De l’Égypte antique aux laboratoires modernes : l’étude des momies au service de la science

Naturellement préservés ou volontairement embaumés, les corps momifiés traversent parfois plusieurs millénaires. Grâce aux avancées en biologie, imagerie et paléogénétique, elles offrent des données essentielles pour protéger la santé, le patrimoine et l’environnement des civilisations passées.
 

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Légende : Ounnout, momie dorée copte d’Antinoé exposée au Musée des Beaux-Arts de Dunkerque. | Crédit : © Cyril FRESILLON / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS Images

Qu'est-ce qu'une momie ?
Une momie est un corps humain ou animal dont les tissus ont été préservés, en partie ou en totalité, après la mort. Cette conservation résulte d'un ralentissement des processus naturels de décomposition. Elle peut être spontanée, sous l'effet de conditions environnementales particulières, ou intentionnelle, grâce à des techniques de momification.

Des techniques de momification variées

Après la mort, le corps humain entre dans un processus naturel de décomposition. Pour cause, les cellules cessent de fonctionner et leurs enzymes vont petit à petit dégrader les tissus du corps. Les bactéries présentes dans l'organisme participent également à ce processus, tandis que les insectes nécrophages contribuent progressivement à la disparition des tissus mous. Mais certaines conditions environnementales, comme le froid, la sécheresse ou l'acidité des tourbières, peuvent freiner ce processus et permettre une conservation naturelle pendant des milliers d'années.

La momification va alors venir tenter de ralentir la décomposition du corps. Au fil des siècles, les différentes civilisations ont développé différentes techniques de momification. Si les momies égyptiennes sont les plus célèbres, la momification a été pratiquée sur tous les continents et sous des formes très diverses. En Égypte antique, cette pratique s'est perfectionnée au fil des siècles, pendant près de 4 000 ans. En effet, cette pratique répondait à des croyances liées à la vie après la mort, les embaumeurs retiraient certains organes internes avant de déshydrater le corps à l'aide de natron (un sel minéral). Une fois cette étape terminée, les embaumeurs redonnaient du volume au corps en y introduisant différentes matières, avant de l'envelopper dans des bandelettes de lin. Des amulettes pouvaient également être disposées entre les tissus. D'autres civilisations comme par exemple en Amérique Latine embaumaient les corps en les enduisant d'onguents ou de pâte noire au manganèse.
Ces différentes pratiques reposent sur un objectif commun : agir sur l'humidité, les organes et les micro-organismes dans le but de limiter les processus biologiques responsables de la décomposition du corps.

Au CNRS, des chercheurs du Laboratoire de tribologie et dynamique des systèmes (LTDS) ont étudié des momies coptes vieilles de plus de 1 700 ans, découvertes dans la nécropole d'Antinoé, en Égypte. Parmi elles, Ounnout, surnommée « la Prophétesse ». Grâce à des techniques de microscopie, à la tribologie et à l'analyse de sa peau, de ses cheveux et de ses dorures, les scientifiques ont pu identifier une succession de couches de résine, d'or et de textile.

ADN : ce que les momies nous apprennent

Avec l'archéologie funéraire et l'anthropologie, les chercheurs, notamment à l'Inrap, analysent également les sépultures et les ossements pour mieux comprendre les populations anciennes et leurs pratiques funéraires. L'Inrap contribue à l'étude des populations anciennes grâce à l'archéologie funéraire et à l'anthropologie. L'analyse des restes humains permet notamment de reconstituer l'état de santé, les conditions de vie et les pratiques funéraires des sociétés passées. Certaines recherches portent également sur des corps momifiés, qui livrent des informations complémentaires aux os.

En effet, contrairement aux squelettes, les momies  peuvent conserver des tissus mous et des organes, permettant aux scientifiques d'étudier les maladies, l'alimentation et les conditions de vie des populations anciennes.

Qu'est-ce que la paléogénétique ?
C'est une discipline scientifique qui a pour objectif d'étudier un ADN ancien issu d'organisme disparu (ossements, cheveux, etc...).

Grâce aux progrès de la paléogénétique, l'analyse de leur ADN permet également de retracer les liens de parenté et l'histoire des populations. En 2025, une étude publiée dans la revue Nature a ainsi révélé l'existence d'une lignée génétique nord-africaine jusqu'alors inconnue, grâce à l'analyse de deux momies vieilles d'environ 7 000 ans découvertes au Sahara.
Ces recherches restent toutefois tributaires de la préservation de l'ADN, particulièrement sensible aux conditions environnementales. Les progrès de l'imagerie et du séquençage ouvrent néanmoins de nouvelles perspectives pour étudier ces témoins biologiques du passé.

Préserver les momies : un enjeu scientifique et patrimonial

La conservation des momies constitue un double défi. Il s'agit d'abord de comprendre les mécanismes biologiques qui ont permis leur préservation, mais aussi de maintenir ces équilibres dans le temps. Dans les musées et les collections scientifiques, les corps momifiés nécessitent des conditions de conservation adaptées : maîtrise de la température et de l'humidité, protection contre la lumière et prévention des dégradations biologiques.
Les nouvelles techniques d'imagerie et d'analyse permettent par ailleurs d'étudier ces vestiges sans nécessairement les altérer.