Artistes au Muséum : 400 ans de dialogue entre art et science

Le Muséum national d’Histoire naturelle célèbre cette année ses 400 ans et met en lumière la relation particulière qu'il entretient avec les artistes dans une exposition inédite.

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Exposition Artistes au Muséum
Crédit : © MNHN - R. Bracco

Le Muséum national d’Histoire naturelle, fondé en 1626, à travers la création d’un Jardin royal des plantes médicinales, s’est donné pour mission de réunir et de documenter les plantes en tant que matière médicale, domaine enrichi par la suite des connaissances en chimie, anatomie, botanique, faisant des sciences naturelles sa spécialité et forgeant ainsi sa renommée.

Cette collection est initiée par Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, qui demande à Nicolas Robert de représenter sur vélin (parchemin très fin obtenu à partir d’une peau de veau) les espèces de plantes et d'animaux qui peuplent les jardins princiers du château de Blois. Son héritier, Louis XIV, en fait une collection royale. C’est à la Révolution française que le jardin du roi devient le Jardin des plantes. L’institution scientifique détient ainsi une importante collection de vélins dont l'éclat des couleurs est toujours intact.

La collection actuelle du Muséum recèle 7 000 vélins, son caractère unique tient à ce qu’elle n'a de cesse de s’enrichir jusqu’à aujourd’hui. C’est ce dont témoigne l’exposition inédite qui s’ouvre cet automne, Artistes au Muséum, rappelant le lien fort qui unit l’établissement scientifique à la création. Trois nouveaux vélins sont d'ailleurs réalisés et dévoilés dans l'exposition à l'occasion de cet anniversaire.

Outre les dessinateurs scientifiques, l'exposition met aussi en valeur des artistes venus s’inspirer des collections du Muséum, à l'instar du Douanier Rousseau (Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, 1905), de Gustave Moreau (Galatée, 1880), d'Eugène Delacroix (Chasse aux lions, 1854), mais aussi des pionniers de la photographie scientifique, des artistes plasticiens, sculpteurs (Antoine-Louis Barye, François Pompon...) et d'artistes contemporains en résidence qui travaillent avec les chercheurs du Muséum.

« Les origines de l'art, avec la Vénus de Lespugne, il y a 30 000 ans, et les origines du cosmos sont fondamentalement liées, c'est un travail sur la source : d'où l’on vient, pourquoi on fait de l'art, pourquoi on fait de la science. La science et l'art sont intimement liés, c'est une recherche pour révéler le vrai ou l'origine, et donc, une source d'inspiration sans fin. » 
Gabriel Sobin, sculpteur de Vénus (2023), inspirée de la Vénus de Lespugne.

Titre

Trois questions à Alice Lemaire, directrice des bibliothèques et de la documentation

Alice Lemaire : Les bibliothèques du Muséum se sont enrichies pendant toute leur existence, beaucoup par des acquisitions, et énormément de dons des papiers de tous les savants qui ont été hébergés ici en tant que chercheurs. La force de la bibliothèque, c'est aussi que le Muséum est éditeur depuis 1802, du Bulletin du Muséum, des Annales du Muséum, et toutes ces publications ont été autant de monnaies d'échange avec des institutions du monde entier qui, en retour, ont donné leurs propres publications. C'est la raison pour laquelle les bibliothèques du Muséum sont parmi les plus importantes du monde en histoire naturelle.

Alice Lemaire : Un vélin est un parchemin fait d’une peau très fine de jeune animal, théoriquement un veau mort-né, en raison des propriétés particulières de finesse de la peau qui s'adaptent particulièrement à la représentation d'histoire naturelle. Cela permet de mettre en valeur la transparence d'une plume, la finesse et la nervure d'une feuille. C'est un support à la fois prestigieux, très coûteux et difficile à travailler, qui exige une très grande technicité. Le Muséum a la particularité d'héberger une collection de 7 000 vélins uniques au monde par sa volonté de représenter une sorte d'encyclopédie visuelle, qui existe depuis près de quatre siècles. Cette collection est particulièrement iconique au sein du Muséum. D'abord, il y a des représentations d'espèces qui n'existent plus, à la fois des plantes ou des animaux qui se sont éteints. Certaines représentations ont fondé la description de l'espèce qu'elles représentent. Parfois, on a perdu le spécimen qui a été représenté, et sa représentation, son dessin dans la collection des vélins, est le dernier témoignage de ce spécimen qui a servi à nommer une espèce entière.

En histoire naturelle, il est fondamental d'avoir des représentations pour pouvoir décrire, comparer, nommer les espèces. C'est donc un travail magnifique, artistique, dont la visée première est scientifique : il s'agit d'enregistrer la nature. Et cette collection est toujours un outil de diffusion, d'enseignement, de recherche.

À l'occasion des 400 ans du Muséum et de l'exposition Artistes au Muséum, trois nouvelles pièces vont entrer dans la collection. Le choix a été fait de faire un dessin sur vélin, dans une démarche qui se rapproche de l'archéologie expérimentale. Les deux autres seront réalisés sur du très beau papier pour intégrer les nouveaux enjeux techniques et éthiques d'aujourd'hui.

Alice Lemaire : Dans cette exposition, il est question d'art, de science et surtout du lien très fort qui existe entre l'art et la science en histoire naturelle. Ce lien traverse toutes les missions du Muséum depuis sa création.

L'accent sera également mis sur la figure des artistes eux-mêmes. Artistes qui peuvent être des dessinateurs, qui travaillent au Muséum, qui font partie du personnel et qui contribuent à l'élaboration du savoir naturaliste, mais aussi des artistes qui sont en résidence et qui travaillent avec les collections, avec les chercheurs du Muséum, et souvent pour alerter sur la fragilité de notre environnement et la nécessité de le préserver. Il faut savoir qu’énormément d'artistes sont venus s'inspirer des collections à toutes les époques, à la fois en peinture, en sculpture, en photographie. Les pionniers de la photographie scientifique ont été nombreux dans ces murs. L'exposition est d’ailleurs labellisée dans le cadre du bicentenaire de la photographie, puisqu'elle présente de nombreuses photographies.

Le propos de l'exposition est de montrer le Muséum d'histoire naturelle sous un jour inédit et de montrer à quel point cet établissement a toujours une place importante dans l'histoire de l'art. On peut aussi penser à tous les artistes animaliers qui se sont inspirés des animaux de la Ménagerie à une époque où il était difficile de voir des animaux autrement. Et puis, un très riche courant contemporain art-science autour des enjeux de l'écologie d'aujourd'hui.

L'histoire naturelle ne peut pas exister sans l'apport de l'art et de tous les artistes qui ont contribué à élaborer le savoir naturaliste et qui sont toujours à l'œuvre aujourd'hui.

Exposition Artistes au Muséum

23 sept. 2026 — 7 mars 2027

Muséum national d’Histoire naturelle
Grande galerie de l'Evolution, Jardin des plantes, Paris 5e