jeunes docteurs.

Désormais, nous sommes passés à la vitesse supérieure : avec les doctorants-conseil en entreprise, tout d’abord, qui ont fait comprendre aux recruteurs tout ce qu’ils pouvaient attendre de jeunes esprits brillants formés par la recherche ; avec le crédit impôt recherche, ensuite, dont l’un des objectifs principaux est d’inciter au recrutement de jeunes docteurs : leurs salaires comptent en effet double dans ce dispositif.

Je dis bien l’un des objectifs principaux : car la question de l’avenir professionnel des docteurs n’est pas une question parmi d’autres. C’est l’une des pierres de touche de la réforme des universités.

Car notre but, c’est de remettre nos universités à leur juste place, c’est-à-dire au centre de la société française. Et ce but, nous ne l’atteindrons pas sans offrir au doctorat la reconnaissance sociale pleine et entière qu’il mérite.

Car le doctorat n’est pas un diplôme parmi d’autres, qui viendrait prendre place au milieu d’un éventail où l’on trouve les licences, les masters et les diplômes délivrés par les grandes écoles.

Non, le doctorat, c’est beaucoup plus : c’est le signe d’une aptitude intellectuelle démontrée à la recherche, c’est le signe d’une culture scientifique achevée, c’est le signe d’une parfaite autonomie intellectuelle et d’une capacité remarquable à poser et à résoudre les problèmes.
Et c’est aussi en lui-même une première expérience professionnelle : c’est pourquoi j’ai créé le contrat doctoral, qui est un vrai contrat de travail, avec des garanties sociales et une rémunération minimale assurée. Les années de thèse sont du même coup prises en compte dans l’ancienneté des chercheurs et enseignants-chercheurs du public.

Aucun autre diplôme ne sanctionne des études aussi approfondies : aussi était-il paradoxal que ce titre ne soit pas devenu en France un sésame pour toutes les carrières, universitaire ou non, scientifiques ou non. Car chacun de nous le sait, il en va tout autrement à l’étranger, où le doctorat est la voie royale qui mène aux plus belles carrières et où les anciens thésards affichent avec fierté leur titre de docteur.

Eh bien, notre objectif, c’est qu’il jouisse de la même reconnaissance en France. Et vous l’avez souligné, Monsieur le Président, nous avons franchi un cap sur ce chemin : avec 1,4 % de taux de chômage pour les docteurs de l’université Pierre et Marie Curie, nous ne devons pas être loin d’un record absolu !

Et il faut que cela se sache, car cette information, j’en suis certaine, achèverait de convaincre tous ceux qui, aujourd’hui, hésitent encore à se lancer dans une thèse : oui, les docteurs sont taillés pour la vie professionnelle, qu’il s’agisse de s’engager dans une carrière de chercheur ou d’enseignant-chercheur, bien sûr, ou de saisir  toutes les autres opportunités que les entreprises et les pouvoirs publics eux-mêmes sont de plus en plus nombreux à leur offrir.

* * *

Et elles seront nombreuses, Mesdames et Messieurs les docteurs, car ce titre prestigieux, vous le décrochez au moment même où la France investit comme elle ne l’a jamais fait dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Je pense bien sûr au plan d’investissements d’avenir et aux 22 milliards d’euros qui viendront financer les projets scientifiques les plus novateurs et les plus ambitieux. Et je n’ai aucun doute, nombreux, très nombreux même seront les jeunes docteurs de l’université Pierre-et-Marie-Curie auxquels ces projets offriront des perspectives uniques.

Et à travers vous, je veux le dire à tous les jeunes chercheurs qui s’engagent dans une thèse ou font aujourd’hui un post-doc : ce plan d’investissements d’avenir, il est tourné vers vous et ces 22 milliards sont là pour vous garantir que vous trouverez demain dans les laboratoires français un environnement exceptionnel pour vos travaux.

Car les investissements d’avenir, ce sont non seulement de nouveaux équipements pour nos laboratoires, mais c’est aussi l’occasion d’être partie prenante dans des projets scientifiques de tout premier plan. Ce sont de nouveaux horizons ouverts à l’ensemble de nos chercheurs.

Mieux que quiconque, vous savez que nos universités et nos organismes comptent dans leur rang un nombre considérable de scientifiques dont le talent est partout reconnu dans le monde. J’en veux pour preuve la place de l’université Pierre-et-Marie-Curie dans le classement de Shanghai.

Eh bien, ces talents vont avoir l’occasion de s’exprimer pleinement et de le faire dans les meilleures conditions, scientifiques tout autant que matérielles. Car le plan d’investissements d’avenir vient s’ajouter aux 5 milliards d’euros que nous consacrons à l’Opération Campus, qui permettra de mettre nos universités au niveau des standards internationaux en la matière.

C’est donc un effort inédit que nous avons engagé depuis trois ans en faveur de notre enseignement supérieur et notre recherche, un effort qui s’ajoute à l’augmentation du budget de nos universités et aux opérations que l’Etat finance par ailleurs.

La rénovation de Jussieu en est un excellent exemple : ce chantier titanesque de 1,6 milliard d’euros, intégralement financé par l’Etat, est désormais bien avancé, puisque la moitié du campus qui a été à présent rénové et rendue aux chercheurs, aux professeurs et aux étudiants.

Nous l’avons inauguré ensemble il y a quelques semaines, Monsieur le Président, et chacun, s’accorde depuis à la reconnaître : l’université Pierre-et-Marie-Curie bénéficiera bientôt à Jussieu d’un campus digne d’elle !

Aussi suis-je confiante : nous parviendrons bientôt à signer un accord de dévolution du patrimoine immobilier, une fois le schéma directeur de Paris-6 adopté, ce qui, j’ai bon espoir, pourrait arriver dans les semaines qui viennent.

L’université Pierre-et-Marie-Curie aura alors toutes les cartes en main pour rayonner pleinement au sein du nouveau pôle de recherche et d’enseignement supérieur qui l’unit à Paris 2 et à Paris 4 et dont je viens de signer le décret d’approbation des statuts.

Et je tiens à saluer comme il se doit ce nouveau « mariage », si vous me passez l’expression, entre trois fleurons du droit, des humanités et des sciences que l’on dit plus dures. La création de ce nouveau PRES est une excellente nouvelle : elle permettra à ces trois universités de conduire ensemble de nouveaux projets et de rayonner plus fortement encore.

* * *

Vous le voyez, Mesdames et Messieurs les docteurs, l’enseignement supérieur et la recherche de notre pays changent. Partout, les forces se coordonnent et se rassemblent, partout les projets fleurissent et les rénovations s’accélèrent.

Avec l’autonomie des universités, avec la réforme de la recherche, avec l’Opération campus et grâce aux 22 milliards d’investissements d’avenir, c’est bel et bien un nouvel âge d’or qui commence pour la science française : je sais que vous y tiendrez toute votre place.

Toutes mes félicitations encore.

1ère publication : 19.06.2010 - Mise à jour : 21.06.0010

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