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Créer un forum politique international sur l'exploration spatiale

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À l’occasion de la 2ème conférence internationale sur l’exploration spatiale, Valérie Pécresse a souligné la nécessité pour l’Europe de s’intégrer dans un projet mondial d’exploration du système solaire. Elle a ainsi appelé à la création d’un forum politique international afin de définir les lignes directrices d’un programme mondial. Ce forum permettrait de notamment d’identifier les objectifs scientifiques et d’établir une cartographie actualisée des compétences apportées individuellement par chacun des Etats-partenaires.

Discours - 1ère publication : 21.10.2010 - Mise à jour : 28.04.0011
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse de vous retrouver ici, à Bruxelles, fidèles à un rendez-vous régulier dont le principe avait été fixé, il y a un peu plus de deux ans, sous une latitude très différente, au sein du Port spatial de l’Europe, à Kourou.

Je tiens à remercier tout particulièrement la Présidence belge de l’Union européenne qui, après la République tchèque l’an dernier, nous accueille aujourd’hui.

La conférence de Bruxelles intervient à un moment particulier pour l’Europe. L’an dernier à Prague, c’est en quelque sorte une Europe à plusieurs visages qui avait proposé de lancer ce processus qui nous rassemble de nouveau à Bruxelles. Mais nous nous retrouvons aujourd’hui  dans un contexte profondément renouvelé qui, je l’espère, favorisera encore davantage la mise en place d’un programme mondial sur l’exploration spatiale que nous appelons de nos vœux.


L’émergence de l’Union européenne comme acteur de la politique spatiale européenne

Ce nouveau contexte est avant tout le résultat de l’émergence d’un nouvel acteur, un acteur politique, l’Union européenne, dotée depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne le 1er décembre dernier d’une compétence claire et affirmée en matière spatiale. Je dirais même une compétence nouvelle pour l’Union européenne, revendiquée pendant les travaux préparatoires du traité par tous les Etats membres.

Cette nouvelle compétence de l’Union européenne signifie bien évidemment une nouvelle organisation du travail commun des Européens pour les sujets spatiaux. C’est ce que viennent de décider nos chefs d’Etat et de gouvernement en décidant de la création d’une nouvelle formation du Conseil des ministres de l’Union européenne, dédiée à l’Espace.

Une nouvelle étape devra être franchie l’année prochaine, en redéfinissant et en renforçant  les liens qui unissent l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne, à travers une révision de l’accord-cadre en vigueur.

La mise en place de cette nouvelle compétence partagée en matière spatiale n’est pas seulement une bonne nouvelle pour les Européens, je crois sincèrement que c’est aussi un facteur supplémentaire de succès pour l’entreprise qui nous rassemble aujourd’hui.

Un programme mondial : un processus politique

L’ambition spatiale de tous les pays du monde est en effet née d’une volonté politique. Certes l’espace est un lieu de collaboration scientifique et technique, mais sans une vision partagée par quelques décideurs, aucune politique spatiale n’est réellement possible sur le long terme.


Le processus collectif qui nous rassemble aujourd’hui doit précisément pouvoir se nourrir de la vision politique de ceux qui y prendront part.

L’Union européenne, en s’appuyant sur ses Etats-membres, avec le concours de l’ESA naturellement, dispose aujourd’hui d’une nouvelle légitimité pour conduire l’Europe dans un programme mondial sur l’exploration.  Elle s’organise pour relever, avec d’autres, un défi qui ne peut s’envisager que dans le cadre d’une entreprise mondiale.

Une coopération fondée sur l’interdépendance

Pour que cette ambition soit réellement partagée au plan mondial, il nous faudra sans cesse veiller au respect de deux grands principes.

Le premier de ces principes, c’est qu’un programme mondial devra se réaliser sans exclusivité ni appropriation du projet par une nation ou une autre. Ce que nous souhaitons organiser,  c’est une coopération respectueuse de chacun, une coopération qui réserve à chaque pays une place témoignant de ses capacités, de ses moyens et de ses  priorités.

Le second principe est lié à la sensibilité même du secteur spatial, si proche des souverainetés et des identités de nos nations.  Il faut que nous trouvions les ressorts qui nous permettront d’aller au-delà de crispations naturelles quand il s’agit pour nos gouvernements de mettre en commun des connaissances, des technologies et des moyens sur des sujets aussi stratégiques.

Nous ne pourrons progresser que si nous parvenons à créer un lien de confiance mutuelle entre les partenaires d’un programme mondial, une confiance instaurée au travers de  liens de dépendance entre partenaires, de liens d’interdépendance. Ce second principe est à la source même de la construction européenne, quand six pays ont décidé, il y a 60 ans de mettre en commun leur production de charbon et d’acier. Ce principe a fait l’Europe, demain il nous permettra de construire une ambition spatiale mondiale.

Il me semble d’ailleurs que cette notion de nécessaire interdépendance entre partenaires progresse parmi toutes les nations spatiales. Je l’ai constaté à l’occasion des rencontres que j’ai pu avoir ces derniers mois avec mes homologues, que ce soit en Russie, au Japon, en Inde ou plus récemment encore aux Etats-Unis où je me suis rendue en juin dernier.

Mes discussions avec l’Administrateur général de la NASA, Charles Bolden, m’ont convaincue que les Etats-Unis partageaient désormais cette position. Les conclusions du rapport Augustine et les déclarations du Président OBAMA vont dans la même direction.

Les conditions me semblent donc réunies pour définir ensemble les modalités de notre coopération.

