L'alimentation sous algorithme : analyser les mécanismes des réseaux sociaux

Ambassadrice de la Fête de la science pour la région Bourgogne Franche-Comté, Clémentine Hugol-Gential fait le lien entre ses travaux de recherche participative et les activités proposées dans le cadre de cette édition de la Fête de la Science.

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Légende : Trois questions à Clémentine Hugol-Gential, lauréate 2025 de l'Institut universitaire de France

Transcription

Clémentine Hugol-Gential, professeure à l'université Bourgogne Europe, lauréate de l'Institut universitaire de France (IUF) junior, chaire de médiation scientifique : Je suis Clémentine Hugol-Gential du laboratoire Simeos de l'université Bourgogne Europe. Je travaille sur les liens entre corps, alimentation et réseaux sociaux et je porte une chaire de médiation scientifique qui s'appelle Manger connecté et qui vise à comprendre comment les plateformes numériques telles que TikTok, Instagram, YouTube façonnent notre rapport à alimentation dans ce que l'on mange et également comment cela va influencer nos émotions, nos comportements, nos représentations mais aussi nos vulnérabilités.

L'Institut universitaire de France permet véritablement de travailler dans de bonnes conditions. Cela me permet de travailler sur les enjeux de durabilité, les enjeux de santé publique liés à l'alimentation et aux réseaux sociaux. Cela permet justement d'engager des démarches de co-construction, et donc de mettre en place des méthodologies participatives pour mieux comprendre comment circulent les discours sur les réseaux sociaux, pour mieux comprendre les mécanismes d'influence et construire des outils visant à renforcer l'esprit critique et la souveraineté alimentaire des citoyens et des citoyennes.

Ça a d'abord été une immense fierté et aussi une immense gratitude. C'est un honneur, c'est aussi un engagement à poursuivre des travaux sur une thématique qui nous concerne tous. Notre manière de manger, notre manière de nous informer, notre manière de prendre soin dans un monde numérique où tout va plus vite. C'est aussi un engagement à poursuivre des réflexions sur les enjeux de régulation et sur les enjeux de santé publique. Donc c'est véritablement une joie mais aussi une responsabilité la chair médiation scientifique, c'est celle de faire de la recherche un espace qui soit ouvert, accessible et non pas un espace réservé.

Je crois que c'est au chercheur d'aller vers le grand public et que c'est aussi à la recherche de continuer de sortir de ces murs. La science n'existe pas sans la société. Je crois que la connaissance a un effet très restreint si elle reste entre experts. Donc il y a un enjeu de décloisonnement, un enjeu aussi de prise en compte des savoirs expérientiels. Donc il faut aller là où sont les publics, donc ça veut dire dans les médiathèques, dans les festivals, les écoles, les associations et faire la recherche avec les citoyens et citoyennes, non pas juste sur et pour les citoyens et citoyennes.

L'alimentation sous algorithme

Si la thématique de cette édition de la Fête de la science, « saveurs savantes » connote positivement l’alimentation, le goût et la cuisine, le point de vue scientifique et critique nous conduit à nous interroger.

« Les Saveurs savantes m’évoquent la transmission et la médiation des savoirs. Dans un environnement où circulent une multitude de discours sur l’alimentation, l’enjeu est aussi de rendre les connaissances scientifiques accessibles et de donner à chacun les moyens de distinguer information, constructions de normes, croyances mais aussi désinformation. »

Clémentine Hugol-Gential

Lauréate de l’Institut Universitaire de France (IUF) chaire de médiation scientifique pour son projet « Manger connecté », la professeure des universités, en sciences de l'information et de la communication, Clémentine Hugol-Gential dédie ses recherches en linguistique à la manière sont les réseaux sociaux façonnent les discours alimentaires et par là même, nos imaginaires. Son objectif est de faire le lien entre éducation aux médias et santé publique. Elle travaille sur la vulnérabilité informationnelle des publics, en particulier, les bulles algorithmiques et dispositifs fondés sur l’IA, qui exposent les utilisateurs à des contenus non sollicités, parfois violents, et les y enferment contre leur gré.

Clémentine Hugol-Gential mène différents projets de recherche, notamment avec le Pr Eric Bertin, le CHU de Reims et l'association Le regard du miroir, en lien avec des patientes atteintes de troubles des conduites alimentaires. En les impliquant à travers un atelier intitulé « sortir d’un feed toxique », elles sont amenées à choisir actions prioritaires pour ne plus être exposées à des contenus néfastes et ainsi déconstruire les mécanismes en jeu.

Photo d'un atelier "sortir d'un feed toxique"
Crédit : C. Hugol-Gential / Laboratoire CIMEOS

Un second projet est mené avec des classes de collégiens et de lycéens au sujet de l'image du corps et des assiettes véhiculée à travers les réseaux sociaux TikTok et Instagram. L'objectif est d'identifier les indicateurs de crédibilité d’une publication. L'exercice montre que les adolescents sont lucides quant aux discours tenus mais n'en demeurent pas moins vulnérables. Une conférence aura lieu à cet sujet samedi 10 octobre (voir encadré Sélection d'événements).

Construire des outils grâce à la recherche participative

Clémentine Hugol-Gential est également lauréate de l'appel à projet de l'ANR Science avec et pour la société : Co-construire les politiques publiques par l’expertise scientifique, pour « Food edumedia ». Le projet, en lien avec la Chaire IUF, a pour objectif principal de co-construire une littératie alimentaire numérique critique à destination des adolescents scolarisés de la classe de 4e à la classe de 1re. Il s'articule avec les cadres existants de l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) et de l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) et repose sur une approche interdisciplinaire (sciences de l’information et de la communication, psychologie cognitive, éducation).

Le projet « Food edumedia » vise à renforcer durablement la capacité des politiques publiques à prendre en compte les enjeux contemporains de l’alimentation numérique, de la santé mentale et de l’éducation critique des adolescents. Ses résultats seront diffusés à travers une plateforme nationale de ressources, un MOOC de formation, des fiches de bonnes pratiques, un livre blanc à destination des décideurs publics, une mallette pédagogique et une journée nationale de restitution.

Bibliographie indicative

Hugol-Gential, C. (2026). Manger à l'ère des algorithmes : quelles vulnérabilités pour les jeunes ? The Conversation

Hugol-Gential, C. (2026). Le travail alimentaire au féminin : une analyse des récits médiatiques dans le magazine Elle (2001-2020). Recherches féministes, 39(1) : 237-255.

Hugol-Gential, C. (2026). Renewal of dietary and nutritional norms in the age of social media and educational challenges. In Visalli, M. & Galmarini, M.-V. (Eds.), Applications of open-ended questions and text data in sensory and consumer science. Springer Nature.

Gruyer, L. Hugol-Gential, C. (2026). Les normes corporelles promues sur Instagram et TikTok : s’accepter ou se transformer ? Médiation Et Information (MEI), 54 : 119-130.

Hugol-Gential, C. (2025). Les savoirs alimentaires à l’ère des réseaux sociaux : entre expertise contestée, prescription et enjeux de genre. Nutrition et endocrinologie, 23(115) : 34-37.

Hugol-Gential, C. (2024). Pratiques alimentaires à l’ère des réseaux sociaux : logiques de prescription, de résistance et d’éducation. Information diététique, 4 : 23-35.

Hugol-Gential, C. (2024). Corps, alimentation et réseaux sociaux. Éditions Le Murmure, collection Borderline.

Hugol-Gential, C. (2022). Des corps et des assiettes sur Instagram : diffusion des normes de santé et diététiques. Etudes de communication, 58 : 105-124.