C’est tout l’enjeu de cette conférence, et je voudrais avancer quelques propositions concrètes.

Créer un Forum politique international sur l’exploration spatiale

En premier lieu, la France appuie la proposition d’établir dans les plus brefs délais un Forum politique international sur l’exploration spatiale. C’est aujourd’hui, à mon sens, le chainon maquant entre nos pays dans ce domaine.

Dans l’Europe du traité de Lisbonne, comme je l’ai dit tout à l’heure, il revient incontestablement à l’Union européenne d’incarner le visage politique de l’Europe sur la scène internationale.

A ce titre, il me semble que c’est à la Commission de prendre l’initiative et de proposer un schéma pour l’établissement d’un tel forum à nos partenaires. Il me semble que pour cela, vous pourriez, dans un premier temps, établir un groupe de personnalités qualifiées, issues aussi bien du secteur spatial que des relations internationales. Sur la base de consultations auprès de nos partenaires par ces "sherpas de l’exploration", dont le nombre ne devra pas dépasser 4 ou 5, vous pourriez alors présenter des propositions concrètes au Parlement européen et au Conseil dans les mois qui viennent.

Ainsi, dans un second temps, ce forum favorisera une vision partagée et une gouvernance clarifiée de cette entreprise mondiale.

Ce Forum devra définir, en s’appuyant sur les recommandations des experts scientifiques, définir les lignes directrices d’un programme mondial, en identifier les objectifs scientifiques et établir une cartographie actualisée des compétences apportées individuellement par chacun des partenaires.

Dans ce contexte, et c’est le thème de cette première session, je souhaite rappeler que tout programme d'exploration nécessite avant tout des avancées technologiques importantes.

Ce constat, comme vous le savez, les Etats-Unis viennent de le rappeler. L'Europe, de son côté, a développé, en l'espace d'une quarantaine d'années, de nombreuses capacités qui seront autant d'atouts pour ce programme mondial d'exploration.

La première, qui conditionne toutes les autres, est l’accès à l’espace : l’Europe a développé le lanceur Ariane, dont elle prépare la future version Ariane 5 ME.  Alors oui, il nous faut une véritable politique du transport spatial, soutenue par les 3 acteurs de l'Europe spatiale que sont les Etats-membres, l'ESA et l'Union européenne

Elle a aussi réalisé avec succès de nombreuses missions d’exploration automatique du système solaire et démontré sa maîtrise des techniques de rendez-vous automatiques en orbite et des techniques de rentrée depuis l’orbite.

Elle a également participé à la réalisation du module habité Spacelab. L’Europe a aussi conçu le laboratoire Columbus et l’ATV et des astronautes européens ont séjourné sur la station MIR et sur la Station spatiale internationale et ont volé sur la navette spatiale américaine.

D’autres technologies sont encore à acquérir, par exemple la capacité d’atterrir avec précision et sécurité sur un corps extra terrestre, et d’en repartir. Nous devons élaborer en conséquence un programme de recherche et développement incluant des missions spatiales de démonstration permettant de valider les composantes critiques de ces technologies.

Le groupe de travail piloté par Frank De Winne a identifié plusieurs technologies clés nécessaires à un programme mondial. Elles seront mentionnées au cours de cette table-ronde.

Je souhaite rappeler que nombre d'entre elles ont des applications sur Terre dans des domaines variés comme la gestion de l'énergie, des ressources et des déchets, la santé, ou encore l’automatique et la robotique.

En effet si l’exploration s’inscrit nécessairement dans le temps long, elle offre aussi, à court et moyen termes, des bénéfices réels pour la vie de nos concitoyens sur Terre.

A partir d’un travail de cartographie des technologies existantes ou à développer, travail qui s’appuiera sur les échanges réguliers entre nos agences spatiales, l’enjeu d’un Forum mondial consistera à proposer une répartition des efforts de chacun.

Pour certains domaines en effet, là où les duplications entre partenaires seraient tout simplement inabordables voire injustifiables, une nette division des tâches devrait être envisagée. Pour d’autres domaines au contraire, le maintien de redondances, et par conséquent d’une certaine émulation par la concurrence devrait être poursuivi.

A titre d’exemple, dans un programme international d’exploration où d’autres partenaires se chargeraient du transport des équipages, l’Europe pourrait ainsi assurer le transport du fret, le support vie, la desserte logistique d’une infrastructure ou  la production d’énergie.

C’est pour cela que le Forum doit aussi pouvoir se réunir régulièrement au niveau politique approprié, pour prendre les décisions qui engagent l’avenir de nos nations. Cette gouvernance devra à la fois refléter l’interdépendance des partenaires et garantir à chacun de ses membres un poids équitable dans les décisions.

 

Chers collègues,

Vous le voyez, la France est prête à s’engager dans ce défi collectif. Comme l’avait déclaré le Président de la République à Kourou en février 2008, nos concitoyens attendent en ce début de XXIème siècle que nous sachions ensemble repousser les limites de la science et de la technologie et nous projeter au-delà des frontières de notre Terre.

Je suis convaincue que nous sommes à un tournant de l’histoire de la conquête spatiale. La décision nous appartient aujourd’hui de décider si nous voulons réellement conjuguer nos efforts. Rassemblons-nous et faisons de ce projet un exemple pour la promotion des sciences, pour la coopération entre les peuples et pour le progrès de l’humanité.

Je vous remercie.

 

1ère publication : 21.10.2010 - Mise à jour : 28.04.0011
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